Municipales 2014 – pourquoi il est temps que le PS laisse le FN dévorer l’UMP : Le FN, une casserole attachée à la queue de l’UMP

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Nouvel Obs 25-03-2014 Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique
LE PLUS. Pas de front républicain pour l’UMP, qui refuse l’appel du PS à lutter contre le FN au second tour des municipales. C’est ferme et définitif. Dans ce schéma, pourquoi le PS devrait-il appeler à voter UMP contre le FN, dans les villes où ses candidats sont en ballottage ? Pour Bruno Roger-Petit, il est temps que l’UMP assume ses accointances.
Copé 01Il est temps que le Parti socialiste laisse l’UMP se débrouiller seule avec le FN. Si le parti de Jean-François Copé ne veut pas de « Front républicain » ; s’il considère que Mélenchon et Le Pen, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ; s’il estime qu’il vaut mieux un maire FN qu’un maire PS, alors qu’il en paie le prix.
Le FN, une casserole attachée à la queue de l’UMP
Ce premier tour des élections municipales a une réalité, la déroute d’un PS de gouvernement sanctionné pour amateurisme et improvisation permanente, déconnecté de la réalité à force de promouvoir des élus et ministres qui, en quinze ou vingt ans de vie publique, n’ont jamais été réellement confrontés à la vie des autres (entre autres déconnections).
Mais cette réalité fait aussi office de trompe-l’œil. Elle en cache une autre, bien plus prégnante si l’on se projette dans les échéances électorales à venir d’ici 2017 – européennes, régionales et présidentielle : le FN de Marine Le Pen est de nouveau une casserole attachée à la queue de l’UMP.
Il est peut être concevable d’écrire que ce premier tour est un « 21 avril municipal pour François Hollande. Mais il n’est pas interdit d’écrire également qu’il est aussi porteur d’un possible 21 avril européen, régional et présidentiel pour l’UMP.
Le score de l’UMP à ce premier tour des municipales est décevant. En l’état, ce parti sans chef, sans projet, sans cap, crispé sur des thématiques identitaires, n’est pas capable de faire venir à lui les électeurs des classes moyennes et populaires qui s’abstiennent ou votent FN pour des raisons économiques et sociales.
La droite, pas équipée pour séduire les électeurs du FN
C’est en cela, compte tenu d’une UMP débranchée des thématiques sociales, que la politique du « ni-ni » est vaine, en ce que le déphasage de l’UMP avec une grande partie des électeurs FN n’incite pas ces derniers à se reporter en masse sur l’UMP dans les élections à deux tours de scrutin.
C’est ainsi que Nicolas Sarkozy a perdu les électeurs FN issus des classes populaires et/ou de la gauche sensibles aux questions sociales entre les deux tours de l’élection présidentielle 2012. Parce que sa ligne « Buisson » ne lui permettait pas de mobiliser des électeurs désespérés économiquement et socialement.
On ne fait pas voter des chômeurs et précaires pour soi quand on leur explique que ce sont des assistés issus de l’immigration, des boulets, des handicaps à sanctionner.
Aux élections européennes de mai prochain, la machine à attraper de l’électeur classes moyennes/populaires de Marine Le Pen ne peut qu’accentuer la pression sur l’UMP. Tout y incite. Et il ne faut pas être devin pour anticiper ce qui risque d’arriver.
Marine Le Pen se frotte déjà les mains pour les Européennes
À gauche, les électeurs les plus déçus par le tandem Hollande/Ayrault (qui peut se maintenir) n’iront pas voter (notamment les électeurs « bobos » des centres urbains, qui font payer au gouvernement sa mollesse sur les questions de société) ou voteront FN (notamment les électeurs des classes moyennes et populaires des petites villes des périphéries urbaines qui font payer au gouvernement sa non-politique sociale). Si le PS passe les 15% dans cette élection européenne, ce sera un miracle…
A droite, et surtout à droite, l’effet dévastateur intrinsèquement lié au scrutin européen devrait jouer sans retenue : vote à fort taux d’abstention, vote sans enjeu, vote défouloir, vote pour un leader identifié… Tout se met en place pour que Marine Le Pen et le FN passent devant l’UMP au soir de l’élection… Avec les répercussions que l’on imagine. Marine Le Pen devant le parti de Copé, Fillon, Sarkozy et Juppé… À trois ans de la présidentielle… Le choc ne pourrait pas ne pas avoir de répercussions sur 2017.
