La nouvelle amie du président

Siné Mensuel N°29 – Mars 2014 – Pierre Concialdi, membre des Économistes atterrés
Le projet de taxe sur les transactions financières (TTF) de la Commission européenne est en train d’être vidé de sa substance par les lobbys financiers, notamment français.
xlogo_png_pagespeed_ic_It2j7ygo2SA propos de la taxe sur les Transactions financières (TTF), François Hollande a déclaré le 19 février dernier : « Je préfère une taxe imparfaite à pas de taxe du tout. » Imparfaite, la taxe proposée par la Commission européenne en février 2013, l’est sans doute, notamment parce qu’elle ne taxe pas les opérations de change, qui représentent la moitié des transactions financières. mais ce projet propose néanmoins de taxer les produits dérivés, parmi les plus spéculatifs Et de taxer aussi les transactions de très court terme (le trading à haute fréquence), une activité sans aucune utilité économique qui consiste à jouer sur des écarts de cours minimes à travers une masse d’opérations ultrarapides. Résultat : la TTF proposée par la Commission européenne rapporterait près de 11 milliards d’euros rien qu’en France, soit près de vingt fois plus que la pseudo TTF instaurée par Sarkozy et vaguement ripolinée par Hollande. Boucher-et-banquier
On est encore assez loin des propositions d’Attac et d’autres ON, mais c’est déjà beaucoup trop pour les lobbys financiers qui ont entamé un véritable travail de sape. Ces lobbys n’hésitent pas à reprendre les chiffres grossièrement bidonnés par Goldman Sachs, qui calcule le volume de la future taxe à partir du volume actuel des transactions… alors que la TFF a précisément pour but de réduire considérablement ces activités spéculatives ! Ils agitent aussi la menace de délocalisations. Mais, dans le projet de la Commission européenne, une banque délocalisée devra toujours payer la taxe si elle effectue des opérations pour des clients résidant dans les pays concernés par la TTF (principe de résidence) ou si elle veut effectuer des transactions sur des produits émis dans ces pays (principe d’émission). Bref, pour ne pas payer la TTF, une banque délocalisée devrait renoncer à d’énormes marchés et d’autres prendraient sa place.
campagnitude2Les banquiers craignent pour leurs profits, bien sûr. Mais ils craignent sans doute davantage que ce premier exemple significatif de TTF ne montre qu’il est possible de s’attaquer à la finance sans que l’économie s’écroule. En annonçant préférer « une taxe imparfaite » c’est-à-dire trsè en retrait par rapport au projet de la Commission européenne, François Hollande avoue implicitement avoir déjà cédé aux lobbys financiers. La finance, « ennemie » d’hier, semble bien être devenue la nouvelle amie du président On est d’accord, ce n’est pas un scoop.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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