Série été – « Le Monde » et moi : Quand Yannick Noah fâchait les Espagnols en dénonçant le dopage

LE MONDE | 13.08.2014

Des personnalités racontent une histoire singulière qu’ils ont eue avec « Le Monde »

alemondeyannick-noah-le-18-octobre-2011-a-paris_a313b3ad8faecc8dcc426d93742e8244

Tout a commencé au Monde. Autour d’un pot, au journal, avec les chroniqueurs du supplément « Sport ». On se retrouve à discuter de l’affaire Puerto , des nombreux clients du docteur Eufemiano Fuentes et des résultats incroyables des Espagnols sur les courts de tennis, les terrains de foot, les parquets de basket ou les routes du Tour de France.
Quelques semaines plus tard, Stéphane Mandard, le chef des sports, m’appelle pour me dire que Le Monde prépare un numéro spécial sur l’Espagne avant les législatives et me suggère de consacrer ma chronique à ce sujet.
Nous étions partis sur quelque chose d’un peu mariol puisque, de toute façon, tout le monde – à commencer par les labos qui se plaignent du manque de moyens – admet qu’il n’y a aucune volonté de lutter réellement contre le dopage. L’enterrement de l’affaire Puerto en Espagne venant le confirmer, arrêtons l’hypocrisie et offrons la possibilité à tous d’accéder à la « potion magique » pour concourir enfin à armes égales. Je pensais que c’était le bon moment et le bon moyen pour provoquer un débat et soulever cette chape de plomb qui pèse sur le dopage.
Et le lendemain David Douillet, le ministre des sports, est au « 20 heures » de France 2 pour dénoncer des « propos graves et irresponsables » ! Et Toni Nadal dit à son neveu de ne plus me dire bonjour – je n’ai pourtant pas cité Rafael Nadal ni aucun autre sportif. Si certains se sont sentis visés, je n’y suis pour rien. Et Jean-Louis Murat, un chanteur que je ne connais pas, raconte que je me suis dopé ! Et un ancien arbitre prétend même m’avoir vu à plusieurs reprises sortir du court et revenir avec les yeux défoncés contre Ivan Lendl en 1983…
Des insultes
Aujourd’hui encore, je reste surpris. Je pensais que cette chronique allait provoquer des réactions, mais pas une telle déflagration. Ce qui me reste particulièrement au travers de la gorge, c’est la réaction de la Fédération française de tennis. Elle s’est sentie obligée de publier un communiqué, non pour répondre à des questions de journalistes, mais pour se « désolidariser des propos de Yannick Noah ». Et de m’expliquer off the record : « Tu comprends, Yannick, sur le fond tu as raison, mais nous sommes obligés publiquement de prendre nos distances. »
Je m’attendais évidemment à ce que cette chronique secoue un peu le cocotier, c’était le but. Mais à part quelques prises de position publiques courageuses comme celle du perchiste Romain Mesnil, il n’y a pas eu de débat de fond, seulement des insultes. J’avais connu une expérience similaire il y a trente ans. J’avais 20 ans et j’avais osé parler dopage et drogue : tout le monde m’était tombé dessus. Je pensais que les mentalités avaient changé. Je me suis trompé. Il faudra retenter le coup dans vingt ans.
Mais, sur le moment, je me suis senti bien seul. J’étais en tournée et j’ai pu me raccrocher à autre chose. Le public, les concerts, c’est un autre monde. Aujourd’hui, je ne suis plus le « Français préféré des Français ». La faute à cette « potion magique » mal digérée ? Je ne sais pas, mais cela a déclenché quelque chose. Pour autant, je ne regrette rien. Si dire la vérité c’est être impopulaire ou moins populaire, je préfère ça. Aujourd’hui, je me dis que je suis un citoyen et un chanteur engagé, et que nous ne sommes pas nombreux. Et puis, grâce à cette chronique, j’ai eu le droit à ma tronche avec un pétard à la « une » de Charlie Hebdo. Celle-là, elle est encadrée, dans mon bureau : « Plutôt drogué que UMP ! ».
Propos recueillis par Stéphane Mandard
Chronique de Yannick Noah du 19 novembre 2011 intitulée « La potion magique »
Charlie Hebdo N°1014 – 23 novembre 2011

70365225_p

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans chronique, Sport, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.