Europe / Diplomatie – Ministre des affaires étrangères : le mauvais choix, ne pas entraver les ambitions nationales

LE MONDE | 28.08.2014 à 13h47
EditoSelon toute probabilité, le Conseil européen du 30 août choisira la ministre italienne des affaires étrangères, Federica Mogherini, pour succéder à la Britannique Catherine Ashton à la tête de la diplomatie de l’Union européenne. Si ce scénario se confirme, ce sera un triste jour pour l’Europe.
???????????????????????????????????????????????????????????????????????Mme Mogherini, poussée avec persévérance par le premier ministre, Matteo Renzi, remplit commodément plusieurs conditions : c’est une femme (on en manque, au sommet de l’UE), elle est sociale-démocrate (c’est bon pour l’équilibre politique), elle permet à l’Italie de placer un de ses pions, et à Mme Merkel de faire une concession à Matteo Renzi, dont elle a besoin pour appuyer sa stratégie économique. Elle est parfaitement anglophone et francophone. Toutes les cases sont cochées.
Toutes, sauf une : l’expérience – et l’aura personnelle qu’elle conférerait au poste de haut représentant pour la politique extérieure et la sécurité de l’UE. A 41 ans, Federica Mogherini, diplômée de philosophie politique, a été ministre six mois. Au Parlement italien, où elle a siégé pendant six ans, elle a été membre de la commission de la défense et, brièvement, de celle des affaires étrangères. C’est tout. Hormis une certaine indulgence pour la Russie, qu’elle partage avec son gouvernement et le patron de la compagnie gazière ENI, nul n’est capable d’identifier les idées maîtresses qui guident sa pensée diplomatique.
NE PAS ENTRAVER LES AMBITIONS NATIONALES
C’est précisément ce qui convient aux Etats membres qui revendiquent une diplomatie nationale active, comme la France et la Grande-Bretagne, ou à ceux qui, comme l’Allemagne et l’Italie, privilégient une diplomatie profil bas, guidée par leurs intérêts économiques. Ces pays ne veulent surtout pas d’un poids lourd politique ni de diplomates chevronnés comme le Suédois Carl Bildt, le Polonais Radek Sikorski ou même la Bulgare Kristalina Gueorguieva, qui a fait ses preuves comme commissaire européenne à l’aide humanitaire et à la vice-présidence de la Banque mondiale. De tels profils risqueraient d’entraver leurs ambitions nationales.
Mme Ashton n’était pas plus expérimentée lorsqu’elle a été nommée en 2009 – on le lui a suffisamment reproché. Que les Etats membres soient prêts à commettre la même erreur une deuxième fois, alors que l’UE est confrontée à des crises internationales beaucoup plus graves qu’il y a cinq ans, illustre cruellement les limites de l’intégration européenne.
La diplomatie reste du domaine de la souveraineté. Le processus de décision, qui suppose l’accord des Vingt-Huit, laisse peu d’espace politique au haut représentant. C’est justement pour dépasser cette contrainte qu’il était important de choisir une personnalité politique forte et expérimentée, comme l’avait été, en son temps, l’Espagnol Javier Solana. L’Europe perd, une fois de plus, une occasion de faire entendre sa voix – à un moment crucial.

A propos kozett

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