Sale coup pour les salariés

Siné Mensuel N°30 – avril 2014 – Pierre Concialdi, membre des économistes atterrés
Baisser les coûts salariaux ne crée guère d’emplois. Dans le conjoncture actuelle, c’est totalement irresponsable.
C’est sans doute une des plus grandes arnaques idéologiques de ces vingt dernières années : pour créer des emplois, il suffirait de baisser « le coût du travail », c’est à dire en réalité les salaires directs ou indirects. Cette politique de « l’offre », Hollande l’approfondit avec son pacte de responsabilité. Échec garanti.
100_5991Le raisonnement libéral est élémentaire : baisse des coûts = baisse des prix, donc plus de parts de marché et plus d’emplois. Mais ce raisonnement libéral est individualiste (microéconomique) Car si toutes les entreprises font la même chose, aucune n’y gagne et les effets s’annulent. Globalement (au niveau macroéconomique), il n’y a pas davantage d’emplois. On peut même être certain, en réalité, qu’il y en aura moins. Car certaines entreprises se différencient bien plus par la qualité de leurs produits ou services et ne répercuteront pas intégralement la baisse des coûts dans leurs prix. D’où un effet garanti sur la hausse des profits et une baisse tout aussi garantie de l’emploi, faute de pouvoir d’achat. C’est vrai notamment pour les entreprises des secteurs abrités de la concurrence internationale qui représentent deux tiers des emplois. Mais la logique est la même pour les secteurs exposés à la concurrence internationale. Car dans les pays développés, la compétitivité ne repose pas principalement sur des avantages coût.
Conséquences : les effets sur l’emploi des mesures d’allégement des coûts salariaux ou de mesures similaires sont très faibles, avec un coût exorbitant pour les finances publiques. Par exemple, pour la baisse de la TVA sur la restauration, les estimations les plus optimistes aboutissent à un coût par emploi « créé ou sauvegardé » compris entre 2,5 à 3 fois le coût d’un emploi au Smic.
Aujourd’hui, les capacités de production sont sous-utilisées (avec un taux de 80%, bien inférieur à son niveau moyen). La moitié des entreprises déclarent faire face à des problèmes de demande : leurs carnets de commande ne sont pas assez remplis. La plupart des autres disent rencontrer à la fois des problèmes de demande et d’offre. A peine une sur dix n’évoque que des problèmes d’offre. Dans un tel contexte, abaisser les coûts salariaux, c’est surtout attiser les risques déflationnistes.
Les-directeurs-financiers-retrouvent-moral-mais-focalisent-baisse-couts-FPapa Gattaz, ancien patron du CNPF – l’ancêtre du Medef – voulait en 1984 des Enca (Emplois à contraintes allégées) et promettait en contrepartie plusieurs centaines de milliers d’emplois. Aujourd’hui, on sert au fiston un repas gastronomique avec farandole de crédits d’impôts et exonérations variées de cotisations sociales. La facture, c’est pour les salariés.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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