La formation d’un consommateur

La Décroissance – septembre 2014 – Jimmy Tessieras
Ralentir,décroître, oui ! La simplicité volontaire’, oui ! Plus de liens, moins de biens, oui ! Mais en sommes-nous capables ? Aujourd’hui la plupart des gens achètent, consomment, pas toujours par nécessité mais aussi pour se faire plaisir : une paire de chaussures, un téléphone dernier cri, un écran géant, une voiture de sport… Et tout le monde a besoin d’une certaine quantité de plaisir !? 
Mais pourquoi tous ces gens trouvent-ils leur plaisir dans l’accumulation d’objets ? Peut-être que ces objets les mettent en valeur, extériorisent combien ils sont beaux, ils sont forts, ils sont modernes, ils sont puissants… comblant ainsi la peur de n’être rien, de passer inaperçu, de ne plaire à personne, d’être seul isolé ?
La surconsommation, le capitalisme, auraient-ils pour racine une angoisse ? Avons-nous été formés pour consommer ? Mais que se passe-t-il après les premières secondes de vie d’une personne ? Une fois le cordon coupé, très rapidement, le bébé est séparé de la mère. Rappelons que le nouveau-né n’a connu jusqu’ici que le contact soyeux du ventre de sa mère et qu’il n’a jamais connu la faim. Comment interpréter ce réflexe de succion que nous pouvons simplement observer ? Un besoin de téter, que ce soit pour se nourrir et/ou pour assouvir une envie affective ? Peut-être que cette très jeune personne sent inconsciemment, comme tous les mammifères, que le sein de sa mère est ce la sépare de la mort ?
Mais qu’à cela ne tienne, voilà le premier objet de la formation du futur consommateur, source de vie et de plaisir : le biberon, fabriqué avec le meilleur plastique (si on a les moyens) rempli d’un lait vide de toute humanité.
Attention, la formation est intensive dès le départ car près un moment on propose pratiquement systématiquement « en grande vulnérabilité », âgée de quelques heures, dans une autre pièce (la nurserie) ! Rappelons que l’enfant jusqu’ici n’a connu affectivement que le contact, la chaleur, les sons de sa mère…
tetinerLe deuxième objet fait alors son apparition : la tétine… ! Cette tétine qui remplace, fait croire à la présence vitale de là mère, qui rassure, comblant ainsi le réflexe de succion, cette tétine amène progressivement la jeune personne vers un « objet égale vie » qui sera bientôt complété par un :  » objet égale amour » que ne manquera pas de lui confirmer chaque personne qu’il croisera déposant un objet dans son couffin ! Dont l’origine lui sera transmise par sa propre mère : « C’est la peluche que t’a offerte ta tante quand on était à la maternité… »
Puis quand l’enfant sera agité, peut-être en demande d’interaction humaine, on le mettra devant un portique ou sur un tapis « d’éveil » (au capitalisme je suppose) rempli d’objets en tous genres, de toutes formes… tapis qui viendra compléter à merveille, le mobile, le hochet, les peluches, boîtes à musiques et autres « objets » entourant en permanence cet enfant.
Et quand la mère reprendra son travail au bout de deux mois et demi – eh oui, il faut bien qu’elle produise – un autre objet primordial de la formation fera son apparition : le doudou, transposition de la mère en objet, carrément ! Sur lequel on applique toujours bien sûr l’égalité « Objet = Amour ». Jusqu’au premier Noël ou les adultes déjà formés, qui n’ont que très peu de temps à accorder à leurs enfants car occupés à produire, compensent en leur achetant profusion de cadeaux; pour eux l’égalité est bien en place, « pour montrer aux gens qu’on les aime il faut leur acheter quelque chose ».
Sans titreEt pour finir, de plus en plus tôt, on met cet enfant devant la télé, matraqué de publicités, de couleurs, de sons, de violences à un rythme effréné, le privant ainsi d’un temps d’apprentissage primordial des interactions humaines Bien sûr, il y aura les jeux vidéo où la personne entre littéralement  dans l’objet… Le smartphone qui devient pour certains comme une prolongation de leur être physique puisqu’ils ne s’en séparent jamais de plus d’un mètre, se promènent en le tenant à la main comme un cordon ombilical en attente de jonction. La télé, palliatif à la capacité d’interaction humaine, adaptée à tous les goûts, tous les âges, jusqu’en maison de retraite, restera le dernier stade de la formation.
Si nous voulions former quelqu’un au capitalisme, à la surconsommation, au consumérisme… que ferions-nous de plus ?

dessin-consommation-electrique-JDD

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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