La ferme des 1000 vaches : c’est reparti… de pis en pis

Le Canard Enchaîné du 19 mars 2014 – rubrique Conflit de Canard
Enfin une bonne nouvelle pour tous ceux qui rêvent d’industrialiser nos campagnes. La « ferme des 1 000 vaches », ce projet monstre dont Le Canard a déjà parlé (25/9/13) va bientôt sortir de terre. Horrifiés de voir pousser sous leurs yeux cette gigantesque exploitation laitière flanquée du plus grand méthaniseur d’Europe, les habitants de Drucat, un petit village de la Somme, s’étaient regroupés en association et avaient saisi le tribunal administratif pour faire illico cesser les travaux.
2012-07-03_lecrapaud-jacquette_mille-vachesDe la belle ouvrage, pourtant. Imaginez un chantier grand comme deux terrains et demi de football sur lequel verront le jour : un bâtiment de 205 mètres de longueur, pouvant contenir, dans un premier temps, 500 vaches, et, à terme, 1 000 (lesquelles, en stabulation hors sol ne brouteront jamais un brin d’herbe), avec une salle de traite automatique de 60 places; trois hangars pour accueillir les 750 veaux et génisses mis bas une fois par an par les laitières; et, bien sûr, le fameux méthaniseur, qui va changer en gaz les bouses de tout ce petit monde et fournir en électricité l’équivalent d’un millier de foyers. Ce 12 mars, écoutant la voix de la modernité, les juges du tribunal administratif d’Amiens ont refusé tout net la suspension des travaux, qui ont débuté il y a neuf mois.
Voilà qui va flatter l’esprit d’entreprise de Michel Ramery, qui a eu la bonne idée d’implanter son élevage usine au beau milieu du futur parc naturel régional de la baie de Somme. Comme le claironne cet entrepreneur, qui a fait fortune dans le BTP et dont le pactole familial est estimé à 120 millions d’euros, selon le magazine « Challenges », il faut « relever l’élevage » pour éviter que la France ne « perde l’industrie laitière« .
A elle seule, l’installation de s1 000 vaches produira autant de lait que 20 fermes laitières standards. De quoi rivaliser avec l’Allemagne, pionnière des élevages XXL. Histoire de convaincre les réticents, Michel Ramery n’a pas hésiter à emmener une quarantaine de personnes en avion privé visiter outre-Rhin des fermes géantes.
Et l’affaire s’annonce très rentable, puisque la société civile laitière, dénommée Lait Pis Carde (sic), qui fera tourner la ferme pour le compte de Ramery profitera chaque année de 4 millions d’euros de subventions en tout genre. Du côté de la FNSEA, syndicat agricole chantre du productivisme, on boit la décision des juges comme du petit-lait, et tant pis si le département de la Somme est déjà en surproduction laitière !
Si d’aventure, d’ici quelques mois, la justice estime que le permis de construire de la ferme des 1 000 vaches VacheUsine-300x300délivré l’an dernier n’est effectivement pas dans le clous, comme le prétendent les riverains et une brochette d’élus locaux, peu importera puisque que les travaux seront achevés. Les promoteurs espèrent même produire leur premier litre de lait… le 1er avril 2014. L’humour vache, sans doute.
Ferme des 1 000 vaches: Le porte -parole des opposants refuse l’invitation du Procureur (Zoomd’ici Saint Chamond)
Le porte-parole de la Confédération paysanne, le Ligérien Laurent Pinatel, a annoncé avoir refusé de se rendre à une convocation mardi 18 mars de la gendarmerie d’Abbeville (Somme) pour y être entendu sur une action le 12 septembre des opposants à la ferme des 1 000 vaches. Il demande à être entendu, si nécessaire, à Saint-Etienne.
Convoqué dans le cadre d’une enquête pour « vols et dégradation en réunion », le syndicaliste ne s’est pas présenté aux gendarmes et s’en explique dans une lettre au procureur de la République d’Amiens, Bernard Farret, dont le contenu a été rendu public par la Confédération paysanne.
Monsieur le procureur,
Je tenais à vous informer que je ne répondrai pas présent à la convocation de la gendarmerie d’Abbeville ce mardi à 14h dans le cadre de l’enquête pour « vols et dégradations en réunion » suite à l’action syndicale du 12 septembre 2013, étant précisé que dans le cadre de ladite enquête j’ai déjà été entendu. Vous comprendrez qu’entre ma vie de paysan et mes obligations de porte-parole de la Confédération paysanne, je ne peux me permettre de venir à deux reprises jusqu’à Abbeville, à 700 km de ma ferme. Surtout, j’en ai assez. Assez d’avoir l’impression d’une justice à deux vitesses. Assez d’avoir l’impression que cette justice criminalise sans cesse les actions syndicales et ceux qui les mènent ! En effet, nous parlons là d’une action collective, et non pas individuelle. Je suis le représentant de la Confédération paysanne. Comme mon « titre » l’indique, je porte sa parole. Je porte donc la revendication de cette action, consécutive à un état de nécessité face à un danger imminent. Oui, la Confédération paysanne a agi. Et cette action était légitime. Parce que la justice ne fait rien pour arrêter la folie destructrice du projet porté par Michel Ramery, nous devions prendre nos responsabilités. En effet, la ferme-usine des 1000 vaches, qui se veut un projet pilote, porte en germe une accélération incontrôlable de la disparition des paysans. 20 fermes de 50 vaches, ce sont 42 paysans qui vivent de leur travail. La ferme-usine des 1000 vaches, c’est 18 salariés.
A terme, il ne faudrait plus que 2500 usines pour arriver à la production laitière des 75 000 fermes laitières d’aujourd’hui. Nous n’avions pas le choix. Je ne compte pas pour autant me soustraire à la justice. Je pense seulement qu’il y a assez de gendarmeries sur le territoire pour m’épargner ce déplacement. Je serai aussi heureux de pouvoir constater que, dans cette affaire, vous ne comptez pas poursuivre seulement des syndicalistes. Quand la Confédération paysanne vient taguer un chantier illégal, son porte-parole se retrouve placé en garde à vue… Mais quand un notable local profère des menaces à l’encontre d’un de ses opposants, la plainte reste bloquée dans les tuyaux de la justice… Si on y ajoute la lenteur dont a su user la Préfecture pour donner à Michel Ramery toute latitude pour mener son chantier (presque) à terme, vous admettrez qu’il devient tentant de s’interroger. On m’a appris que la justice était là pour défendre les plus faibles, les plus vulnérables, des exactions des plus gros, des plus nantis… Me serais-je donc fourvoyé ? Pour toutes ces raisons et par respect pour tous ces producteurs de lait que cet industriel veut faire disparaître, je vais rester chez moi à travailler la terre, à traire mes vaches (j’en ai 60… et nous sommes trois associés…). Monsieur le Procureur, il fait beau, les travaux des champs m’appellent, les réunions aussi, pour lutter contre ceux que la justice de ce pays a, de son côté, choisi de défendre. Moi, je sais pourquoi et pour qui la Confédération paysanne se bat… et je reste à votre disposition pour rediscuter de ça et d’autres choses aussi. »
Laurent Pinatel / Porte-parole de la Confédération paysanne
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