Ukraine – A Tallinn, M. Obama rassure les voisins de la Russie et évoque un élargissement de l’Alliance

LE MONDE | 04.09.2014 | Par Yves-Michel Riols (Tallinn, envoyé spécial)
Le ton est donné. A la veille de l’ouverture du sommet de l’OTAN, jeudi 4 septembre au Pays de Galles, Barack Obama a lancé une sévère mise en garde à la Russie, l’accusant de menacer la « liberté » et la « paix » en Europe par la poursuite de son « agression contre l’Ukraine ».

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A l’occasion d’un déplacement en Estonie, mercredi, qui n’était initialement pas prévu à son programme, le président américain a accusé Moscou de mener un « assaut effronté » contre l’Ukraine et de « redessiner les frontières avec des canons de fusil », lors d’un discours à Tallinn, la capitale estonienne, en présence des chefs d’Etat des trois pays baltes.
Cette étape dans une ancienne République soviétique, où la mémoire de l’occupation de l’Armée rouge est toujours prégnante, avait forcément une portée symbolique à l’aune des événements en Ukraine et au moment de la réunion de l’OTAN, à nouveau confrontée à l’intimidation russe.
« UNE ATTAQUE CONTRE L’UN EST UNE ATTAQUE CONTRE TOUS » 
M. Obama a reçu une standing ovation du public venu l’écouter dans le palais des concerts de Tallinn, plein à craquer. Et chacun de ses avertissements envers la Russie a été ponctué d’ovations, tant le drame ukrainien réveille des souvenirs douloureux dans ce pays qui redoute, une nouvelle fois, de faire les frais du « nationalisme débridé » de Moscou, selon l’expression de M. Obama.
Le président américain a amplement puisé dans cette histoire récente pour nourrir ses critiques contre son homologue russe, Vladimir Poutine. « Nous rejetons tout discours sur les sphères d’influence », a-t-il déclaré, en suscitant un tonnerre d’applaudissements. « Comme nous n’avons jamais accepté l’occupation et l’annexion illégale des nations baltes , nous n’accepterons pas non plus l’occupation et l’annexion illégale de la Crimée ou d’une quelconque partie de l’Ukraine », a-t-il tonné, en soulignant que les séparatistes prorusses dans l’est du pays sont « encouragés, financés, entraînés et armés par la Russie ».
Mais au-delà de cet acte d’accusation, Barack Obama avait un autre message à adresser : rassurer les pays de l’est de l’Europe, qui ont rejoint l’OTAN en 2004, et dissuader le Kremlin contre toute déstabilisation dans la région. Au sein de l’Alliance atlantique, a-t-il insisté, « il n’y a pas d’anciens et de nouveaux membres (…), l’article 5 est clair comme du cristal : une attaque contre l’un est une attaque contre tous ». Enfonçant le clou, il a poussé plus loin la métaphore de la sécurité collective : « La défense de Tallinn, de Riga et de Vilnius est aussi importante que la défense de Berlin, Paris et Londres. » Avant d’ajouter : « Vous avez perdu votre indépendance une fois, avec l’OTAN, vous ne la perdrez plus jamais ! » Il n’en fallait pas plus pour faire se lever la salle.
SOUTENIR « SANS AMBIGUÏTÉ » LE GOUVERNEMENT DE KIEV
Moins attendu, M. Obama a rouvert la boîte de Pandore de l’élargissement de l’OTAN à l’Est qui divise fortement les Etats membres de l’organisation. Après avoir insisté sur la nécessité de renforcer l’aide à l’Ukraine, à la Moldavie et à la Géorgie, trois pays dont le territoire est partiellement occupé par des forces prorusses, il a implicitement évoqué leur éventuelle adhésion à l’Alliance, alors que la Géorgie a fait savoir, mercredi, qu’elle va demander à rejoindre l’OTAN lors du sommet au Pays de Galles. « Nous devons réaffirmer le principe qui a toujours guidé notre alliance, a-t-il dit. Pour les pays qui remplissent nos conditions et qui peuvent contribuer à la sécurité de l’Alliance, la porte restera ouverte. » Un commentaire qui risque d’être peu apprécié à Paris et à Berlin, opposés à l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. Et encore moins à Moscou, allergique à toute extension de l’OTAN à l’Est.
M. Obama a planté le décor de la rencontre au Royaume-Uni en appelant l’Alliance à soutenir « sans ambiguïté » le gouvernement de Kiev, coupant ainsi court aux critiques qui sont adressées aux autorités ukrainiennes par des chancelleries européennes, soucieuses de ménager la Russie. « L’OTAN doit prendre des engagements concrets pour aider l’Ukraine à moderniser et à renforcer ses forces de sécurité », a souligné le président américain. « Nous continuerons à offrir de la formation et de l’aide à l’armée ukrainienne afin qu’elle soit plus forte pour défendre son pays », a-t-il poursuivi.
Même si M. Obama n’a pas promis aux pays baltes les bases permanentes de l’OTAN qu’ils réclament, il s’est toutefois engagé à maintenir, par rotation, les effectifs déjà présents sur place. Et à accroître les capacités de logistique, nécessaires au déploiement de troupes. Ses hôtes estoniens ont feint de ne pas s’en offusquer. L’important, à leurs yeux, était ailleurs. La seule présence sur leur sol du président des Etats-Unis en cette période troublée était un symbole suffisamment éloquent.
Un sentiment résumé par le président estonien, Toomas Hendrik Ilves, lorsqu’il a accueilli Barack Obama : « Votre visite est un signal fort. »
Yves-Michel Riols (Tallinn, envoyé spécial) Journaliste au Monde
 Nathalie Guibert et Jean-Pierre Stroobants (Newport, envoyés spéciaux (avec Gilles Paris à Washington))

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