Europe – Témoignage : En Grèce, un homme à vif

LE MONDE | 16.07.2014

En Grèce, le combat solitaire d’un homme qui a tout perdu

En septembre 2011, à Thessalonique, Apostolos Polyzonis s’est arrosé d’essence et a pris feu devant la banque qui refusait d’échelonner ses dettes. Il a survécu mais n’a pas décoléré. Récit

alemonde grèce_3_395d_en-2013-dans-une-lettre-au-ministre-des_c5a26f65030e08d772a907b44927761a

En 2013, dans une lettre au ministre des finances, Apostolos Polyzonis se décrivait comme un homme sans dignité, sans respect de soi, et sollicitait l’effacement de sa dette. | SAMUEL BOLLENDORFF POUR « LE MONDE »
Apostolos Polyzonis voit un maigre cours d’eau et des terres asséchées. Il décrit pourtant une rivière vigoureuse où abondent les poissons, des parcelles riches à foison de plants de tabac et de blé. En quelques mots portés par le rêve, il remplit les rues de Krithia de machines agricoles et d’habitants heureux, relève le volet roulant de son entrepôt et consulte des carnets bourrés de commandes.
Son village natal de 1 500 habitants suinte pourtant le temps révolu et l’ennui. L’atelier d’embouteillage de parfum a fermé il y a onze ans et, autour, la faillite, la déchéance sont en maraude. Alors il s’imagine là, assis sur sa terrasse, à goûter une existence simple, sans richesse, avec juste ce qu’il faut pour que les siens ne manquent de rien. Apostolos Polyzonis voit au passé, parle et pense au passé. Parce que le passé, « ça rend la mémoire plus douce » et le présent moins triste.
Vidéo – Dailymotion
A bien y réfléchir, même la douleur de cette matinée du 16 septembre 2011 s’est finalement atténuée. Il était 9 heures. Il avait roulé une trentaine de kilomètres de Krithia jusqu’au cœur de Thessalonique. Il avait garé sa vieille Fiat sur le parking ombragé et longé le kiosque à journaux. De l’autre côté de la rue, le service de sécurité de la Banque du Pirée l’avait vite reconnu. Apostolos était un habitué de la filiale de la rue Ethnikis-Aminis du premier établissement grec qui, à la suite de l’absorption récente de nombreux concurrents, contrôlait désormais un prêt sur trois dans le pays.
« VOLEURS ! »
Cela faisait cinq mois qu’il venait là, presque chaque jour, un mégaphone à la main, pour dénoncer l’accumulation des dettes et son étranglement financier. « Voleurs ! », hurlait-il. Et il demandait un rendez-vous, un dernier rendez-vous pour étaler ses paiements et éviter de se retrouver à la rue. Le spectacle amusait quelques passants. Certains applaudissaient. D’autres ne comprenaient rien à cet homme trapu, en sandales, qui faisait décidément beaucoup de bruit. La banque, elle, restait muette.
Sans rendez-vous en vue, ce matin du 16 septembre 2011, Apostolos Polyzonis avait l’intention de frapper un grand coup. Il voulait pénétrer dans les locaux, évacuer le personnel, les clients, et foutre le feu à tout ça. Il voulait marquer les esprits. A deux reprises, en 2007 et en 2010, il avait tenté la même chose dans une succursale d’Athènes. Mais, au moment où il allait passer à l’action, la police l’avait stoppé net et arrêté sans trop de ménagement.
alemonde grèce_l-agence-de-la-banque-du-piree-devant-laquelle_38078783e91d9c9d5e8b241c7cf127ed
Cette fois serait la bonne. Il fallait faire vite. Apostolos Polyzonis atteint le trottoir devant l’agence. Trop tard. Le rideau métallique vert s’abat brutalement sur la façade de l’agence. En short et en tee-shirt devant la porte d’entrée, bloqué dans son projet, il « ne réfléchit pas ». Il vide sur sa poitrine la moitié du petit jerrycan qu’il tient de la main droite et allume un briquet de la gauche. Mais seule sa main s’enflamme. « Il n’y avait pas assez de combustible sur le bras, ça ne pouvait pas se propager. Je voyais juste ma main brûler, c’était ridicule », dit-il aujourd’hui, sur sa petite terrasse.
