Transition énergétique à la Française : du nucléaire… au nucléaire !

La Décroissance – juillet/août 2014 – Stéphane Lhomme
Le « nouveau modèle énergétique français« , présenté le 18 juin dernier par Ségolène Royal, a pour but « d’engager tout le pays dans la voie de la croissance verte« . Un moyen de « conquérir de nouveaux marchés », de « valoriser de nouvelles technologies« , d' »améliorer la compétitivité« , de gagner du « pouvoir d’achat« . En fait de transition, il s’agit de laisser les centrales tourner à plein régime. Il faut bien ça pour alimenter un parc de véhicules électro-nucléaires dont notre ministre de l’Écologie espère la « montée en puissance ».
Les pollueurs ne manquent jamais d’inspiration lorsqu’il s’agit de trouver de jolis concepts permettant de faire passer des vessies pour des lanternes. Ou, plus exactement, de continuer à polluer tout en prétendant protéger l’environnement On se souvient de l’émergence du désormais usé « développement durable » : un merveilleux oxymore grâce auquel les contaminateurs nous laissent occis. On connait aussi les « bonnes pratiques » et la « gouvernance », habilement fusionnées en « bonnes pratiques de gouvernance » des entreprises » : cela désigne par exemple la fabrication de chaussures de sport ou de meubles par des enfants de 5 ans dans de sordides ateliers de pays dits « émergents » Ce n’est pas Nike qui panique. Ni Ikéa chez qui les bonnes pratiques sont commodes. 
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Comme toujours, le génie français fait merveille lorsqu’il s’agit d’énergie et, surtout, de nucléaire. Depuis près de 50 ans, les atomistes prétendent plein de chose qui n’arrivent jamais : la « sûreté » de leurs satanées centrales, des « solutions » pour les déchets radioactifs, des factures en baisse… Mais force est de reconnaître que tous les records sont battus en ce début de siècle grâce à deux imposteurs géniaux : Sarkozy et son « Grenelle de l’environnement », Hollande et sa « Transition énergétique ».
On mettra cependant un sérieux bémol à la performance du premier nommé, qui a flanché au moment crucial : peu confiant dans son numéro d’illusionniste, il avait retiré le nucléaire des discussions du Grenelle, bien que les écologistes officiels avaient été soigneusement sélectionnés, et étaient parfaitement disposés à trahir beaucoup de leurs engagements. Pire : M. Sarkozium avait fini par lâcher son fameux « L’environnement, ça commence à bien faire », dévoilant que son Grenelle n’était qu’un immense tromperie. Même les « écologistes » qui faisaient semblant d’y croire – par exemple en échange de strapontins lucratifs au Conseil économique et social – avaient bien été obligés d’avouer leur déception : le spectacle s’achevait en eau de boudin.
Par contre, à ce » jour, pas l’ombre d’un fléchissement avec Hollande : sa mascarade à lui, la « Transition énergétique », avance imperturbablement. Les écologistes officiels, souvent les mêmes que lors du Grenelle, sont toujours là pur cautionner la farce. Et, cette fois, pas de demi-mesure : le nucléaire n’est pas exclu des discussions. Au contraire, il est même au cœur du spectacle, avec une merveilleuse annonce : la diminution de la part de l’atome dans l’électricité française de 75% d’ici 2025 ! Tout le monde sait pourtant que le bail du locataire de l’Élysée s’arrête bien avant, en 2017.
A pleine puissance 
E quand bien même il serait prolongé jusqu’en 2022, personne ne peut sérieusement croire qu’un président pro nucléaire veuille réellement sabrer la production d’électricité atomique. C’est comme espérer d’un militaire qu’il rende ses armes, ou d’un pyromane qu’il abandonne ses allumettes. Mais Hollande n’est pas un intermittent du spectacle, et il est aussi un sacré blagueur : il n’y aura donc pas de » Ça commence à bien faire : la fameuse (et fumeuse) « Transition énergétique » n »sera pas abandonnée.
Mais au fait, de quoi parlons nous ? Le dictionnaire nous apprend qu’une  transition est « l’action de passer d’un état à un autre ». Fort bien, mais lorsqu’on regarde la « Transition énergétique » à la française (ou à la hollandaise), on constate qu’il s’agit de passer du nucléaire… au nucléaire !

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Pourtant, « Moi Président avait bien juré qu’il fermerait avant 2017 la centrale nucléaire de Fessenheim Deux réacteurs sur 58, ce n’est vraiment pas grand chose, mais les plus optimistes pouvaient au moins se dire « c’est déjà ça ». Or, le projet de loi sur la « Transition énergétique », rendu public fin juin par le ministère de l’Écologie ne comprend pas cette décision de fermeture. Il y est encore moins question de fermer d’autres réacteurs afin de faire baisser la part du nucléaire dans l’électricité produite. Tout au plus est-il prévu de limiter le parc nucléaire à 62 300 MW, c’est-à-dire sa puissance actuelle.
En clair, à défaut de réduire la part du nucléaire comme promis, Hollande consent à ne pas augmenter celle-ci : quel courage politique ! On peut donc supposer que, si EDF parvient finalement à construire son fameux réacteur EPR, en chantier depuis 2007 à Flamanville (Manche); la mise en service de ce machin de 1650MX devra être compensée par la fermeture de deux réacteurs actuels. Même dans ce cas, la décroissance du parc nucléaire n’est absolument pas à l’ordre du jour. Et encore, on ne sait pas quelle vilénie nous préparent les députés qui sont quasiment tous pro-nucléaires, sans parler des parlementaires « écologistes »… qui ont l’intention de le rester et ne vont pas se fâcher avec le PS pour un « détail » appelé nucléaire.
Imaginons que la limitation de la puissance du parc nucléaire ne soit finalement pas adoptée, nous pourrions alors avoir la continuation de la centrale de Fessenheim ET la mise en service de l’EPR Sans transition !

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A lire aussi : Un permis à points pour les centrales nucléaires ? du site Passerelle Eco

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