Saint-Brice-sous-Forêt ( Val d’Oise ) – Polémiques autour de la maison de Paul Eluard : La mairie veut s’en débarrasser … ?

LE MONDE | 09.08.2014

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A Saint-Brice, le pavillon de Paul Eluard va être démoli

Consolation la mairie veut baptiser le parking qui enserre la maison du nom du poète …
L’association « Les amis du vieux Saint-Brice » se bat contre cette décision

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Pour les uns, la maison du poète Paul Eluard (1895-1952) de Saint-Brice-sous-Forêt est un laboratoire du surréalisme, pour les autres, une « baraque dégueulasse ». Depuis une quinzaine d’années, ce pavillon fait l’objet d’une querelle sans fin dans cette commune du Val-d’Oise.
Après l’avoir menacé puis épargné à plusieurs reprises, le conseil municipal en a voté la démolition le 24 juin. En guise de consolation, il a donné le nom du poète au parking qui l’enserre.
« Je veux me débarrasser de ce 49-mètres-carrés tout rouillé, tout moche et vraiment dégueulasse », explique Alain Lorand, maire (UMP) depuis 2001. Il assure se faire l’écho de la « demande des citoyens », mais se dit « pas pressé de se jeter sur la pelleteuse ». Pour lui, le budget de la commune, grevé par la réforme des rythmes scolaires, ne supporterait pas la rénovation de cette « ruine ».
Pourtant, le 14 novembre 2013, M. Lorand avait assuré, dans une lettre aux Amis du vieux Saint-Brice, que la maison Eluard ne serait « nullement affectée par les travaux » de construction du parking, qui entoure le pavillon depuis son achèvement, en juillet. « J’attends que les émois de certains se concrétisent par un chèque », lance le maire pour expliquer son revirement.
Jean-Baptiste Bellon, architecte des Bâtiments de France chargé du secteur, a réaffirmé, le 11 juillet, « l’intérêt de cette construction au passé légendaire et historique ». « Ce n’est pas lui qui paie ! », rétorque le maire, qui a annoncé, le 6 août, envisager de céder le terrain et la maison en l’état aux descendants du poète. « S’ils lèvent des fonds, nous leur donnerons peut-être un coup de pouce », qu’il chiffre tout au plus à 10 % ou 15 % du montant de la rénovation. Car les priorités sont ailleurs : « La façade de l’église se casse la figure, et cela me paraît symboliquement passer devant Eluard. L’église, au moins, c’est 200 ou 300 personnes par semaine. »
apauleluardpaulEluard n’a vécu à Saint-Brice, avec femme et enfant, que de la fin de l’année 1920 à l’automne 1923. Mais les grands noms de l’avant-garde artistique de l’entre-deux-guerres en ont franchi le seuil. Vendue en 1924 par son propriétaire, le père d’Eluard, la maison passe aux mains de divers particuliers avant d’être rachetée dans les années 1990 par la mairie.
Tout le monde s’accorde à dire que cette demeure abandonnée et sans prétention, attaquée par le lierre, la rouille et quelques graffitis, ne présente aucun intérêt architectural. Pour Monique Borde-Germain, présidente des Amis du vieux Saint-Brice, c’est pourtant « la mythique maison du trio et des poilus créateurs ».
EluardOn raconte au sujet de cette bâtisse vide depuis des années nombre d’anecdotes sur les expériences de sommeil hypnotique, les essais d’écriture automatique et l’inventivité des jeux littéraires des invités André Breton (1896-1966), Robert Desnos (1900-1945) ou Louis Aragon (1897-1982)… Laboratoire mais aussi atelier, la maison a accueilli Max Ernst (1891-1976) pendant plus d’un an. Il y a peint en 1922 Au rendez-vous des amis, œuvre majeure du peintre-sculpteur allemand, La Belle Jardinière – un nu de Gala, épouse d’Eluard et amante d’Ernst –, Sainte Cécile, etc.
Le lot de consolation qu’est le baptême du parking du nom de Paul Eluard en choque plus d’un. Quant à la commémoration par une stèle, c’est un pis-aller qui ne satisfait pas Monique Borde-Germain : « Une stèle, c’est la mort, or la maison doit représenter la rencontre, l’échange. »
Pour elle, la maison doit assumer sa modestie et donner une leçon sur la création artistique dans ce « lieu maudit qu’est la banlieue ». Mais comment faire vivre cette maison où ont défilé des génies sans y rien laisser, quand bien même la rénovation serait financée tant bien que mal ?
Selon le maire, « il faudrait des bénévoles, il est hors de question de mettre un fonctionnaire dans 49 mètres carrés ». Sceptique quant au succès des maisons d’écrivain, il évoque la « chambre toute délabrée de Van Gogh qui en émeut certains », à Auvers-sur-Oise, tout près de Saint-Brice.
Laure Andrillon.
Paul Eluard vu par Dali
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