Un typhon qui menace les Européens : le traité de libre-échange transatlantique

Le traité de libre-échange transatlantique suscite critiques et angoisses

LE MONDE | 06.05.2014 | Par Claire Gatinois
Front de gauche en dénonce les négociations « secrètes », menées « dans le dos des peuples », les Verts agitent le spectre d’une invasion d’OGM ou de poulets chlorés. Tous évoquent la crainte de voir les multinationales américaines traîner nos Etats devant les tribunaux.
Fantasmes, clichés ou réelles menaces ? L’accord de libre-échange (partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, TTIP) que tentent de conclure l’Europe et les Etats-Unis d’ici à 2015 s’est invité dans la campagne pour les élections européennes du 25 mai, sur fond de défiance vis-à-vis de Bruxelles.
A Berlin, les craintes montent depuis qu’Angela Merkel a découvert, fin 2013, que son téléphone portable avait été espionné par les services secrets américains. Pour calmer les esprits, le vice-chancelier, Sigmar Gabriel, a convié, lundi 5 mai, à Berlin, Karel De Gucht, le commissaire européen chargé du dossier, pour répondre aux critiques.
Bilan ? Mitigé. A trois mois de la fin de son mandat, M. De Gucht – soupçonné en Belgique de fraude fiscale – se sent démuni. S’il a pu s’expliquer quelques heures outre-Rhin, il peine à se faire entendre ailleurs. « Comment peut-on se défendre contre des mensonges ?, interroge-t-il. On dit beaucoup de choses qui ne sont pas dans le traité. On ne va pas modifier la loi sur les OGM, je l’ai dit dix fois, mais José Bové continue de dire le contraire ! »
Le traité transatlantique aborde des thèmes propices aux attaques en ces temps de crise : on voit la patine ultralibérale de la Commission Barroso, on redoute l’impérialisme américain, on craint l’importation de la malbouffe et on critique le mystère de ces accords.
Lire : Les enjeux des négociations entre les Etats-Unis et l’Europe
« Ce traité est une construction de la mondialisation », appuie Yannick Jadot, candidat d’EELV dans l’Ouest. « Le sujet marche très bien en campagne », reconnaît-il, se défendant « d’agiter les fantasmes ». Du côté du Front de gauche, le traité est une voie royale pour alerter les électeurs sur l’emprise supposée des lobbies et de multinationales potentiellement à même d’attaquer devant la justice une loi qui entraverait leurs affaires. « Une logique purement productiviste, qui impose la souveraineté des marchés contre les peuples. La fin du principe républicain », résume Raquel Garrido, candidate en Ile-de-France.
En réalité, les candidats critiquent un objet non identifié. Les négociations, dont l’état d’avancement est décrit sur le site de la Commission, n’aboutiront au mieux qu’en 2015. Ensuite, les Etats et le Parlement auront dix-huit mois pour débattre et approuver, ou non, leur contenu.
Pour leurs défenseurs, ce traité est historique : les deux parties représentent près de la moitié de la production mondiale et 40 % des échanges commerciaux. Un accord définissant des normes à respecter, disent-ils, servirait d’étalon pour le reste du monde. Et, pour une fois, Bruxelles parle d’une seule voix.
APPEL À LA PRUDENCE
Aux Etats-Unis, les ONG et associations de consommateurs appellent aussi à la prudence. Mais les peurs sont plus vives en Europe et en France, en particulier. « Il y a ce sentiment de : “On va se faire croquer” », observe Elvire Fabry, chercheur à Notre Europe-Institut Jacques-Delors. Symptôme d’un pays qui doute de lui, « mal à l’aise dans la mondialisation ». Le tout, poursuit-elle, alors que la Commission, architecte de l’austérité en Europe, est jugée mal placée pour défendre les citoyens.
Face à ces doutes, M. De Gucht refuse le mea culpa, mais dit « comprendre les angoisses » et enrage du manque de « responsabilité » des chefs d’Etat, qui devraient, selon lui, expliquer un projet qu’ils ont avalisé. « L’Europe est une fois encore un bouc émissaire », dit-il, « stupéfait » que les gens ne se rendent pas compte de l’instrumentalisation politique des dossiers bruxellois.
Claire Gatinois Journaliste au Monde
 Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens
Le monde diplomatique 2013
Engagées en 2008, les discussions sur l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne ont abouti le 18 octobre. Un bon présage pour le gouvernement américain, qui espère conclure un partenariat de ce type avec le Vieux Continent. Négocié en secret, ce projet ardemment soutenu par les multinationales leur permettrait d’attaquer en justice tout Etat qui ne se plierait pas aux normes du libéralisme.
 Le traité transatlantique : des négociations difficiles
Origine Le premier cycle des négociations pour un partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) a démarré en juillet 2013. Un nouveau round est prévu le 19 mai.
Enjeu Rapprocher les systèmes réglementaires entre l’Europe et les Etats-Unis et réduire les barrières tarifaires.
Sujets sensibles Services financiers ; protection de l’origine géographique des produits agricoles ; marchés publics (fermés à la concurrence aux Etats-Unis) ; tribunal supranational pour arbitrer les conflits… L’audiovisuel et la culture ont été exclus des pourparlers.
 Lire sur Inventerre :
Agir pour l’environnement : Traité transatlantique (TAFTA)… Non merci ! Publié le 3 mai 2014 par kozett
 ALERTE cartes pétitions : Traité transatlantique (TAFTA)… Non merci ! Publié le 5 mai 2014 par werdna01

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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