Alors il frappe son torse d’un poing fermé. Apostolos prend feu sans voir, sur le trottoir d’en face, un photographe local, Nontas Stylianidis. Ses images racontent la suite, à la seconde près. Les flammes qui prennent sur son ventre et sur le mégaphone qu’il porte en bandoulière, puis à ses pieds. Le policier qui accourt avec un extincteur et l’asperge de mousse blanche. Des images qui font le tour du monde, celles d’une détresse en plein jour.
« Certains se sont immolés dans des caves, en secret. Il était important que mon action soit publique. Mais je ne voulais pas me tuer, je voulais manifester. Je me bats car je me sens coupable que ma génération ait laissé cette classe politique détruire la vie des autres générations. »
« IL FAUT SE BATTRE, SE BATTRE, SE BATTRE »
L’homme en torche qui chancelle et s’effondre, avec son petit jerrycan et son mégaphone, aurait pu exprimer la faillite d’un pays européen, la Grèce, la crise de la dette publique en 2009, la politique de rigueur et d’austérité menée depuis 2010 avec son corollaire de misère, de coupes salariales et de réformes des retraites. Mais cet homme-là, spectaculaire, muet, saisi par une photo en couleurs, n’a pas bouleversé son pays. La Banque du Pirée l’a bien compris. Les journaux grecs ont résumé Apostolos Polyzonis à un entrefilet, suggérant un acte de folie. L’établissement bancaire, lui, a publié un communiqué pour s’exonérer de toute responsabilité et marquer son incompréhension face au geste de son client. Il en profitait aussi pour se payer un large encart publicitaire.
Pour s’immoler, il faut être un peu fou, forcément fragile, à tendance suicidaire. L’homme, gravement brûlé, est resté six jours en réanimation et plusieurs semaines hospitalisé, intubé de partout. Il y a eu le coma artificiel, les greffes de peau sur le dos, le cou, le repos à gober des médicaments qui apaisent. « Il y avait les brûlures de l’extérieur, et celles de l’intérieur. » Apostolos Polyzonis s’est réveillé heureux. Entouré des siens. Il n’a pas voulu mourir. « Un soldat qui part à la guerre n’y va pas pour mourir, il ne se pose pas la question. Il part au combat, c’est tout. »
L’image figée d’un homme en feu ne peut pas résumer cinquante ans d’une vie en colère. Un homme qui, chez lui en ce mois de juillet 2014, n’en finit plus de crier au voleur et au menteur, d’en appeler à la mobilisation, à la renaissance démocratique, à l’union des peuples.
« Tu es un héros…, lâche tristement son épouse Lambrini en quittant la pièce aux rideaux tirés, dont l’obscurité est aussi celle de son humeur depuis la déchéance de la famille. «– Non, je ne suis pas un héros, répond Apostolos à sa femme. Je suis fou ! Je suis diplômé en folie ! » Tous deux font mine de rire, puis se taisent.
« IL FAUT SE BATTRE »
« Tu n’es pas fou, non », reprend l’épouse, qui est en train de peindre un portrait de Marilyn Monroe en écoutant du Chopin. «  J’ai beaucoup de colère en moi… » «– Oui, tout le temps, dit-elle. Quand la vie est difficile depuis l’enfance, il faut se battre, se battre, se battre. »
Apostolos Polyzonis a 58 ans et presque autant d’années de lutte. Contre l’impunité et l’injustice, contre la corruption et le clientélisme. Contre tous ceux qui, une fois élus, bafouent leur profession de foi. Banquiers, députés, hommes de religion. Enfant, parce que sa mère était gravement malade, il passait certaines de ses journées dans un orphelinat de la région de Krithia.
……

