Justice – Un Copé drapé dans sa vertu, et une Taubira au gibet, tourne au surréel : « Inconséquents »,  » pauvres » médias tombés comme un seul homme dans ce piège

Rue 89 13/03/2014

Copé drapé dans la vertu, Taubira au gibet : bienvenue dans « X-Files »

La machine UMP a réussi à entraîner les médias aux frontières du réel, dans le monde ouaté du buzz et des soupçons imaginaires, loin du tintamarre des casseroles qu’elle traîne derrière elle.
Aux frontières du réel : la gaffe d’une ministre occulte presque le soupçon de trafic d’influence qui pèse sur un ancien Président et son avocat. Au milieu, un chef de parti, bien mal en point jusque-là, biche.
Il est incroyable de constater comment, en deux jours, un énorme scandale visant la sarkozie ait pu se transformer en curée contre Christiane Taubira, celle-ci allant jusqu’à éclipser celui-là. Incroyable et triste, car Christiane Taubira n’est pas la pire des ministres ou des personnalités politiques. Quoi qu’on pense de son bilan (ténu sur la réforme de la justice, solide sur le mariage), c’est une femme debout, une femme dont les valeurs portées tout au long de sa carrière sont plus qu’honorables.
D’un côté, donc, le scandale : un ancien président de la République et son avocat sont soupçonnés d’avoir promis d’intercéder en faveur d’un haut magistrat en échange d’informations sur une affaire en cours le concernant.
De l’autre quoi ? Une faute. Un mensonge maladroit, dans un contexte où la communication n’est pas aisée. D’un côté, une affaire d’Etat, de l’autre une boulette. Contrairement à ce que laisse entendre la droite, rien n’indique que la garde des Sceaux soit intervenue dans le dossier, rien. Elle a été prévenue en temps et en heure par ses services, point.
Le petit profit collatéral
« Tabira, démission ! » Avec une cohérence digne de la grande époque des « éléments de langage » dictés par l’Elysée de Sarkozy, les ténors de l’UMP ont réussi à retourner les projecteurs, en suivant l’adage (apocryphe ?) prêté à Charles Pasqua : « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien. »
acopéphoto_1348256-215x144A noter que Jean-François Copé, le chef d’orchestre de l’opération, est lui même mis en cause dans une affaire de surfacturation au profit de la société Bygmalion, autre scandale éclipsé par le prétendu « Taubiragate ». Comme il existe des dégâts collatéraux, il existe aussi, dans les pilonnages aux mortier, des petits profits collatéraux…
Les médias sont tombés comme un seul homme dans ce piège : télévision, Internet, presse papier... tous ne parlent que de la faute de Taubira. Le spectacle qui est donné, entre un Sarkozy acclamé au concert de Carla Bruni, un Copé drapé dans sa toge de vertu, et une Taubira au gibet, tourne au surréel. Il ne reste plus qu’à le conclure comme un épisode de « X-Files », par l’adage : « La vérité est ailleurs. » La machine UMP a réussi à entraîner les médias aux frontières du réel, dans le monde ouaté du buzz et des soupçons imaginaires, loin du tintamarre des casseroles qu’elle traîne derrière elle.
Note –  Cécité : On pourrait ajouter un total manque de discernement de la part des médias

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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