Perturbateurs endocriniens – Question d’éthique

LE MONDE | 04.05.2014 |

Quiconque se penche un peu sérieusement sur le dossier des perturbateurs endocriniens (PE) ne peut en ressortir que très préoccupé.

Les données du problème sont simples. Plusieurs centaines de substances de synthèse, présentes dans un grand nombre de produits d’usage courant et dans la chaîne alimentaire, interfèrent avec le système hormonal humain et peuvent, de ce fait, produire des effets délétères à des niveaux d’exposition chronique très faibles, non pris en compte par les agences de sécurité sanitaire – à l’exception de quelques-unes.
Le seul fait rassurant de cette affaire est que, parfois, les responsables politiques prennent la mesure du problème, et qu’ils peuvent le faire sans distinction de couleur politique. Ségolène Royal, la nouvelle ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, vient ainsi de sortir des limbes la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) qui, attendue depuis deux ans, a été adoptée le 29 avril.
Mais il ne s’agit pas d’un « précautionnisme de gauche » ni d’une sorte d’aversion franco-française pour le risque. Les deux Etats européens aujourd’hui les plus engagés dans la lutte contre les PE, la Suède et le Danemark, sont dirigés par une coalition de centre droit pour le premier et par des sociaux-démocrates pour le second.
DES EFFETS MAJEURS DANS LA PÉRIODE PÉRINATALE
En 2009, déjà, l’actuel secrétaire d’Etat américain, John Kerry, proposait (sans succès) une loi dont l’objectif était de prévenir l’exposition aux PE des enfants à naître et des nourrissons. Plus récemment, dans la course à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet avait fait de cette question un thème de campagne.
Egalement peu suspecte de crypto-communisme, la sénatrice et ancienne secrétaire d’Etat à l’écologie Chantal Jouanno déclarait en mars 2013 au Journal de l’environnement : « L’explosion des cas de diabète, la multiplication phénoménale des cas d’obésité que les mauvaises habitudes alimentaires ne peuvent seules expliquer, les cancers qui se multiplient chez les enfants… à chaque fois, on voit que les PE sont impliqués. »
Si la question des PE échappe aux catégories politiques, c’est sans doute que chacun l’envisage au crible de son éthique personnelle plus qu’à la lumière de ses affiliations. Mme Jouanno ajoutait qu’au Parlement certains, peu au fait du dossier, « classent ceux qui évoquent la question des PE dans le camp des déclinistes, en brandissant des arguments du type “vous voyez bien que la durée de vie augmente”… » Hélas ! Non seulement l’espérance de vie en bonne santé stagne, voire diminue, mais les effets majeurs des PE se jouent dans la période périnatale, et conditionnent la santé à venir des enfants exposés – santé à venir dont la mesure actuelle de l’espérance de vie ne nous dit rien.
La question éthique posée par les PE tient donc à la quantité de risques que nous sommes prêts à prendre en connaissance de cause, non forcément pour nous-mêmes, mais pour d’autres qui n’ont aujourd’hui pas la parole.
foucart@lemonde.fr
Stéphane Foucart Journaliste au Monde, chargé des sciences de l’environnement

alemonde ethique3_f268_non-seulement-l-esperance-de-vie-en-bonne_1a9f85d00682dd426465520a92e7b5c2

Non seulement l’espérance de vie en bonne santé stagne, voire diminue, mais les effets majeurs des perturbateurs endocriniens se jouent dans la période périnatale, et conditionnent la santé à venir des enfants exposés. | AFP/FRED DUFOUR

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Politique, Santé, Science, Social, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.