À ce stade, oublions un instant le « politiquement correct », et commençons à raisonner en « politique » et non en « moraliste ».
La montée du FN ou l’échec de la droite d’opposition
En bonne politique, compte tenu du refus de l’UMP de jouer au « Front républicain », le PS devrait cesser de s’accrocher à une pratique obsolète et inutile. Le FN, comme toujours depuis 1983, c’est d’abord et avant tout le problème politique de la droite.
C’est cette dernière qui, du fait de son comportement, le nourrit, l’élève et le fait prospérer. C’est bien parce que l’UMP ne parle pas au peuple des classes moyennes et populaires, même déçues par la gauche, que le FN progresse.
La montée du FN, ce n’est pas seulement l’échec de la gauche au pouvoir, c’est aussi celui de la droite dans l’opposition. Et quand celle-ci refuse d’être républicaine, pourquoi lui faire le cadeau d’apprendre à des électeurs de gauche à voter UMP sans aucune contrepartie ? On ne peut être républicain pour deux.
Contrairement à Harlem Désir, François Mitterrand avait compris cette dimension particulière de la droite française, chez qui la République n’est pas innée mais acquise. Car oui, c’est une réalité qu’enseigne l’histoire : la droite française doit en permanence se battre contre sa nature originelle pour être républicaine.
De Gaulle, Pompidou et Chirac, en leur temps, ont su combattre la tentation de la répudiation républicaine, mais Sarkozy, comme d’autres auparavant, y a succombé.
Que l’UMP assume sa décision, on se retrouve en 2017
C’est pour cette raison que Mitterrand ne voyait que peu de différence de nature entre certains éléments de la droite dite « républicaine » RPR/UDF et le FN. Parce que depuis 1789 l’histoire montre que, quoi que l’on en dise, quoi que l’on en pense, droite(s) et extrême(s) droite(s) ont été engendrées par la même matrice politique, d’inspiration contre-révolutionnaire.
L’ultime leçon de ce premier tour des municipales 2014, c’est qu’une fois de plus, la droite est cassée en trois. Comme au lendemain de la présidentielle 1988. Sauf que pour la première fois dans l’histoire de la République depuis 1875, c’est le pôle d’extrême droite, porté par sa dynamique municipale, qui pourrait sortir majoritaire de ce plan à trois à la sortie du prochain scrutin européen.
Ce déplacement du centre de gravité de la droite française ne serait pas sans conséquence. Cela reviendrait à constater que l’UMP d’aujourd’hui, sans leader incontesté, sans projet, sans idées, serait incapable d’être en mesure de bâtir une majorité présidentielle fédératrice des trois droites (UDI/UMP/FN), car tout les oppose.
Si la menace d’un nouveau 21 avril plane à terme, elle plane tout autant sur l’UMP que sur la gauche socialiste. Si l’on veut bien considérer cette situation de manière objective, froide (« mitterrandienne » au sens noble), d’un point de vue essentiellement politique, mais sans cesser d’être républicain, on conclura ici comme on a commencé : puisque l’UMP ne veut pas de « Front républicain », alors pas de cadeau de voix socialistes ou de gauche.
Que le parti de Copé, Sarkozy et autres se débrouille seul avec son avatar hideux. Et rendez-vous le 23 avril 2017.
Édité par Henri Rouillier Auteur parrainé par Benoît Raphaël

 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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