Professions règlementées ou professions privilégiées ? – A quoi peut ressembler une manif de notaires orchestrée par Havas …?

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Les notaires en colère

Entre 12 000 et 16 000 personnes ont défilé hier à Paris pour protester contre la réforme des professions réglementées. Ils étaient quelques centaines aussi à Lyon, Bordeaux, Marseille ou Metz. 
Rue89 18/09/2014

A quoi peut ressembler une manif de notaires orchestrée par Havas ?

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Ecrans géants, « goodies » au poil et caméra sur bras articulé : ce mercredi après-midi, la place de la République, à Paris, était noire de monde. Les notaires sont venus de toute la France pour protester contre la réforme des professions réglementées – dont la leur.
A l’écran défilent des citations de ministres français, d’intellectuels et de personnalités étrangères qui défendent l’accès au droit, voire directement les notaires. Des slogans comme « Sans droit sûr, c’est droit dans le mur », apparaissent et alternent avec le hashtag (mot-clé) #NotairesdeFrance, sur fond bleu, rouge ou vert. « Billy Jean » de Michael Jackson passe en fond sonore. Hypnotisant.
Les intervenants se succèdent à la tribune, pendant que les vigiles et les organisateurs qui courent partout talkie-walkie à la main veillent à ce que tout se passe bien. On dirait un peu le meeting de Nicolas Sarkozy au Trocadéro, pour le côté « show à l’américaine ».
Beaucoup de manifestants ont respecté le dresscode : la marinière, symbole du « notaire made in France » (l’un des mots d’ordre). D’autres portent le T-shirt « officiel » de la manif, ou celui commandé par la chambre des notaires dans leur département d’origine. On aperçoit très peu de banderoles faites à l’arrache sur des draps blancs. Les autocollants, badges, drapeaux et pancartes distribués par les organisateurs sont tous conçus sur le même modèle, avec une charte graphique et une typo bien propres.
Pleines pages dans les journaux
Ça nous rappelle quelque chose. En ouvrant un quotidien mardi, vous êtes peut-être tombé sur une pleine page de publicité vous annonçant que « votre sécurité est menacée ». En majuscules avec un point d’exclamation pour bien faire flipper.

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« Votre sécurité est menacée !
Le gouvernement souhaite déréglementer la profession de notaire, remettant en cause un service public efficace. Les conséquences pour les Français et leur famille seront lourdes.
Le coût de nombreux actes va augmenter. C’est ce qui s’est passé aux Pays-Bas. C’est ce qui se passera en France.
On pourra désormais tout contester devant les tribunaux, un titre de propriété, un héritage… Les contentieux se régleront, mais à quel prix ? Et pour quelle garantie ?
Mercredi 17 septembre, les notaires de France et leurs collaborateurs se rassemblent à Paris et partout en France.
Pour alerter les Français.
Pour défendre leur sécurité juridique.
Pour garantir à tous un égal accès au droit.
Une vie sans notaires, c’est vous qui en faites les frais. »
A titre indicatif, le prix annoncé d’une pleine page dans Le Monde à cet emplacement est de 151 000 euros, selon les chiffres de la régie.

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Une campagne conçue par Havas…
A la veille de la manifestation parisienne de la profession, le Conseil supérieur du notariat (CSN) a mis le paquet : les mêmes pubs sont parues dans 20 minutes, Libération, Les Echos, Le Figaro et L’Opinion.
Le 4 septembre, le CSN avait officiellement lancé la campagne sur son site, avec d’autres visuels :
« Des actes plus chers, moins de protection juridique » ;
« Payez plus pour être moins protégés » ;
« Après le désert médical, le désert juridique ».
Pour cette opération, les notaires ont fait appel à un spécialiste du secteur, explique Le Figaro : l’agence Havas, dirigée par Stéphane Fouks, « proche de Manuel Valls et pape de la communication politique ».
« En charge du budget, l’ancien responsable de la communication du Medef Anton Molina, excellent connaisseur des institutions publiques, épaule son ancienne adjointe, Isabelle Mariano, désormais en charge de la communication du CSN. Un gage d’efficacité en ces temps de communication de crise. »
Dans la manif, Hubert, notaire parisien, se méfie de nos questions. Il savait qu’Havas organisait l’événement et prévient tout de suite qu’il n’y voit que des avantages : « La communication, c’est un exercice pointilleux. Chacun son métier. Le nôtre est de rédiger des contrats et de trouver les meilleures solutions pour nos clients, d’anticiper le contentieux.
Savez-vous qu’aux Etats-Unis, une vente sur trois est contestée, alors qu’il n’y en a qu’une sur mille en France ? »
Cet argument, nous l’entendons à nouveau au micro, quelques minutes plus tard, dans la bouche de l’une des intervenantes appelées à témoigner. L’angle d’attaque des notaires avec qui nous avons discuté est toujours le même : au-delà de la défense d’une profession, pas si nantie que ça, il s’agit de sauver un service public
… et « viralisée » par une start-up poitevine
Un site internet, UneVieSansNotaires.fr, a été lancé dans le prolongement de cette campagne. Mais ce n’est pas Havas qui s’en occupe. En cherchant des informations sur le nom de domaine, on s’aperçoit qu’il a été enregistré par l’agence Begital, une start-up poitevine lancée il y a deux ans, qui compte douze salariés.
L’agence gère toute la communication numérique du projet Une vie sans notaire, explique le responsable de cette campagne chez Begital, Benoît Rogeon. Il s’occupe de la maintenance du site internet et du community management : la page Facebook (3 500 likes) et le compte Twitter (162 abonnés).
A l’origine de cette initiative, un notaire poitevin de 33 ans, Bastien Bernardeau. Il se dit « un peu dépassé » par le potentiel viral de la campagne qu’il a confiée à « un copain », le patron de Begital Pierre-Antoine Barbot (29 ans). Pour « environ 5 000 euros », payés par la chambre départementale des notaires de Haute-Vienne emballée par le projet, le contrat a été lancé début septembre.

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Bastien Bernardeau, qui « n’avai[t] jamais mis les pieds sur Facebook » parle maintenant comme un pro : « Le site et les réseaux sociaux ont été faits pour attirer l’attention des élus et de nos concitoyens au niveau local, notamment pour le rassemblement qui a eu lieu à Poitiers la semaine dernière. Mais ils peuvent aussi appuyer la campagne nationale.
Nous allons sans doute proposer au CSN d’en reprendre les clés. On s’est réapproprié leur mot d’ordre, “Une vie sans notaires”, dans un but pédagogique et de manière très artisanale. » Un moyen, selon lui, de « faire passer un message de fond » : « Le basculement dans un système anglo-saxon, la perte du maillage dans nos campagnes et la marchandisation du droit ». Et si la forme peut suivre… Place de la République, la comptable d’une étude de l’Hérault soutient que même si « les notaires ont des difficultés pour communiquer, parce que c’est une profession discrète », ils « sont utiles au consommateur ».
Cette démonstration de lobbying calibré pourrait servir d’exemple aux autres professions réglementées dont le gouvernement veut supprimer quelques privilèges.
Camille Polloni | Journaliste

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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