alemonde grece_59dd_la-maison-d-apostolos-polyzonis-a-krithia_bb525207db23f2f18b481ef9f344a5b4

La maison d’Apostolos Polyzonis, à Krithia. | SAMUEL BOLLENDORFF POUR « LE MONDE »
Apostolos Polyzonis démarre toujours au quart de tour. Dans les rues de Krithia, des gens le saluent. D’autres l’évitent. Tel cet élu local, croisé au bord d’un chemin, qui un jour a pris le poing de « Satan » en plein visage. « Dans mon travail, dans les syndicats, je me battais toujours pour mes droits. Chaque personne est responsable pour elle et son environnement. On vit dans une société et on n’est pas des ânes ! En Afrique, les vaches se regroupent pour se défendre. Bien sûr, parfois les lions les mangent. Mais pas toutes. »
De l’autre côté de la rue, l’ami Parakos fait tourner sa boutique. Au son de la radio, on peut y boire un café, acheter des cigarettes, des conserves et des statues de vierge en plâtre. On y croise des vieilles habillées en noir et des jeunes qui descendent du bus. Quelques tracteurs reviennent des champs. « Je suis d’accord avec ce qu’il a fait, mais il faut être fort. Tout le monde n’en est pas capable. »
DES PARFUMS AUX DETTES
A Krithia, l’immolation d’Apostolos a fait débat. Certains sont venus le féliciter. D’autres ont eu un peu de mal avec ce voisin trop démonstratif.
« Des personnes me demandent pourquoi j’ai fait ça, à quoi je pensais. Je leur demande d’imaginer mille personnes comme moi, sans masque ni anonymat, mettre le feu aux banques. Alors on pourrait changer la situation. Les partis politiques ont fait de grandes manifestations, ils ont défié la police, et la police les a réprimés. “OK, on a fait notre devoir”, ils disent, une fois que c’est fini. Mais c’est à ce moment-là que les devoirs commencent ! Les partis et les syndicats ne font que parler et préfèrent que leurs membres fassent profil bas. Ici, certains veulent se joindre à moi dans mes actions. Mais, dès que l’occasion se présente, il n’y a plus personne. »
Apostolos Polyzonis est seul. Bien sûr, il y a Lambrini, son épouse dépressive et mutique, qui prend des calmants et ne semble pas savoir quoi faire de sa vie. Il y a aussi un fils, cuisinier, et une fille, agricultrice, partis tenter leur chance en Allemagne, ainsi qu’une autre fille, employée de bureau à Thessalonique. Elle passe parfois saluer les parents et caresser le chien. La maison d’un étage, bien placée à l’entrée du village, est propre, coquette.
….
Lambrini s’est occupée des enfants, lui d’un atelier d’embouteillage de parfums qui a employé jusqu’à vingt personnes. A Grasse, dans le sud de la France, où il allait s’approvisionner, on l’appelait « le Grec », celui qui arrivait les bras chargés de cadeaux et le sourire en coin, afin de négocier le prix de ses livraisons annuelles. Puis il y a eu un euro trop fort, des clients hollandais qui se mettent à importer de Chine, un marché qui se rétrécit lentement aux seules frontières de la Grèce. L’atelier ferme en 2003, mais les dettes subsistent. Elles étouffent Apostolos depuis onze ans, elles ont nourri ses combats et ont fini par lui mettre le feu.
« CYCLE NOIR »
Dès qu’il se lève et quitte sa petite terrasse sur la rue, Apostolos Polyzonis constate que la crise est partout. Le trou du conduit de la cheminée, qu’il réparera quand il en aura les moyens, c’est elle. « Par chance, le dernier hiver était doux », dit-il. Ces meubles en tissu figés dans le temps, c’est aussi elle. Deux locaux jouxtent la maison familiale. Apostolos les mettait en location, avec l’espoir qu’un jour ses enfants les investissent. Le fast-food et le salon de maquillage ont fait faillite. Les chats jouent dans les gravats et les éviers démontés. A même le sol, il reste un peu de bois de palette offert par un ami pour se chauffer.
De là, on aperçoit, au coin de la rue, l’ancien entrepôt pour l’embouteillage de parfum, rideau métallique baissé. Le portail du jardin couine. Sous un auvent, Apostolos avait monté un petit atelier. Au milieu d’un bric-à-brac inouï, des bidons de parfum gisent à côté de centaines de petits flacons roses importés d’Inde, frappés du logo de la poupée Barbie. Les résidus de sa vie d’avant, prospère et heureuse. Apostolos Polyzonis ne veut pas voir.
« Je ressens une grande déception quand je reviens ici. Je n’ai pas perdu mon travail parce que j’étais mauvais, mais parce que quelqu’un, dans cette banque, n’a pensé qu’à son profit sans s’intéresser à la catastrophe qu’il était en train d’engendrer. » Il montre les machines à l’arrêt. « Avec ça, je gagnais ma vie, je mettais de l’argent de côté et je soutenais ma fille dans ses études. »
Son commerce odorant a attiré les malchances et les mauvaises rencontres. Un associé peu scrupuleux a disparu avec une partie de la caisse. Un client lui a signé des chèques en bois. Tout cela a enclenché le « cycle noir » en 2003. Si bien que la crise économique et financière, cinq ans plus tard, n’est pas responsable de tout. Mais elle a fermé toutes les possibilités d’échelonner la dette de l’entrepreneur ruiné. La banque a changé son personnel. A Thessalonique, le nouveau conseiller ne voulait ni le voir ni l’entendre. Il voulait juste être remboursé.
