Les vagabonds et le pianiste

L’âge de Faire – journal alternatif – 10 avril 2014logo_site_Lagedefaire1
A Nanterre, le Centre d’accueil et de soins hospitaliers accueille des concerts de haut niveau ouverts aux malades, aux pensionnaires de la maison de retraite, aux enfants du quartier… Rencontre entre Makoto Ozone, pianiste de jazz japonais, et un public marqué par la vie et la précarité.
Un reportage de Flore Viénot à lire dans son intégralité dans le numéro 86 de mai 2014 du journal L’âge de faire.
On va faire un voyage ensemble, un grand voyage autour du monde. Parce que, si je suis un musicien de jazz, j’aime aussi la musique du monde entier… Alors, pour commencer : Bienvenido al mundo ! C’est parti…
Entre la Rapsodie in blue des Folles journées de Nantes la veille, et Séoul le lendemain avec l’orchestre philharmonique de New York, Makoto Ozone, pianiste de jazz japonais, a fait escale dans le réfectoire du Centre d’accueil et de soins hospitaliers (Cash) de la ville de Nanterre, à l’ouest de Paris.
Tous sont prêts – résidents de la maison de retraite, patients en séjour à l’hôpital, personnel, ainsi qu’une cinquantaine d’enfants de l’école voisine et quelques habitants du quartier. Silencieux, l’attention rivée vers la première note… Lorsque tout à coup, un spectateur n’y tient plus : il entonne la « maladie d’amour », déclenchant les gloussements étouffés de la salle et le fou rire édenté d’un homme qui se tient fermement à son déambulateur ! Le voyage commence, pour le public comme pour l’artiste.
Makoto Ozone participe pour la troisième année au festival Piano/Cash, organisé en lien avec la Maison de la musique et de la danse de Nanterre. Un festival surprenant, né il y a quatre ans dans la folie d’un dîner entre le pianiste et Frédéric Laulanné, directeur de la Maison de la musique. Un dîner « suivi d’une nuit blanche à parler des possibles », se souvient Frédéric Laulanné.
Le pari de faire venir gratuitement à l’hôpital des artistes de renommée internationale était lancé. « L’art n’est pas réservé à certaines personnes ni à certains lieux » lance Frédéric Laulanné, qui défend une vision « exigeante et solidaire » de la culture.
« Toute personne a le droit de s’émouvoir. Alors quand je viens au Cash, je viens avec les meilleurs artistes »
Ainsi l’hôpital, « ce lieu où l’on ne pénètre qu’à reculons, devient un lieu de ressource vers lequel les gens se déplacent ».
SDF et personnes âgées
Le Cash est une structure bien particulière : cet hôpital continue de mêler les questions sanitaires et sociales, en dépit de la loi de 1975, qui sépare les deux domaines. Dès sa construction, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il était destiné à accueillir les vagabonds, les mendiants et les « malheureux sans abris de Paris ». Il garde aujourd’hui l’ensemble de ses missions sanitaires et sociales, accueillant prioritairement des SDF et des personnes âgées touchées par la précarité.
« De la Pologne de Chopin, allons maintenant au Brésil… ça vous convient ? interroge Makoto. Et n’hésitez pas à danser, hein ! » Des applaudissements en guise de joyeuse approbation. Mais la « maladie d’amour » n’a pas dit son dernier mot, provoquant dans le rire général un retour à la réalité du réfectoire, que tous avaient presque oubliée. Le sourire accroché aux lèvres, Makoto confie alors à son public : « Même si je ne parle pas français, je suis ravi de pouvoir communiquer avec vous grâce à la musique, ce langage universel !« 
Makoto Ozone, pianiste de jazz japonais

A propos werdna01

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