Rome – Canonisation : nouveau problème financier pour la Ville éternelle, sans cesse menacée de faillite.

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Rome, éternelle endettée

Les canonisations des papes Jean XXIII et Jean Paul II coûtent 7,6 millions d’euros à la ville
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Casse-tête logistique, la double canonisation, dimanche 27 avril à Rome, des papes Jean XXIII (1958-1963) et Jean Paul II (1978-2005) est aussi un nouveau problème financier pour la Ville éternelle, sans cesse menacée de faillite.
Qui va payer l’organisation de ce que les Italiens ont baptisé le  » Papi Santi Day  » et les frais supplémentaires engagés par la commune pour faire face à l’affluence estimée de 700 000 pèlerins venus du monde entier ?

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Rome ? «  Les impôts des Romains ne peuvent pas servir à payer les frais d’un événement planétaire « , explique au Monde Ignazio Marino, le maire de gauche élu en juin 2013. Le Vatican, alors ?  » Nous aussi, nous avons nos dépenses « , se défile le père Federico Lombardi, porte-parole officieux du pape François.
Pour la capitale de l’Italie, cet événement est la cerise sur le gâteau d’un mois d’avril roboratif, marqué par un pic de fréquentations. Qu’on en juge : chemin de croix du Vendredi saint, Pâques, fête pour la naissance de Rome, commémorations du 25 avril, jour anniversaire de la Libération, jusqu’au 1er mai traditionnellement conclu par un concert géant Piazza San Giovanni…
Inutile de chercher une chambre d’hôtel, tout est complet, de même que les couvents qui accueillent les pèlerins. Les retardataires dormiront dehors, dans les parcs. L’événement, estiment les syndicats d’hôteliers, a généré 15 % de réservations supplémentaires.
Quelques chiffres : pour la double canonisation, 4 500 cars – dont 1 700 venus de Pologne – et de nombreux trains spéciaux sont attendus, 58 vols charters supplémentaires atterriront sur les aéroports de Fiumicino ou Ciampino. Et encore ne s’agit-il que des arrivées prévues. Nul ne sait, de part et d’autre du Tibre, combien de paroisses ont organisé un voyage ni combien de particuliers prendront le chemin de Rome au dernier moment. Pendant que les prélats du Saint-Siège sourient devant les estimations qui grimpent de jour en jour, y voyant le signe d’une grâce divine, les fonctionnaires de la mairie s’arrachent les cheveux et tiennent les comptes.
L’installation d’un millier de toilettes chimiques aux abords de la basilique Saint-Pierre et sur les places et les artères où la cérémonie de canonisation sera retransmise sur des écrans géants ? 1,8 million d’euros. La multiplication des lignes de bus pour acheminer les pèlerins ? 710 000 euros. L’achat de 4 millions de bouteilles d’eau pour étancher la soif des pèlerins ? 430 000 euros. La mise en place de 800 nouvelles barrières métalliques ? 146 000 euros.
A ces sommes, il faut encore ajouter les 12 000 heures supplémentaires de travail des chauffeurs de bus et de métro (qui rouleront – une première – toute la nuit du samedi au dimanche), celles de 2 000 policiers municipaux requis pour la circonstance qui épauleront 2 400 carabiniers. Celles, enfin, du millier de balayeurs et éboueurs qui devront nettoyer la ville après ce raz de marée.
Souvent décriée pour sa désorganisation, la ville a décidé d’être cette fois irréprochable. Le «  Papi Santi Day  » sera sa vitrine et un test politique d’envergure pour le maire.  » J’ai assuré au pape François, dès juillet 2013, que nous serions prêts, confie-t-il. Cet événement est une chance. Rome va être au centre de la planète, 2 milliards d’internautes et de téléspectateurs vont avoir les yeux braqués sur nous. « 
Mais ces efforts ont un prix : en tout, 7,6 millions d’euros. Seulement ? Autant de bruit pour ça ? Ignazio Marino s’est déjà tourné vers l’Etat pour demander le remboursement de ces frais exceptionnels.  » C’est une question d’équité, martèle-t-il. C’est comme si on demandait aux Milanais de prendre en charge les dépenses de l’Exposition universelle de 2015, ou aux Parisiens de payer les visites d’Etat des présidents étrangers. Avec 7 millions d’euros, je pourrais par exemple offrir plus de places dans les crèches. « 

« Les pèlerins ne laisseront pas beaucoup d’argent à la ville, explique un fonctionnaire. La plupart arriveront dimanche matin pour repartir le soir même.  » Seront-ils 500 000, 700 000, 1 million ? Quoi qu’il en soit, ils ne sauront sans doute jamais rien des difficultés dans lesquelles se débat la ville hôte de la double canonisation. Si tout se passe bien, ils pourront toujours mettre ça sur le compte d’un miracle.
Philippe Ridet Rome Correspondant

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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