L’après municipales – Pourquoi Hollande a été contraint de choisir Valls

LE MONDE | 01.04.2014
Il a tout tenté pour s’éviter d’avoir à opter pour cette solution. Mais il n’a pu faire autrement. François Hollande a tenu à annoncer en personne la démission de Jean-Marc Ayrault et son remplacement par Manuel Valls, lundi 31 mars au cours d’une allocution télévisée, une première dans l’histoire des remaniements.

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Il l’a concédé en creux : pour ouvrir une « nouvelle étape » de son quinquennat pilotée par un « gouvernement de combat », il n’avait d’autre choix que de nommer à Matignon le plus belliqueux de ses ministres. Convenant que les électeurs avaient déploré « trop de lenteur » dans l’action de l’exécutif, le président s’est résolu à confier les clés de Matignon au plus rapide des membres de l’équipe sortante.
La confusion et l’aura de mystère si hollandais qui ont entouré les grandes manoeuvres d’après second tour des municipales renforcent ce sentiment : c’est bien contraint et forcé que le président a pris sa décision. « Jusqu’au bout, il a voulu garder Ayrault. Jusqu’à la dernière minute, il a voulu se convaincre qu’il n’était pas obligé de se résigner à appeler Valls », décrypte un proche.
PREMIER MINISTRE DE CIRCONSTANCE
Lundi en fin de matinée, quand M. Ayrault revient à Matignon au terme d’un long entretien à l’Elysée avec le chef de l’Etat, il ne semble pas être clairement fixé sur son sort. Dans l’après-midi, « Hollande a fait comprendre à Ayrault que sa démission était inéluctable, c’est une manière de dire que ce sont les circonstances qui en ont décidé ainsi davantage que lui-même », décrypte un conseiller.
Manuel Valls, premier ministre de circonstance ? Cela paraît évident, tant l’homme ne correspond pas au profil idéal du premier ministre selon M. Hollande. A maints égards, M. Ayrault lui convenait bien davantage. Parce que d’une fidélité sans faille. Parce que d’une loyauté presque sacrificielle. Parce que dépourvu de toute ambition présidentielle. « Ayrault ? Je ne crois pas qu’il veuille se présenter en 2017 », s’amusait en privé M. Hollande au début de son quinquennat. Tout était dit.
A l’usage, le chef de l’Etat a pu également apprécier une autre qualité chez son premier ministre : sa docilité. Au fil des mois, l’équilibre des pouvoirs entre l’Elysée et Matignon s’est en effet trouvé profondément bouleversé. Au départ, M. Hollande s’était imaginé en président à l’ancienne, en retrait, en surplomb, laissant à son premier ministre occuper le devant de la scène au quotidien. Dès l’automne 2012, l’espace dévolu à ce dernier s’est réduit. Le chef de l’Etat s’est réapproprié des dossiers de plus en plus nombreux. M. Ayrault a accepté cette répartition des rôles qui n’était pas prévue. Dans les faits, il est devenu le « collaborateur » de M. Hollande, comme François Fillon avait été celui de Nicolas Sarkozy.
MANUEL VALLS APPORTE AUTORITÉ ET POPULARITÉ
Pour M. Hollande, un tel dispositif présentait bien des avantages. Dans les moments politiquement difficiles, cela lui permettait d’utiliser son premier ministre comme une pièce parmi d’autres de son échiquier politique. Ce fut le cas pendant l’affaire Florange, fin 2012, où il joua M. Ayrault contre Arnaud Montebourg. Ce fut à nouveau le cas un an plus tard, quand il se plaça au point d’équilibre entre son premier ministre et son ministre de l’intérieur lors de l’affaire Leonarda.
Pour M. Hollande, cette docilité se révéla pourtant à l’usage dangereuse. « L’affaire Leonarda est typique : le président se met en première ligne, c’est lui qui décide, certes, mais c’est lui aussi qui, en se mettant en première ligne pour ménager Valls et Ayrault, se carbonise », décrypte un ministre pour qui ce moment marque un « tournant » dans la prise de conscience du chef de l’Etat : « C’est là qu’il s’est rendu compte, je crois, qu’Ayrault ne le protégeait plus, et qu’il lui fallait donc un premier ministre plus fort. »
A François Hollande, Manuel Valls apporte donc autorité et popularité. C’est un plus. Mais c’est aussi une forme d’aveu de faiblesse, une façon de reconnaître en creux que ce sont deux qualités dont lui-même est dépourvu.
QUI A LE MOINS À PERDRE ?
A ce risque d’image s’ajoute un risque politique. Au fil des mois, Jean-Marc Ayrault a démontré sa plasticité idéologique. Social-démocrate assumé, il est apparu, fin 2013, à travers son projet de remise à plat de la fiscalité, comme un premier ministre rassurant pour l’aile gauche de la majorité. Manuel Valls, de ce point de vue, aura plus de mal à se faire accepter, même s’il soigne depuis deux ans ses contacts avec les parlementaires, prend soin de s’attarder à la buvette de l’Assemblée, et a déjà essayé de « dédroitiser » son image, notamment lors de l’affaire Dieudonné.
En rejoignant Matignon, M. Valls prend aussi un risque. Il arrive sans réelle marge de manœuvre, puisque le « pacte de responsabilité » qui sera sa feuille de route est quasiment bouclé. Il prend par ailleurs les commandes à un moment particulièrement critique, alors que le chômage continue d’augmenter et que des élections européennes catastrophiques pour la majorité sont attendues fin mai. Pour être populaire, il y a meilleure période.
Les jours qui viennent seront décisifs pour dire qui, de François Hollande ou de Manuel Valls, a le moins à perdre de cette nouvelle collaboration. Depuis lundi midi, les deux hommes planchent sur une équipe resserrée, où devrait notamment figurer Ségolène Royal, et dont la composition doit être annoncée mercredi matin, le premier conseil des ministres étant prévu jeudi 3 avril après-midi. Le choix des postes-clés dira qui de M. Hollande ou de M. Valls a eu vraiment la main sur le casting.
« UNE COMPLICITÉ DE TRAVAIL »
Pour l’heure, l’entourage du nouveau premier ministre entend convaincre de toute absence de rivalité potentielle entre les deux hommes : « Ce sera beaucoup plus fonctionnel entre Elysée et Matignon. Une complicité de travail sera rétablie, et on verra que ça fonctionne extrêmement bien », assure un proche, qui souligne la double expérience de porte-parole de Lionel Jospin à Matignon et de directeur de la communication du candidat Hollande.
« Manuel n’est jamais meilleur que quand il y a un schéma simple. Il va retrouver l’efficacité de la campagne présidentielle dans une maison qu’il connaît bien. » Une « maison » dont il aura à dire s’il compte régner en supercollaborateur du président ou en « hyper-premier ministre ». Une maison dont il aura à dire s’il la voit comme une simple annexe de l’Elysée ou comme base arrière de sa conquête.
Par David Revault d’Allonnes et Thomas Wieder

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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