De 1999 à 2006, 100 000 logements ont été construits en zones inondables

Le Canard Enchaîné – 15/10/14 – Jean-Luc Porquet

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C’est la faute à personne. D’ailleurs, c’est jamais la faute à personne. Devant les juges des Sables-d’Olonne comparaissent quatre prévenus. Et les quatre d’expliquer que les 29 morts lors de l’inondation de La Faute-sur-Mer en février 2010, vraiment, M’sieur le président, c’est pas leur faute. René Marratier, garagiste et maire pendant vingt-cinq ans, se décrit en parfait idiot du village : « Je n’avais pas la culture et l’intelligence pour diagnostiquer et anticiper une telle catastrophe ». Le président lui fait remarquer qu’on n’est pas « maire pendant vingt-cinq ans sans être intelligent« .
Ben si. L’État et la préfecture l’avaient alerté une quarantaine de fois, par lettres ou réunions, des risques encourus, mais il avait eu bien du mal à comprendre, le pauvre. C’est seulement au bout de douze ans qu’il s’était décidé à mettre un place un PPRI, plan de prévention des risques d’inondation. Non, non, ce n’était pas de l’obstruction systématique, ce n’était pas parce qu’il avait envie de bétonner, d’aménager, de faire rentrer les impôts locaux, de faire plaisir à sa première adjointe, Françoise Babin, laquelle dirigeait l’agence immobilière du coin, mais parce qu’il n’était qu’un pauvre « petit maire » à deux neurones. Et est-ce que c’est sa faute si son patelin compte 1 000 habitants mais vingt fois plus l’été, et si tout le monde veut s’y installer ?
C’est son adjointe, justement, qui présidait la commission d’urbanisme. Elle qui a accordé les permis de construire dans les zones inondables. Et c’est son agence qui vendait les terrains, agence où travaillait son fils, par ailleurs président de association chargée de l’entretien de la digue. Tout se faisait en famille à La Faute, c’était sympa. Eh bon, elle non plus, c’est pas sa faute : « La direction départementale de l’équipement pouvait me refuser les permis de construire. » Mais la DDE n’a pas moufté. Du coup, ces prés salés où les vaches paissaient les sabots dans l’eau, et qui ne valaient même pas 3 euros le mètre carré, sont devenus miraculeusement constructibles. Leur valeur a été multipliée par dix Et Françoise Babin et fils ont construit les 200 maisons. Ah ! c’était la belle vie !
Sur les bancs des prévenus, il y a aussi un agent de la DDE, à qui on reproche de ne pas avoir téléphoné au maire la veille de la tempête Mais pas les agents de cette même DDE, qui ont reconnu après coup avoir, à la suite d’une « erreur de zonage« , donné leur bénédiction aux permis de construire illégaux : ils ne sont pas pénalement responsables, ouf ! Ni l’ancien préfet, dont le rôle est de veiller à la légalité des décisions prises par les maires, et qui aurait dû saisir le tribunal administratif pour les faire annuler. Mais est-ce sa faute s’il n’ a rien fait ? Tout le monde sait bien que les services de l’État laissent les élus locaux s’arranger avec toutes ces lois qui freinent l’aménagement, le développement, la croissance…
Entre 1999 et 2006, a compté le Commissariat général au développement durable, ce ne sont pas moins de 100 000 logements qui ont été construits en zone inondable. Les maires, simples d’esprit, les agents immobiliers âpres au gain, les agents de la DDE irresponsables et les préfets tête en l’air sont plus nombreux que l’on imagine…

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