Culture – Pénitentiaire : Vanessa Cosnefroy raconte la prison : Un document qui pourrait figurer au registre de la réforme initiée par la garde des Sceaux.

Politis 12/08/2014 Par Jean-Michel Véry
L’itinéraire chaotique d’une enfant révoltée
9 m2, c’est le titre de ce témoignage, c’est aussi la surface réglementaire d’une cellule de prison française. 9-3, c’est le surnom donné par l’administration et les codétenues à l’auteure du livre, Vanessa Cosnefroy.
De 23 à 28 ans, elle aura passé 5 ans dans les geôles de la pénitentiaire. L’itinéraire tourmenté d’une enfant de banlieue révoltée, en proie aux affres d’une société qu’elle rejette et qui le lui rendra bien.
De Limoges aux Baumettes, Fresnes, Dijon, Nice… pas moins de dix établissements se refileront le “bébé“, ingérable, imprévisible et prosélyte dans son insoumission. Son crime ? Au départ, une escroquerie en bande organisée, une fraude aux banques et son cortège de chèques falsifiés. Sans arme, ni haine, ni violence. Mais ce qu’elle va payer au prix fort, c’est sa rébellion face à la détention.
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Vanessa Cosnefroy raconte la prison, le partage forcé de l’intimité, l’importance de rester femme sans le regard des hommes, les rapports avec les surveillantes et les détenues, les quartiers disciplinaires, le gavage aux somnifères, le mitard… De son interpellation, pistolet sur la tempe, à sa garde à vue musclée, de son arrivée à la prison de Limoges, le récit d’un décalage entre le délit et son traitement, d’une disproportion entre la peine et l’individu.
L’écriture est brute et ne s’épargne pas des scories sémantiques de la banlieue, mais le témoignage vaut surtout par le rejet d’un système qui broie toute humanité et oublie la dimension de réinsertion.
Ses colères, son orgueil, ses régressions, son refus de cette punition-là donnent – encore – matière à réflexion sur les prisons françaises, mais livrent aussi quelques moments de grâce. Comme le jour où un surveillant du quartier des hommes lui adresse un sourire depuis un mirador. Elle n’aura de cesse de l’attendre à sa fenêtre grillagée, sorte de rituel fantasmé, « son existence me suffisait ». Des moments de peur aussi. Comme l’affrontement avec les Eris, sorte de GIGN de la pénitentiaire, des équipes chargées de prévenir les évasions et la violence. Casqués, armés, protégés par leur bouclier, les quinze bonshommes auront la part belle face à cette gamine insolente qui refuse de réintégrer sa cellule, couteau en plastique à la main.
Un tour de France de la pénitentiaire dans les yeux d’une jeune femme qui aura perdu son temps. Du temps pour comprendre, reconstruire et ne pas récidiver. Noyée dans l’absurdité, l’hypocrisie et la violence de la réponse apportée par la société à ses frasques de jeunesse et à ses révoltes qui lui vaudront ces cinq longues années d’enfermement. Un document qui pourrait figurer au registre de la réforme initiée par la garde des Sceaux.
 9m2, Vanessa Cosnefroy, avec Stéphane Delaunay, éd. Stock, 356 p., 20 euros

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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