Vincennes / La Cartoucherie – Théâtre du Soleil : Une utopie contagieuse

LE MONDE | Editorial 23.04.2014

Le Théâtre du Soleil, utopie durable et flamboyante

aariane 6_l-entree-de-la-cartoucherie-a-vincennes-ou_096c8d42494a2917345a1151bfdaaa9f
Utopie. Le mot a disparu, sinon des dictionnaires, du moins des esprits contemporains, inquiets ou désenchantés. Depuis un demi-siècle et la création du Théâtre du Soleil par Ariane Mnouchkine, c’est bien, pourtant, ce qui résiste dans cette Cartoucherie magique, nichée au milieu du bois de Vincennes : une utopie concrète, durable, flamboyante.
Comment a-t-elle tenu, cette troupe qui n’a jamais voulu rentrer dans le carcan du théâtre public à la française, et qui est cependant l’une des principales ambassadrices de notre culture à l’étranger ? Où puise-t-elle sa longévité, sa créativité, son irrésistible capacité à attirer de jeunes acteurs du monde entier, prêts à faire le voyage de Vincennes pour participer à cette odyssée théâtrale ?

aariane mouc6_5b72_la-fondatrice-du-theatre-du-soleil-et_336cf5dcf9739ff48a4dd8795284c5ef

D’abord dans la ténacité et la foi d’une femme exceptionnelle, Ariane Mnouchkine. Elle n’a jamais dérogé à ses idéaux et s’est donné les moyens de les faire vivre à l’échelle de son monde, cette maison de théâtre de la Cartoucherie. Au Théâtre du Soleil, tous les salariés – 70 personnes, « Ariane » comprise –, sont payés à un salaire unique, 1 800 euros par mois aujourd’hui. Inébranlable, la chef de troupe a maintenu ce principe fondateur : à ses yeux, toutes les énergies doivent être mobilisées sur la création collective et le travail réel, non sur les ambitions de carrière et les stratégies égotistes.
UNE UTOPIE CONTAGIEUSE
Depuis les années 1960, Mnouchkine a été de tous les combats : pour les sans-papiers, le Tibet, contre les intégrismes religieux, menant une grève de la faim, en 1995, pour protester contre les massacres en Bosnie. Sans que jamais ces luttes prennent le pas sur l’ambition artistique, ni sur la volonté d’offrir un théâtre « populaire », dans la lignée de Jean Vilar, tant l’engagement politique et artistique, ici, ne fait qu’un.
Pour Mnouchkine, le théâtre ne peut être qu’épique, même si elle s’est toujours gardée de le théoriser. Qu’il mette en scène des vers de Shakespeare ou des textes contemporains, son art déploie une esthétique très singulière, nourrie par les rituels stylisés du théâtre asiatique, mais aussi, ces dernières années, par le cinéma. L’art de l’acteur, aux antipodes du naturalisme, la musique de Jean-Jacques Lemêtre, le sens de l’espace et du mouvement, tout contribue à cette « recherche de la beauté dans la vérité de la vie » que poursuit Ariane Mnouchkine.

aariane mouchles_optimistes_0

Une utopie contagieuse, en outre. La troupe de la Cartoucherie a servi de modèle à des collectifs plus récents et tout aussi brillants, tel celui de Joël Pommerat. Le Soleil a essaimé, il a fait naître des « petits soleils », comme aime à les appeler sa fondatrice : le théâtre Aftaab, fondé en 2005 dans un Afghanistan en guerre, ou la troupe de jeunes Cambodgiens qui ont recréé, en khmer, La Vie terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, suscitant un débat inédit sur l’histoire de leur pays.
Ariane Mnouchkine n’a jamais pensé que les modèles établis étaient les meilleurs. Sans angélisme, sans naïveté. Depuis cinquante ans, la vie du Soleil n’a cessé d’être un combat. Tumultueux parfois, superbe toujours. De tout cela, merci, Madame Mnouchkine.
Lire le récit Théâtre : de levers de Soleil en levers de rideau, cinquante ans d’« Ariane »
Théâtre du soleil : retour sur 50 ans de créations
Le Monde.fr | 23.04.2014
Les dates du Théâtre du Soleil
1964 (29 mai)
Naissance du Théâtre du Soleil.
1964-1965
Les Petits-Bourgeois, de Maxime Gorki.
1965-1966
Capitaine Fracasse, d’après Théophile Gautier.
1967
La Cuisine, d’Arnold Wesker.
1968
Le Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare.
1969-1970
Les Clowns, création collective.
1970 (août)
Arrivée à la Cartoucherie de Vincennes.
1970-1971
1789, création collective.
1972-1973
1793, création collective.
1975
L’Age d’or, création collective.
1978
Molière, un film d’Ariane Mnouchkine.
1979-1980
Méphisto, le roman d’une carrière, d’après Klaus Mann.
1981-1984
Les Shakespeare (Richard II en 1981, La Nuit des rois en 1982, Henry IV, première partie, en 1984).
1985
L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, d’Hélène Cixous.
1987-1988
L’Indiade ou l’Inde de leurs rêves, d’Hélène Cixous.
1990-1993
Les Atrides (Iphigénie à Aulis, d’Euripide, et Agamemnon, d’Eschyle, en 1990 ; Les Choéphores, d’Eschyle, en 1991 ; Les Euménides, d’Eschyle, en 1992).
1994
La Ville parjure ou le Réveil des Erinyes, d’Hélène Cixous.
1995-1996
Le Tartuffe, de Molière.
1997-1999
Et soudain des nuits d’éveil, création collective en harmonie avec Hélène Cixous.
1999
Tambours sur la digue, d’Hélène Cixous.
2003
Le Dernier Caravansérail, création collective.
2006
Les Ephémères, création collective.
2010
Les Naufragés du fol espoir, création collective en partie écrite par Hélène Cixous.
2014
Macbeth, de William Shakespeare.

aariane mouc

Macbeth

Rappel concernant notre sortie théâtrale du vendredi 9 mai 2014 :
– oeuvre : Shakespeare, Macbeth ;
– mise en scène : Ariane Mnouchkine ;
– lieu : théâtre du Soleil (Cartoucherie de Vincennes) ;
– prix : 15 € (chèque à l’ordre du théâtre du Soleil) ;
– date butoir pour le règlement : samedi 15 mars 2014 ;
– horaire : rendez-vous fixé à 18 h 30 à la Cartoucherie (fin du spectacle non encore connue).

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Culture, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.