L’écovillage de Crystal Waters

Passerelle Eco – 08 octobre 2014 –

Eco-village depuis 25 ans en permaculture, Australie. Rencontre avec Stéphane qui vit à Crystal Waters depuis 8 ans.
Forme abrégée de l’expression « village écologique », les écovillages forment à l’heure actuelle un réseau mondial de communautés et d’individus partageant les mêmes idéaux et une même vision globale de l’environnement. « Dans son essence, le terme écovillage signifie une communauté pouvant regrouper jusqu’à plusieurs centaines de personnes répondant aux besoins matériels, économiques, sociaux, émotionnels, culturels et spirituels de ses habitants, tout en étant en harmonie avec son environnement naturel . »
Au cours des dernières années, plus de 800 000 Australiens ont quitté les grands centres urbains pour échapper au crime, violence et pollution.
L’écovillage de Crystal Waters possède deux organisations : un tronc corporatif et une coop.
  Coop
La coop regroupe tous ceux qui détiennent des terres ainsi que des amis de Crystal Waters. La coop gère les ressources, l’aire de camping et l’aire du village. Ses membres se rencontrent toutes les trois semaines, et ses directeurs sont autorisés à prendre des décisions au nom de l’ensemble de la communauté. La coop date du début du siècle dernier, quand elle a été créée par les fermiers. Elle agit comme une entreprise maintenue par très peu de gens. La plupart des membres paye 20$ de frais d’adhésion.
Elle détient aussi 5 % des terres, loue des équipements de camping aux visiteurs, s’occupe du marché du village et réinvestit les profits, avec un plan à long terme visant à utiliser les fonds de la coop pour aider à démarrer de nouvelles petites entreprises.
Le tronc corporatif est une nécessité légale dont les membres sont élus une fois l’an. Il a pour rôle d’administrer les terres communes. En effet, 20 % des terres sont utilisées pour les 83 lots résidentiels plus deux lots commerciaux, alors que les 80 % restants sont détenus de façon commune et peuvent être alloués pour faire de l’agriculture durable, de la foresterie, des loisirs ou des projets d’habitation. Le centre du village est utilisé pour le commerce, la petite industrie, le tourisme et l’éducation.
Seize règlements municipaux furent établis. Ils s’assurent que les gens sont responsables de leurs besoins en nourriture et de la gestion adéquate de leurs déchets. Si quelqu’un est en infraction à une de ces « lois », on va d’abord tenter de résoudre le problème amicalement. Si la situation ne se résout pas, elle peut être présentée au concile des « Aînés », qui sont des gens jugés comme possédant la maturité, le bon sens et la compréhension. Ils sont élus pour résoudre les conflits et éviter l’arbitrage ou les procès extérieurs. Ils ont le soutien total de la communauté. Toutefois, s’ils ne réussissent pas à résoudre le problème, alors le tronc corporatif s’en mêle. Si cela échoue, alors la dispute est amenée devant un arbitre fourni par le gouvernement. L’ultime recours est de se rendre au tribunal. A l’heure actuelle, il n’y a qu’une seule dispute qui a été jusqu’à faire appel à un arbitre [1].
Cependant, bien qu’il y ait des règles, il n’y a pas de structure définie pour les faire appliquer. À la place, la communauté utilise une combinaison de soutien et de pression des pairs. Elle joue aussi avec des discussions à cœur ouvert où les gens entendent des choses sur eux qu’ils n’aiment pas toujours. Le code d’éthique de la communauté est très simple : « Soins de la Terre ; soin des gens ; distribution de ce qui est en surplus des besoins. »
  Social
N’importe qui peut vivre dans Crystal Waters. Il n’y a pas de processus de sélection, ni d’identité politique ou religieuse particulière. Il y a toutefois les règlements et caractéristiques de design à respecter afin de maintenir Crystal Waters culturellement vivable et écologiquement durable et de conserver une communauté tranquille.
