Télévision : le CSA contrarie les plans de TF1 et M6

Le Monde 31/07/2014
L’avenir des chaînes LCI et Paris Première est en suspens après le rejet de leurs demandes de passage en gratuit
On ne se souvient pas d’avoir déjà vu Nonce Paolini s’inviter au JT de sa chaîne TF1 pour dire sa  » tristesse «  et sa  » colère « , comme il l’a fait, mardi 29 juillet à 20 heures. C’est dire combien la décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de ne pas autoriser le passage sur la TNT gratuite de sa chaîne d’info, LCI, tout comme Paris Première (M6) et Planète+ (Canal+), a décontenancé le patron du groupe TF1.

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 Olivier Schrameck, président du CSA, le 29 juillet. ALBERT FACELLY/FRENCHPOLITICS POUR  » LE MONDE « 
TF1 piégé sur l’avenir de LCI.Le constat du groupe est clair. Il étudiera certes  » toutes les voies de recours «  contre la décision du CSA, qui peut être contestée au Conseil d’Etat. Mais la fin de ses contrats actuels de diffusion, fixée au 31 décembre, interviendra avant l’aboutissement d’un éventuel contentieux. M. Paolini assure qu’il n’a aucune perspective de renouvellement de ces contrats, tant ses distributeurs (CanalSat, Orange, SFR, Numericable et… Bouygues Telecom) sur la TNT payante serrent leurs coûts. Et il n’espère plus rien du CSA, malgré l’ouverture de celui-ci à un  » réexamen «  en cas d’ » évolution plus favorable des conditions de marché « . Bref, pour M. Paolini, la décision du CSA  » met définitivement en péril l’avenir de LCI «  et de ses 247 collaborateurs, à qui il promet néanmoins d’ » éviter au maximum la casse sociale « .
 » LCI n’est pas à vendre «  L’impasse constatée par TF1 semble d’autant plus proche que M. Paolini rejette toute idée de cession.  » LCI n’est pas à vendre « , a-t-il répété, non sans irritation.
C’est que les actionnaires du Monde ont réitéré, mardi soir, leur intérêt pour une reprise de LCI, quatre jours après leur première sortie, vendredi 25 juillet, par voie de presse. Les termes sont cette fois plus précis : dans un message envoyé à l’AFP, Louis Dreyfus, président du directoire du Monde et représentant de Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, les dit  » prêts à assurer la pérennité de LCI et à se porter garant de son indépendance « .  » Les actionnaires du Monde prendront contact dans les prochains jours avec les actionnaires de LCI pour entamer dans ce cadre des discussions « , ajoute M. Dreyfus. Mais le  » trio BNP  » ne dit pas comment il compte résoudre la difficile équation économique de la chaîne, qui accuse des pertes depuis 2003 et ne touche plus que 13 000 téléspectateurs par quart d’heure moyen.
Plus tôt, le PDG de NextRadioTV, Alain Weill, avait confirmé que sa chaîne BFM-TV se tenait prête à recruter 33 journalistes de LCI en cas de fermeture. Un engagement qu’avait également pris Canal+ pour sa chaîne iTélé.
A ce stade, ces démarches ont surtout eu pour effet d’affaiblir l’argument social brandi par TF1. Elles ont, en ce sens, fait le jeu du CSA. Les prochaines semaines permettront de voir si un espace de négociation avec TF1 est possible.
M6 également en difficulté Nicolas de Tavernost, le patron du groupe M6, avait demandé le passage en gratuit de sa chaîne Paris Première pour éviter que TF1 le distance. Ce ne sera pas le cas. Mais il conteste néanmoins avec la même vigueur la décision du CSA.  » C’est une occasion ratée de diversifier le paysage, a-t-il déploré. Le CSA a préféré Nabilla – de NRJ12 – à Aïda « , cet opéra de Verdi diffusé par Paris Première. Comme TF1, son groupe se réserve la possibilité de contester la décision du CSA. Dans l’immédiat, il entend  » faire le tour des distributeurs «  pour voir s’il peut conserver le niveau de redevance actuel (entre 20 et 25 millions d’euros) de sa chaîne, qui touche 35 000 téléspectateurs par quart d’heure moyen. Dans le cas contraire,  » nous envisagerons la fermeture de cette chaîne si elle n’est pas viable « , a -t-il déclaré. Mardi soir, le groupe M6 a publié ses résultats du premier semestre, marqués par un recul de 3,8 % de ses recettes publicitaires.
Les  » indépendants « … et Canal+ confortés La décision du CSA apporte un soutien aux groupes qui sont entrés, depuis 2005, sur le marché de la télévision, qu’il s’agisse de L’Equipe (L’Equipe 21), Diversité TV France (Numéro 23), Lagardère Active (Gulli), NextRadioTV (BFMTV, RMC Découverte) ou NRJ (NRJ 12, Chérie 25). Le CSA relève que ces chaînes sont  » encore fragiles  » et que les confronter, à ce jour, à une concurrence accrue menacerait la  » préservation de la diversité éditoriale « . Le régulateur aurait pu choisir de placer ces chaînes dans un environnement concurrentiel plus rude pour aboutir à une concentration du paysage. Il a choisi de préserver, pour le moment, un écosystème varié, même s’il est régulièrement critiqué pour la faiblesse, économique ou éditoriale, de certaines chaînes. Bénéficiaire collatéral : le groupe Canal+, qui possède deux jeunes chaînes gratuites, D8 et D17. Elles pourront continuer à prospérer sans que les groupes TF1 et M6 viennent perturber leur croissance.
Le CSA imprime sa marque. En  » osant  » dire non à TF1 et M6, a fortiori alors qu’un soupçon de pression politique en faveur de la première pesait sur son arbitrage, le CSA a marqué un point sur l’échelle de l’indépendance. Il donne aussi un coup de frein à l’expansion ininterrompue du nombre de chaînes, passé à 25 en deux vagues très rapprochées (2005 et 2012). Auparavant, les attributions de fréquences étaient automatiques. Elles sont désormais soumises à l’appréciation du Conseil.
Déterminés à jouer un rôle de  » régulateur économique « , M. Schrameck et son Conseil affirment que le marché de la télévision gratuite, voire de la télévision tout court, n’est pas illimité. C’est une première.
Par Alexis Delcambre Responsable du pôle Techno-médias
Lire aussi : Le triomphe discret d’Alain Weill, patron de BFMTV

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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