Au nom des libertés – L’affaire des révélations de la NSA n’est pas qu’un polar sur le monde de l’espionnage. C’est bien plus …

LE MONDE | 14.05.2014

« Nulle part où se cacher » de Glenn Greenwald, au nom des libertés

Dépositaire des milliers de documents soustraits à la NSA par Edward Snowden, Glenne Greenwald révèle les dessous de cette affaire. Extraits

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Le journaliste américain Glenn Greenwald, au Brésil, le 9 octobre 2013. | AP/ERALDO PERES
alemonde_edward-snowden-en-juin-2013_25f3b81e7ad6574af6dbe44a1eff6c76L’affaire des révélations sur la surveillance mondiale de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), par son ex-consultant Edward Snowden n’est pas qu’un scoop historique sur de nouvelles technologies secrètes. Ce n’est pas non plus qu’un polar sur le monde de l’espionnage. C’est bien plus. Ce système auquel ont adhéré les services de renseignement occidentaux fait peser un risque majeur sur les libertés. Les Etats, au nom d’une menace terroriste en partie instrumentalisée, ont édifié une toile de surveillance mondiale et imposé une idéologie sécuritaire.
Tel est le constat dressé dans Nulle part où se cacher (JC Lattès, 360 p., 20 euros), le premier livre d’un acteur central de cette affaire, Glenn Greenwald, dépositaire des documents soustraits à la NSA par Edward Snowden. Américain, ex-avocat, blogueur et journaliste spécialisé sur les questions de surveillance, c’est une vigie reconnue sur les pratiques intrusives des Etats à l’encontre des citoyens. Pour aborder son ouvrage, découpé en quatre parties – la rencontre avec Edward Snowden, les programmes d’espionnage de la NSA via Internet, les démocraties sécuritaires et les faillites de la presse –, il n’est nul besoin de posséder un compte Twitter ou Facebook ni même de savoir utiliser un ordinateur.
LIBERTÉ DE PENSER
La technique n’est pas le sujet. Il est même savoureux et rassurant de voir à quel point Glenn Greenwald est rétif à tout cet univers. Sa difficulté à utiliser les nouveaux moyens de communication a même failli lui faire rater sa rencontre avec Snowden. Ce n’est pas un geek, mais il sait vulgariser et rendre accessible, à travers de nouvelles pièces extraites du stock Snowden, les secrets de la NSA, de l’Internet et du monde des hackeurs.
Il aborde avec passion et de manière argumentée les problématiques soulevées par les révélations Snowden. Il pose la question du rapport entre le citoyen et l’Etat. Il interroge la légitimité de l’Etat à surveiller sa population. Il relève surtout, avec Edward Snowden, dont c’est le premier objectif, l’absence de contrôle démocratique sur ces structures secrètes de surveillance de masse. Sa démonstration concerne la société américaine, mais ses principes s’appliquent tout autant aux autres démocraties dont la France.
L’ouvrage se lit d’un trait et permet d’approcher au plus près Edward Snowden, ce personnage hors du commun, « dont le courage est contagieux », dit Glenn Greenwald. Qui est-il ? Pourquoi s’est-il d’abord réfugié à Hongkong ? Pourquoi choisit-il Glenn Greenwald et la documentariste américaine Laura Poitras pour confier ses secrets ? Le récit sème le doute en permanence sur les motivations de chacun. Il ne s’agit pas non plus de croire sur parole un lanceur d’alerte, mais de conserver, à tout instant, sa liberté de penser.
Comme souvent, les vraies enquêtes journalistiques sont aussi une réflexion sur le métier lui-même. Sur ce terrain, les propos de Greenwald sont peu amènes. Focalisant son analyse sur les médias américains, il pointe, de manière féroce, les postures « serviles » et « aux ordres des pouvoirs » de ses confrères. Nombre d’entre eux, et parmi les plus connus, lui ont dénié le statut de journaliste faute d’appartenir à une structure, ce qui est pour lui, au contraire, un gage éminent de liberté. Il a ainsi collaboré avec Le Monde.
Glenn était alors un blogueur vedette au sein du journal britannique The Guardian. Il avait écrit plusieurs ouvrages. L’affaire Snowden a, dit-il, mis en lumière les liens incestueux entre les médias américains traditionnels et les pouvoirs. Le tableau n’est pas univoque, certains l’ont soutenu, mais cette proximité et l’absence d’esprit critique ont montré les préjudices qu’elles causaient à la défense des libertés.
Lire les bonnes feuilles : L’affaire Snowden racontée par celui qui l’a révélée
Jacques Follorou Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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