Chine : 28000 rivières portées disparues

Charlie Hebdo – 2 avril 2014 – Fabrice Nicolino
Obsédé par la croissance, Hollande vient de recevoir en grande pompe le président chinois. Il oublie un détail, dont il se contrefout d’ailleurs : la Chine est en train de sombrer.
Le président chinois, Xi Jinping, a passé deux jours en France, la semaine dernière, avec deux cent patrons de chez lui. Derrière les contrats et les fleurs, derrière les grandes tapes dans le dos, la réalité est simplement apocalyptique. Sauf erreur, aucun journal français n’a seulement noté la parution, il y a plusieurs mois, d’un recensement officiel du ministère chinois de l’Eau (1). Accrochez-vous, il n’y a pas d’erreur de frappe, environ 28 000 rivières ont disparu du pays entre les années 1990 et aujourd’hui.
Cela commande quelques explications. 800 000 personnes sont allées sur le terrain et n’ont trouvé que 22 909majun cours d’eau dont le bassin était supérieur à 100km2, contre à peu près 50 000 il y a vingt-cinq ans. Que disent les bureaucrates du Parti communiste ? Que les cartes anciennes n’étaient pas fiables et que le dérèglement climatique aurait bien pu assécher quelques rivières… En marge des médias officiels, c’est un tout autre débat que mène quelques critiques autour de l’écologiste Ma Jun, auteur d’un livre sensationnel paru en 1999 (en anglais, China’s Water Crisis).
5-Ma-JunMa Jun, qui donne l’impression d’un bien grand courage a donné une tout autre explication au journal The Australian, qui paraît, comme son nom l’indique, en Australie : « Une des raisons principales est la surexploitation des nappes d’eau souterraines, mais la destruction de l’environnement est une explication complémentaire, car la disparition des forêts entraîne une baisse des pluies sur nos montagnes. » Sans que personne s’en soucie, la Chine a donc changé de structure physique, perdant jusqu’au souvenir de rivières coulant depuis des millénaires.
Tous les connaisseurs du dossier savent que la Chine est devenue folle, pompant sans aucun contrôle l’eau de ses rivières pour soutenir cette expansion qui fait saliver en France Hollande et Bartolone. Ce dernier, président de l’Assemblée nationale, est allé jusqu’à déclarer, au cours d’une visite à Pékin, en janvier : « La croissance, nos entreprises sont prêtes à aller la chercher jusqu’ici, en Chine. A cet égard, venir en Chine, c’est humer un bon air d’optimisme. » Un trait d’humour, alors que les 20 millions d’habitants de Pékin étouffent dans un infernal nuage de pollution ? même pas.
La Chine peut-elle espérer continuer ? Quelques années, sûrement. Mais, à terme, on ne voit pas comment une économie qui nie à ce point les réalités de base pourrait survivre sans un krach écologique aux dimensions bibliques. La tension ne cesse de monter entre l’Inde et la Chine – toutes deux puissances nucléaires – car la première accuse la seconde de vouloir récupérer une partie des eaux descendant du plateau tibétain vers les plaines alluviales indiennes, par exemple celle du Brahamapoutre. Un premier barrage, celui de Zangmu, devrait être terminé en 2015, mais d’autres projets bien plus spectaculaires encore sont sur la rampe de lancement. Les chinois, qui le nie, prévoiraient un détournement massif d’eau pour abreuver leur Nord, assoiffé. De leur côté, les indiens le répètent sur tous les tons au cours de nombreuses réunions bilatérales, : toucher à l’eau qui descend de l’Himalaya serait un casus belli.
Voyage Chine: le monastère de Songzanlin, site incontournable, est le le plus grand monastère du bouddhisme tibétain dans la province du Yunnan.Le monastère Songzanlin, près de Shangri La, est le plus vaste et le plus beau du Tibet. Environ 700 moines y vivent encore de nos jours. A l’intérieur se trouvent des statues de bronze ainsi que des fresques colorées qui racontent l’histoire du bouddhisme. Une randonnée de cinq à six heures à travers les villages tibétains, sur un chemin utilisé par les pèlerins, fait le tour du monastère.
Dans ces conditions, que penser de la joie au cœur de Hollande, Bartolone et consorts? En 2011, le géologue chinois Fan Xiao remettait aux autorités un rapport on ne peut plus flippant (« A Mighty River Runs Dry ») sur le plus grand fleuve d’Asie, le Yangzi Jiang (Yangtsé). Selon lui, si tous les barrages prévus sur son cours devaient fonctionner en même temps, il n’y aurait simplement pas assez d’eau dedans. Vive le commerce mondial ! Vive l’amitié franco_chinoise !
Barrage des Trois Gorges Chine
Le barrage des Trois Gorges, construit sur l’immense fleuve chinois Yangtzé,a été terminé en 2006 avec un an d’avance. Ses 2 309 mètres de long et 185 mètres de hauteur en font le premier complexe hydroélectrique au monde et l’un des ouvrages entrepris par l’Homme les plus importants à ce jour.
Pékin, cette mégapole qui pompe, qui pompe (Courrier International – avril 2012 –Xin Shiji Zhoukan| Gong Jing)
Jamais la capitale n’a souffert d’une telle pénurie d’eau. Et les solutions envisagées par le gouvernement pourraient avoir des conséquences environnementales et sociales dramatiques.
Selon Pan Anjun, le directeur ad­joint de l’Agence pékinoise de l’eau (APE), Pékin est la grande ville où l’approvisionnement en eau est le plus compliqué au monde. Depuis mai 2011, la disponibilité en eau dans la capitale de la Chine a chuté jusqu’à atteindre moins de 100 mètres cubes par habitant, soit moins d’un dixième du seuil de carence, fixé au niveau mondial à 1 000 mètres cubes d’eau par an et par habitant. Pékin est donc la ville la plus “assoiffée” de Chine.
(1) www.irtces.org/isi/WebNews8Viw-en2.asp?WebNewslD=1003

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Ecologie, International, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.