Neuf-quinze – Bolivie : Election du président de gauche ? Comment expliquer cet exploit ?

neuf-quinze@arretsurimages.eu 12/010/2014

 Chut ! Le président de gauche a été réélu

09h15 C’est dès le premier tour, que le président de gauche a été réélu, avec 61% des voix. Le candidat de l’opposition de droite n’en a recueilli que quelque 21%, lors d’élections qui se sont déroulées dans une parfaite régularité (il est vrai que le vote est obligatoire dans le pays). Comment expliquer cet exploit ? Par la croissance du pays, 5,2%, la plus élevée du continent, et dont les effets se font sentir dans la population : le gaz arrive progressivement dans les logements des plus pauvres, des routes, des hôpitaux, des stades, des usines, ne cessent de sortir de terre. Contrairement à ce que prédisaient certains, la nationalisation de l’énergie par rachat d’actions aux industriels, voici deux ans, n’a pas conduit le pays au bord du gouffre, au contraire. Le président a pu aussi compter sur le soutien des classes moyennes, qui se sont massivement portées sur son nom. Et même le patronat lui est reconnaissant de la stabilité du pays.
Une telle nouvelle, un matin, devrait logiquement occuper une bonne partie des journaux d’information. Haletants, les présentateurs devraient interroger leurs envoyés spéciaux : expliquez-nous ! Un président de gauche réélu ? En tenant ses promesses, et au-delà ? Des nationalisations bénéfiques pour tout le monde ? Quelles sont les recettes ? Quelques-unes d’entre elles seraient-elles, par miracle, transposables ? Mais non. Dans le meilleur des cas, la réélection d’Evo Morales en Bolivie est traitée en brève dans les journaux du matin. Le plus souvent, elle passe à l’as.
Du côté de la presse libérale, ce silence se comprend. Voici deux ans, Le Figaro soulignait le risque des nationalisations : l’effondrement de la production pétrolière (1). Celle-ci ne s’étant apparemment pas produite, Le Figaro reconnait, sportivement quoique brièvement (2), le succès de la politique Morales. Quant au Monde, sa correspondante à Lima, même si elle a constaté la prospérité économique bolivienne (3), l’attribue à…la croissance chinoise, qui a dopé ses exportations de minerais et d’hydrocarbures. L’explication par les nationalisations est simplement suggérée en seconde place, au conditionnel (4), et prudemment placée dans la bouche de Morales lui-même.
A gauche aussi, il n’est pas impossible que le cas Morales dérange : pensez, un président de gauche qui a légalisé le travail des enfants à partir de dix ans (5), et apparemment à la demande des enfants eux-mêmes: qu’en penser ? Voilà qui bouscule toutes les catégories. Les débats se poursuivent jusque dans nos forums (6). Même Mélenchon, pourtant doté d’antennes surpuissantes en Amérique latine, semble l’avoir perdu de vue sur son blog (7). Le miracle bolivien n’aura pas de savants docteurs.

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 Infographie du journal La Razon sur le travail des enfants en Bolivie
 1) http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/08/26/20002-20120826ARTFIG00147-la-bolivie-nationalise-et-exproprie-a-tour-de-bras.php
(2) http://www.lefigaro.fr/international/2014/10/10/01003-20141010ARTFIG00264-le-candidat-morales-porte-par-les-succes-economiques-de-la-bolivie.php
(3)http://abonnes.lemonde.fr/international/article/2014/10/10/la-popularite-inoxydable-d-evo-morales_4504102_3210.html
(4)http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2014/10/10/bolivie-morales-se-felicite-des-nationalisations_4504170_3234.html
(5)http://www.arretsurimages.net/articles/2014-07-07/Les-enfants-boliviens-pourront-travailler-a-partir-de-10-ans-id6893
(6) http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,1385062
(7) http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/08/26/20002-20120826ARTFIG00147-la-bolivie-nationalise-et-exproprie-a-tour-de-bras.php
Daniel Schneidermann

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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