L’automne du patrimoine – en point de mire les zones commerciales et enfilades de hangars à tout vendre au rabais dans  » une jungle de réclames  »

Dans son manifeste, Jack Lang ne décolère pas.  » Serions-nous devenus schizophrènes ? « , s’interroge le président de l’Institut du monde arabe (IMA).
Trente ans après avoir lancé, en 1984, les Journées du patrimoine, qui se tiennent ce week-end, les 20 et 21 septembre, celui qui fut le ministre de la culture de François Mitterrand prend la parole sans ménagement.  » Nous avons mené avec tant de force la lutte pour préserver les plus beaux monuments de nos villes, écrit-il, comment avons-nous pu avoir si peu d’exigence pour nos espaces publics… pour tous ces lieux qui sont notre quotidien ? « 
Jack Lang en veut à la publicité, qui agresse jusque sur les monuments historiques en rénovation de la capitale, de la Conciergerie à l’hôtel des Monnaies.  » Peut-être même cette publicité s’étalera-t-elle sur les bâches de l’édifice que vous allez visiter ? « , insiste-t-il.
La laideur qui nous entoure
Les berges de la Seine étaient protégées de cette pollution. Elles ne le sont plus. Celui qui aime jouer les trublions a en point de mire les zones commerciales et enfilades de hangars à tout vendre au rabais dans  » une jungle de réclames «  qui cerne la moindre bourgade et vide les centres historiques des échoppes traditionnelles. Pour les remplacer par des rues piétonnes jalonnées de  » devantures bariolées qui promènent leurs codes couleurs aux quatre coins du pays… « .
Le concept du rond-point ne trouve pas plus grâce à ses yeux –  » art figuratif s’il en est «  : bouchons de vin géants, soucoupe volante chargée de Petit Lu, muscadet, près de Nantes, avion à Salon-de-Provence, etc.
Sa traversée de l’Hexagone ne s’arrête pas là. A la périphérie des villes, il pointe l’échec de la politique des grands ensembles résidentiels, blocs de béton délabrés, et se dit consterné par la standardisation de la construction pavillonnaire, cubes beiges et lopins de jardin.
Les mêmes matériaux du nord au sud du pays gomment toute spécificité architecturale régionale. Comme le mobilier urbain banalisé qui gangrène nos villes. Les municipalités allant toutes, de concert, au plus offrant.
 » Mais voyons-nous encore cette laideur qui nous entoure ?, demande-t-il. Elle nous frappe rarement. Il semble que nous nous y soyons accoutumés, comme à quelque chose d’inévitable… Nous avons besoin de beauté. Un besoin viscéral, primaire. Essentiel, oserais-je dire. Ces édifices qui ont traversé le temps nous arrachent à notre condition de mortels. « 
Et Jack Lang de chanter son pays aux mille nuances, celui de la brique, du granit ou du pisé. Tout en rappelant l’urgence de sauver quantité d’églises, indissociables de l’identité du lieu, comme les vieux centres historiques, livrés aux pigeons, squatteurs et trafics en tous genres.
Il somme l’Etat d’y installer des logements sociaux, des écoles, des crèches, plutôt que de construire de nouveaux immeubles. Replacer  » l’homme au centre « , tel est son mot d’ordre.
Florence Evin
Ouvrons les yeux ! La nouvelle bataille du patrimoine Jack Lang – HC éditions, 38 p., 4,50 euros
21/22/septembre 2014 © Le Monde

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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