Une affaire de plus pour Nicolas Sarkozy ? : le Falcon d’Afflelou et la coke ! l’éternel persécuté, fidèle à lui-même

Marianne 08/07/2014
D’après « L’Express » à paraître demain, la juge d’instruction marseillaise Christine Saunier-Ruellan cherche à savoir qui a payé « un déplacement privé de l’ancien président de la République » fin 2012.
Le plus cocasse dans cette histoire, c’est que le voyage en question s’est déroulé à bord d’un Falcon appartenant à Alain Afflelou et qui a récemment été placé sous les feux des projecteurs médiatiques pour avoir servi à transporter de la cocaïne entre la République Dominicaine et la France…
Une affaire de plus pour Nicolas Sarkozy ? C’est pas de chance tout de même. Après Bordeaux et le juge Gentil dans le dossier Bettencourt, Nanterre et la juge Claire Thépaut dans l’affaire des écoutes, bienvenue à Marseille où la juge d’instruction Christine Saunier-Ruellan « s’intéresse de près à un déplacement privé de l’ancien président de la République » comme le révèle l’Express dans son numéro à paraître demain. Elle chercherait à savoir « qui a payé ce voyage ».
Le « voyage » en question ? Une « conférence au Moyen-Orient » organisée en décembre 2012. Une date qui coïncide avec la venue « bénévole », nous expliquait RTL à l’époque, de l’ex-chef d’état au Qatar où il est intervenu dans le cadre du premier Doha Goals, un forum mondial de sport produit par… le publicitaire Richard Attias, le nouveau mari d’une certaine Cécilia.
A croire que le destin s’acharne. Outre la présence, sur place, de son ancien rival, il s’avère que pour se rendre à cette fameuse conférence, Nicolas Sarkozy a utilisé le Falcon 50 appartenant à Alain Afflelou et loué à une société de leasing. Le même appareil qui, trois mois plus tard, en mars 2013, sera intercepté par les autorités de République Dominicaine avec à son bord près de 700 kilos de cocaïne comme le racontait Marianne
Des va-et-vient entre les Antilles et l’aérodrome de la Môle, à Saint-Tropez, Nicolas Sarkozy ne sait sans doute rien. Il avait d’ailleurs envisagé de se rendre à Bordeaux à bord du même avion pour répondre à une convocation du juge Gentil. Il faut dire que Sarkozy et les Falcon, c’est une histoire d’amour ancienne. Et qui dure, quel qu’en soit le coût…
En avril 2012, alors en pleine campagne, le président-candidat utilise un Falcon de la flotte Dassault. Un modèle spacieux (le Falcon 900 EXY), 14 sièges, qui pointe à 850 km/h en vitesse de croisière d’après l’enquête de Marianne parue en juin dernier. Des heures de vol facturées 216 000 euros TTC pour un package initial de 30 heures. Mais pourquoi se contenter d’autant quand on peut avoir plus encore ? Ainsi, la location du Falcon, prévue du 16 mars au 15 avril 2012, a été tacitement prolongée jusqu’au 6 mai, pour la modique somme de 638 000 euros. De quoi entamer sérieusement les dépenses de campagne du candidat de l’UMP. On connaît la suite.
Patricia Neves
Nicolas Sarkozy, l’éternel persécuté, fidèle à lui-même
LE MONDE | 08.07.2014 | Par Gérard Courtois
« Mes chers compatriotes, comme vous ne pouvez l’ignorer, j’ai été placé en garde à vue pendant quinze heures, avant de me voir notifier ma mise en examen pour corruption active et trafic d’influence. Je ne vous cacherai pas que j’ai été choqué par la procédure employée à mon endroit, humiliante pour un ancien président de la République. Mais je sais que c’est la règle commune et je ne demande aucun privilège. »
» Je ne vous surprendrai pas davantage en vous disant que je suis meurtri par les motifs, graves pour ne pas dire infamants, de ma mise en examen. Mais je fais assez confiance à la justice de mon pays – dont j’ai été le garant de l’indépendance pendant les cinq années de mon mandat – pour attendre sereinement sa décision finale. Quand on n’a rien à se reprocher, on ne craint pas de s’expliquer. Je suis impatient de le faire et souhaite que la justice traite cette affaire dans les meilleurs délais. Chacun pourra alors mesurer que mon innocence est totale. »
Tel aurait pu être le plaidoyer de Nicolas Sarkozy, le 2 juillet, à la télévision. Ferme, digne, à la hauteur de sa fonction présidentielle passée, qu’il aspire à reconquérir. Nul doute qu’il aurait largement emporté l’adhésion.

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Au lieu de quoi, mâchoires crispées et regard anthracite, il s’est livré à un réquisitoire cinglant contre tous ceux qui veulent, assène-t-il, « l’humilier, l’impressionner, l’empêcher, le diffamer ». La justice ? Elle est l’objet d’une « instrumentalisation politique ». Et M. Sarkozy de dénoncer les « mensonges » de Christiane Taubira, ministre de la justice, Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, Michel Sapin, ministre des finances, et jusqu’à François Hollande, « dont les collaborateurs se sont livrés à une exploitation éhontée de mes archives ». Quant aux deux juges – les « deux dames » – qui l’ont mis en examen, il n’a pas hésité à mettre en doute leur impartialité, dès lors que l’une d’elles « appartient au Syndicat de la magistrature », cette « minorité militante ».
Bref, Nicolas Sarkozy a fait du Sarkozy. Acharné à se croire, toujours, victime de noirs complots et de tortueuses conspirations. Toujours si obsédé de lui-même qu’il considère toute décision judiciaire comme une manoeuvre politique destinée à l’abattre. Toujours si prompt à imaginer la justice aux ordres que l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il en usa ainsi quand il était à l’Elysée. Et comme persuadé que son immunité présidentielle passée le protège, à vie, de toute mise en cause.
Incapable, en outre, d’admettre la moindre contradiction en la matière, si l’on en juge par la réaction excédée de son fidèle Henri Guaino aux propos pourtant mesurés d’Alain Juppé. « Vilipender une institution de la République, à savoir l’institution judiciaire, comme le font certains responsables politiques, ne me paraît pas de bonne méthode », avait commenté le maire de Bordeaux et membre de la direction collégiale de l’UMP. « Je croyais que les épreuves de la vie avaient enfin débarrassé Alain Juppé de cette épouvantable arrogance, de cet épouvantable mépris dont il accable tous ceux qui sont en désaccord avec lui. Je n’en peux plus de recevoir des leçons de gens qui n’ont aucune légitimité à en donner », a répliqué M. Guaino. La franche camaraderie est plus que jamais la règle, à l’UMP !
ETERNEL PERSÉCUTÉ
Enfin, c’est une bien contestable dialectique que celle de M. Sarkozy. Ainsi, lorsqu’il appelle les Français à « juger de la réalité ». Car s’il y a manipulation, elle est bien là : dans cette manière d’en appeler au jugement du peuple – peu averti des règles de la procédure pénale et le moins à même d’évaluer la réalité des faits –, contre la justice des magistrats, dont on imagine pourtant aisément le luxe de précautions qu’ils ont prises, avec pareil client, pour appliquer scrupuleusement le droit.
De même lorsqu’il se targue que sa campagne de 2012 « a été vérifiée dans tous les sens, avec un soin qui n’avait rien d’amical, par le Conseil constitutionnel » – lequel a invalidé ses comptes de campagne il y a un an –, pour mieux écarter toute implication dans la sulfureuse affaire Bygmalion. Mais il est plus aisé de convaincre le bon peuple que le président du Conseil constitutionnel : « Ce n’est pas exact », a répliqué sèchement Jean-Louis Debré, pour la bonne raison que le Conseil n’a « pas de pouvoir de police judiciaire » pour enquêter, et ne peut donc vérifier que les documents que lui présentent les candidats.
« Jamais un responsable politique n’a été aussi examiné par des magistrats, des policiers », déplore enfin M. Sarkozy, éternel persécuté. Mais victime de lui-même, car jamais un responsable politique ne s’est retrouvé, de près ou de loin, cité dans tant d’affaires où se mêlent le pouvoir et l’argent. Outre celle qui lui vaut sa récente mise en examen, rappelons le dossier des sondages de l’Elysée, l’extravagant arbitrage en faveur de Bernard Tapie, le supposé financement libyen de sa campagne de 2007, le scandale Bygmalion qui menace l’UMP. Et la dernière en date, avec l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « abus de confiance » : le règlement par l’UMP, et non par le candidat lui-même, des pénalités infligées à Nicolas Sarkozy à la suite de l’invalidation de ses comptes de campagne.
L’ancien président avait commencé son mandat, en 2007, avec des comportements d’enfant-roi, à qui tout est dû. Il aborde ce qu’il espère sa reconquête avec des réflexes d’enfant pris en faute et qui répète, rageur : « C’est pas moi, j’ai rien fait. » Remarquable continuité d’un homme décidément fidèle à lui-même. Pour le pire, plutôt que pour le meilleur.
courtois@lemonde.fr Gérard Courtois  Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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