Neuf-quinze – Nobel Modiano : décharges pujadienne

neuf-quinze@arretsurimages.eu 10/10/2014

 De l’exhibition du Modiano au 20 Heures

09h15Cocorico ! La littérature française est championne du Nobel, quinze prix au total, dont Pujadas fait défiler les plus illustres : Gide, Camus, Sartre (photos), « sans oublier Saint John Perse et Claude Simon » (pas de photos). Le Modiano que reçoit le présentateur en toute fin de journal, après la fausse alerte Ebola dans le Val d’Oise, après le recul sur l’écotaxe, ce n’est donc pas l’écrivain, ce n’est même pas exactement le Nobel, c’est le champion français, la médaille d’or encore essoufflée de sa performance. Pour un peu, il aurait fait appel à Nelson Monfiort, pour traduire les réponses.
Car voilà, il y a un invité surprise : les légendaires « blancs » de l’écrivain, ses délicieux bafouillements, traduction verbale de son errance inspirée. Pujadas les connait. Comme tout le monde il a le souvenir des émissions de Pivot, il sait qu’il va devoir les gérer avec souplesse et fermeté. On peut certes laisser divaguer un peu le bestiau dans les trois minutes imparties, c’est la fin du journal et un peu de zapping ne sera pas dramatique, mais tout de même. L’exercice d’exhibition de l’humble génie solitaire et vaguement foutraque est donc balisé par une sorte de clôture électrique à faible voltage.
« Est-ce que c’est un jour de grand bonheur pour vous ce Nobel ? » « Oui c’est à dire que ça a a d’abord été une surprise, je ne m’y attendais pas du tout. Voilà tout se remet en place on s’acc…et ça vous… » Première décharge pujadienne : « On réalise. Est-ce que c’est un aboutissement ? » « Oui on réalise. Euh. Ben c’est à dire un aboutissement, c’est à dire, parce que vous savez que vous allez, euh, peut-être encore continuer d’écrire, tout ça, mais c’est, euh, une sorte d’encouragement parce que l’écriture est une activité tellement solitaire qu’on finit par ne plus, euh (…) Comme un somnanbule qu’on réveille et qui s’aperçoit quand même que, oui, quand même, oui, que vous communiquez quelque chose et… »
pujadas petit formatDeuxième décharge : »…Vous êtes le Proust d’aujourd’hui… » « …et pas simplement… » , « …a dit l’Académie Nobel, ça vous touche ? » « …Oui, enfin ça me touche beaucoup, mais en fait je sais pas, euh, j’ai jamais, oui ça me touche, mais… » Mais non. C’est déjà fini. Il est temps d’amorcer le chemin de l’étable : « Pardon d’être un peu matériel, mais le prix est doté de 880 000 euros, votre vie va changer ? » « Euh c’est à dire que oui évidemment, vous voyez un peu les choses s’éclaircir, mais en fait c’est toujours le même, euh, il faut continuer à écrire, c’est toujours le même problème qui se pose quand il faut commencer un livre, la vie continue… » « Merci beaucoup Patrick Modiano, et encore bravo pour ce prix Nobel ». Il ne s’agissait pas de l’interroger, mais de le donner à voir, de faire entendre pour confirmation au grand public rêveur du Salon de la Littérature le légendaire meuglement mélancolique. Contrat rempli.

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Daniel Schneidermann

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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