Les intérêts des enfants priment par-dessus tout. Certains emmènent leurs enfants aux réunions, d’autres mettent leur argent en commun pour les faire garder. Il n’y a pas de projet pour la création d’école primaire. Pour l’instant, les enfants vont à une école non loin en autobus.
Il y a plusieurs groupes d’intérêt dans la communauté. Les personnes avec de jeunes enfants forment un de ces groupes. Elles s’occupent des enfants de chacun.
L’existence de multiples groupes interconnectés permet aux messages de voyager très rapidement au travers de la communauté [2]. De plus, n’importe qui peut organiser des activités, par exemple le thé matinal du dimanche attire régulièrement entre trente et cinquante personnes. Il y a des groupes d’aïkido, de méditation, de brasseurs locaux, etc. Les rencontres sont courantes et un bulletin d’informations (the Village Voice) est publié chaque mois. D’occasionnels « travaux de fourmis » sont organisés pour repousser les mauvaises herbes locales, impliquant souvent jusqu’à soixante personnes travaillant ensemble.
  Économie
Les finances sont un grand défi, comme c’est généralement le cas dans les écovillages. L’ensemble du projet provient de financements privés. Toutefois, les spéculateurs ne sont pas acceptés. Ainsi, on ne vend pas de terrain si la personne n’a pas l’intention de s’y installer.
Le village n’est pas complètement autosuffisant. Selon les habitants, le but n’est pas d’être totalement autosuffisant, car une interaction avec le monde extérieur est plus durable. On importe du gaz et du métal. On exporte des fruits et légumes, des connaissances, des savoir-faire et de l’expérience. Plusieurs entreprises opèrent à l’extérieur du village : cours de permaculture, fabricant de papier, artistes et artisans, secrétaires, herboriste et culture de plantes. Le plus possible, les résidents font affaires avec les entreprises qui opèrent de l’intérieur de Crystal Waters.
  Politique
À l’intérieur de la communauté, les gens sont aptes à voter dès l’âge de 16 ans, bien que dans les faits, peu de jeunes de cet âge votent. Lorsque des décisions importantes doivent être prises, des forums sont organisés. N’importe qui peut demander qu’une telle rencontre ait lieu.
Lors de l’implantation de Crystal Waters, les rapports avec les différents services du gouvernement ne fut pas de tout repos. Lorsqu’ils ont présenté leurs idées pour la première fois aux autorités locales, le climat était défavorable pour trois raisons : la sagesse veut qu’on ne divise pas une aire rurale en des parcelles de moins de 40 acres (16 ha) ; dans le Queensland, de nouveaux villages n’étaient pas permis ; l’utilisation de la terre pour une utilisation combinée d’agriculture, de résidence, de manufacture, d’éducation et de récréation était découragée [3]. Lindegger fait justement la remarque : « La seule chose que le gouvernement a fait pour nous fut de placer de hautes barrières sur notre chemin que nous avons dû surmonter [4]. » Toutefois, grâce à un lobbying intensif, au recours à des experts dans la conception d’aménagement en permaculture, et à des explications détaillées sur le projet, ils sont arrivés à le concrétiser.
  Idéologie
La philosophie de design sous-jacent est un « parc environnemental » d’échelle humaine où les gens plutôt que les autos prédominent [5]. On adopte une philosophie de « vivre et laisser vivre ». Spirituellement, Crystal Waters est très ouvert et tolérant. Des chrétiens de toutes confessions se mêlent facilement avec des Juifs, Bahaïs, Bouddhistes, et autres. En fait, tout comme les autres écovillages, il permet aux gens d’expérimenter leur connexion spirituelle avec la vie terrestre. Les gens apprécient leur interaction journalière avec le sol, l’eau, le vent, les plantes et les animaux. Ils subviennent à leurs besoins (nourriture, habillement et habitation) tout en respectant les cycles de la nature.
Des « aires tranquilles » non-sectaires (parfois appelées lieux sacrés) avaient été prévues lors de la conception, et sont utilisées par tous les résidents pour des observations religieuses, méditation, contemplation et autres activités sanitaires [6]
Notes[1] Max O. