Europe – L’exécutif européen est un grand corps malade

 LE MONDE | 16.07.2014

Europe : il faut une Commission resserrée

Edito du « Monde ». Peut-on espérer que l’Europe apprenne de ses erreurs ? Que l’arrogante machine bruxelloise prenne en compte la poussée eurosceptique, pour ne pas dire europhobe, manifestée lors des élections du 25 mai ? L’occasion est là, en tout cas.
Confirmé mardi 15 juillet à la tête de la Commission par le Parlement européen, Jean-Claude Juncker doit former son équipe. Cela veut dire entrer en pourparlers avec les pays membres pour s’entendre sur 27 commissaires – lesquels devront, à leur tour, être confirmés par le Parlement.
Le drame est dans le chiffre, la tragédie dans le nombre. Trop nombreuse, mollusque obèse, la Commission fonctionne de plus en plus mal. Dans l’esprit des traités fondateurs, la Commission est l’exécutif européen : elle propose puis met en application ce qui est décidé par le Conseil – où la voix de chaque Etat membre est pondérée en fonction de sa population. Elle est censée incarner le collectif européen, défendre l’intérêt de l’Europe en tant qu’entité autonome. Elle ne doit pas être un deuxième organe de représentation des intérêts nationaux de chaque Etat membre, fonction exercée par le Conseil.
Hélas, au fil des élargissements, l’Union a accepté que chaque Etat membre dispose d’un poste de commissaire. Cette réforme malheureuse a porté un coup au projet européen. Elle a tué l’esprit de ce que doit être la Commission.

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Le nouveau président de la commission européenne Jean-Claude Juncker et président du Parlement européen Martin Schulz, lors d’une conférence de presse, mardi 15 juillet. | AFP/FREDERICK FLORIN
L’EXÉCUTIF EUROPÉEN EST UN GRAND CORPS MALADE
A 28 postes de commissaires, l’exécutif européen est un grand corps malade. Comme le dit très bien une étude de la Fondation Robert Schuman, la multiplication du nombre de commissaires a conduit à inventer des portefeuilles aux contenus les plus exotiques, dépassant les domaines de compétence de l’Union. D’où ce sentiment d’une bureaucratie folle, accouchant de réglementations trop nombreuses et parfois stupides. Parce que chaque commissaire se croit, hélas, obligé de justifier son existence !
Que peut faire M. Juncker ? Deux choses. D’une part, il doit affirmer haut et fort que sa Commission n’aura qu’une seule priorité : le retour de la croissance en Europe – et non quelque autre baliverne aussi prétentieuse que vaine.
D’autre part, il doit réorganiser la Commission autour de cinq grands postes de supercommissaires, formant un « exécutif restreint », comme le propose la Fondation Robert Schuman : affaires économiques, affaires extérieures, affaires intérieures, affaires sociales et environnement.
On peut imaginer un organigramme un peu différent. Mais l’idée doit être la même : rassembler la Commission autour d’un petit nombre de missions essentielles, correspondant aux domaines de compétence de l’UE (plus limités qu’on ne le croit).
A cette aune, on jugera assez vite du bon ou du mauvais départ pris par la Commission Juncker.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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