Du Sarkoleaks au Copégate – La Berlusconisation du paysage institutionnel, qu’il a initié, va lui profiter : un territoire que sa gouvernance a largement dévasté.

Nouvel Obs 08/03/2014

Dossier toxique : Sarkozy, les écoutes, les affaires Copé et Buisson : comment il va quand même s’en sortir

olivier-picard-438152-250-400Le PLUS. Trahison de Buisson, trafic d’influence, boulet Copé : Nicolas Sarkozy est acculé de tous les côtés. L’ex-président va maintenant tout miser sur son statut de « victime » des écoutes.Il va profiter de la Berlusconisation de la démocratie française pour s’imposer comme l’homme fort d’une république affaiblie, comme l’explique notre chroniqueur Olivier Picard.
Évidemment, sur le papier, le défi semble presque impossible à relever. Comment Nicolas Sarkozy, qui a fait de la fanfaronnade un marqueur de son quinquennat, va-t-il pouvoir sortir politiquement indemne de cette terrible semaine pour lui et la droite UMP ? Presque une épreuve de téléréalité pour l’ancien Musclor de l’Élysée. Un mois de vérité, en tout cas.
Guerrier Le 1er mars, tout lui souriait encore ou presque. Un boulevard s’ouvrait devant l’ancien chef d’Etat bonapartiste qui, quoi qu’il en dise, a planifié son retour de l’Ile d’Elbe avant même d’avoir quitté le pouvoir. Délesté de l’affaire Bettencourt par un non-lieu, et débarrassé de ses principaux rivaux embourbés par leurs propres erreurs, il pouvait rêver à une nouvelle virginité politique, gage d’une seconde aventure présidentielle parée pour faire oublier les errements de la première.
 L’addition est lourde
 Et voilà qu’en quelques jours, l’homme qui voulait tant incarner une autorité supérieure découvre qu’il a été roulé par le chef de son ancien parti, trompé par l’un de ses conseillers les plus intimes, et écouté – légalement – comme un vulgaire truand pour de gravissimes soupçons de trafic d’influence. Cela fait beaucoup.
 L’addition est lourde, et elle aura inévitablement des conséquences désastreuses sur l’effrayant déficit de crédibilité qu’accuse déjà la classe politique toute entière, mais il en faudrait bien davantage pour ruiner l’avenir personnel de l’ancien président de la République.
 Le scandale démocratique prend une apparence inédite avec en fond sonore les écoutes d’un ancien chef de l’État. De très mauvaises ondes qui dégradent un peu plus le climat politique. Cette atmosphère irrespirable produit de la sidération dans tous les camps : la gêne perceptible de tout le personnel politique est éloquente. Ce silence tragique qui dénonce la gravité de la situation.
 La Berlusconisation du paysage institutionnel va lui profiter
 Mais Nicolas Sarkozy apparaît paradoxalement, comme le mieux armé pour s’emparer de ce territoire que sa gouvernance a elle-même largement et durablement dévasté bien au-delà de ses cinq années à l’Élysée .
 aberlusconiImperatoreLa Berlusconisation du paysage institutionnel va en effet profiter à celui qu’il l’a initiée. D’étranges similitudes avec les pratiques du Cavaliere se dessinent et le trait est plus appuyé que celui d’un jeu de ressemblances trop faciles. Comme son ancien ami transalpin (il ne manquait jamais de souligner ses bonnes relations avec « Silvio ») Nicolas Sarkozy préfère se présenter aujourd’hui en victime. Faire jouer une grosse corde sensible (la violation de sa vie privée). C’est politiquement plus rentable que de se murer dans le mépris aérien d’un homme au dessus de la mêlée.
 L’orgueilleux Sarko accepte de reconnaître qu’il a été escroqué comme un cave par un proche en lequel il avait placé à la fois sa confiance et sur lequel il avait misé sa stratégie électorale.
 Le temps judiciaire : un précieux allié
C’est une terrible humiliation qu’il a décidé d’assumer. Il le sait : elle constitue le prix à payer pour son futur politique. Mais c’est aussi une empreinte qui le condamne à jouer dans un registre procédurier loin de ses aspirations du discours de la porte de Versailles mais dans lequel il a déjà montré son savoir-faire
 Beaucoup plus lent que le temps politique, le temps judiciaire est un précieux allié pour celui qui (comme Berlusconi…) n’a cessé de déconsidérer les juges (comparés à des « petits pois« ) et d’afficher sa méfiance envers la justice de son propre pays. La matière est si complexe que l’avocat Sarkozy va pouvoir la manipuler à sa guise.
 souris_1269249086L’accusation de trafic d’influences qui provoque l’émotion aujourd’hui sera difficile à prouver en droit. Et dans un État de droit, seul le droit compte au bout du compte.
 En revanche on peut parier sans risque sur la combativité de la bête politique Sarko pour exploiter au maximum et très immédiatement le malaise suscité par les écoutes d’un ancien président de la République. Elles sont légales, ok, mais leur pertinence peuvent être mises en doute, y compris juridiquement. Surtout, leur emploi ne peut que mettre mal à l’aise tout démocrate, et au-delà, l’opinion toute entière.
miniaturee gendarme blogNicolas Sarkozy saura se servir de ce doute pour jouer sur le registre de l’acharnement, voire du complot, dont il serait la cible. Il sait qu’il peut mobiliser sur ce thème, qui flatte ses fans, et, en bon dialecticien, ne va pas se priver de son effet amalgame.
 Une forme de décadence démocratique
 Car l’accumulation des affaires de l’ère et de l’écurie Sarkozy finit par diluer le pouvoir explosif de chacune d’elles. Une grande partie du pays est comme mithridatisée par la désinvolture si peu républicaine avec laquelle l’ex-président a géré la France. Comme si à travers de sa façon très personnelle d’exercer la magistrature suprême, il avait habitué les Français à une forme de décadence démocratique.
 Qui mieux que Sarko II pourra incarner cette France d’après, revenue de tout et qui ne croit plus en rien et surtout pas dans un verbe politique dévalué ?
 Les semaines vont faire couler le long fleuve pas tranquille de l’actualité, les tensions électorales érodant l’intensité de ce dossier toxique qui, passé le temps brûlant de la révélation, va se perdre dans l’ennui des arguties des uns et des autres.
 Il ne restera alors que la mousse d’une tempête sur laquelle surferont, comme ils pourront, les compétiteurs de la prochaine présidentielle. À n’en pas douter seul survivra le plus déterminé de tous. Et dans cette catégorie, Sarkozy a déjà prouvé qu’il n’y avait pas photo.
Par Olivier Picard Chroniqueur politique
Édité par Rémy Demichelis  Auteur parrainé par Aude Baron

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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