A ce moment, Apostolos s’en souvient, le téléphone sonnait jusque tard le soir : c’était des organismes de crédit qui proposaient des solutions clés en main pour financer un mariage ou des vacances d’été. Ruiné, harcelé par les créanciers, incapable d’obtenir le plus petit sursis, Apostolos Polyzonis a laissé éclater sa colère sur le mode du « tous pourris » et de la haine. Il a manifesté, seul, des mois durant, devant le Parlement et les bureaux du premier ministre à Athènes, devant sa banque de Thessalonique. Avec son mégaphone, il criait que les banques détruisaient tout, les familles, les propriétés, les emplois, les gens et les sentiments. Jusqu’à ce matin du 16 septembre 2011.
« J’étais dans un grand désespoir. Ma fille m’avait demandé de lui envoyer de l’argent. J’avais seulement 10 euros en poche. De quoi acheter un jerrycan d’essence. J’ai fait ce que j’ai fait… 10 euros, ce n’est pas assez pour vivre, pour personne. Je me sentais inutile. »
APOSTOLOS MANIFESTE SEUL
Lambrini ouvre le bahut de la cuisine, saisit un paquet de pâtes offert par la banque alimentaire, le verse dans l’eau chaude. « La nourriture du pauvre ! », enrage l’ancien entrepreneur. L’emballage transparent des spaghettis porte l’emblème de l’Union européenne, douze petites étoiles dorées qui, dans la terminologie officielle de l’Union, symbolisent « la solidarité et l’harmonie entre les peuples d’Europe ».
Apostolos n’en peut plus de ces paquets. « On se sent comme des mendiants, ça enlève aux gens le respect d’eux-mêmes. Chaque fois que j’ouvre un paquet de l’Union européenne, ça me rappelle que quelqu’un d’autre paye pour ma nourriture. Au début, je pensais que l’Europe serait une Europe des peuples, qu’elle soutiendrait les pays les plus pauvres, qu’elle prônerait l’égalité des salaires, des conditions de travail et de vie. Mais le fossé s’est creusé entre les pays. Je rêve toujours de cette Europe-là, d’une Europe qui se bat ! »
En attendant ce grand jour, Apostolos Polyzonis manifeste toujours, seul, dans des parcs, devant les banques et les compagnies d’électricité. Débrouillard, il relance les compteurs de ses connaissances, coupés pour cause d’impayés. Il aide un voisin à rédiger les courriers pour éviter la saisie de sa maison. Contre quelques billets, il donne des coups de main pour un déménagement ou de menus travaux. Les bons mois, il gagne 200 ou 300 euros.
BRÛLOT POLITIQUE
Des partis politiques, de droite comme de gauche, ont compris l’intérêt de disposer d’un fort en gueule dans leurs rangs. Il a décliné toutes les propositions. Il attend que les partis lui prouvent d’abord qu’ils méritent son respect en mettant en œuvre leurs promesses. Aux dernières élections européennes, en mai, il a voté pour Syriza, la coalition de la gauche radicale, sans y croire. Car Apostolos Polyzonis est devenu méfiant, sceptique sur tout et tous. Le 21 avril 2013, il s’est posé sur sa terrasse et a écrit, six semaines durant, une lettre de vingt pages au ministre des finances, avec copie aux autres cabinets, à la justice et aux médias.
Un brûlot politique : « Le peuple grec n’a pas généré de dettes. Il a produit la richesse que vous avez partagée avec vos patrons et vos roublards. Vous avez saisi chaque occasion pour le calomnier et le traiter de voleur et de corrompu. Les pots-de-vin furent le ticket d’enrôlement des citoyens dans les armées clientélistes de vos partis. Vous avez surchargé le secteur public de fonctionnaires surnuméraires et inutiles, et aujourd’hui vous les accusez, eux, d’avoir détruit l’Etat ! C’est vous qui les avez transformés en paresseux et en mouchards qui baissent la tête ! Vous avez guidé le peuple vers la pauvreté et la misère. »
Un homme sans dignité, sans respect de soi, assis sur le balcon de sa maison pendant des heures et des heures, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que d’avoir les pensées les plus assassines qui puissent traverser l’esprit d’un être humain. Ainsi se décrivait Apostolos Polyzonis au terme de sa lettre, datée du 14 juin 2013. Puis il sollicitait l’effacement de sa dette.
« Si vous donnez satisfaction à ces justes demandes, je deviendrai de nouveau un être humain (…). Je désire redevenir l’homme créatif que j’étais, pour moi-même, pour mes proches, pour la société (…). Je redeviendrai un Citoyen Grec Libre. »
Il n’a jamais reçu de réponse et aucun média n’a jamais publié sa missive.
Un an plus tard, il passe toujours de longues heures sur son balcon. Calé dans un fauteuil en plastique, il se roule des cigarettes et enchaîne les cafés. Il n’est rien « redevenu ». Apostolos Polyzonis est resté cet homme désespéré et rempli de colère, lançant au visiteur qui s’éloigne dans la rue : « Ne soyez pas heureux de voir le feu à la porte de vos voisins. Il peut se propager. »
  • François-Xavier Trégan (Krithia, Thessalonique, Envoyé spécial ) Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Economie, Europe, Résistance, Social, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.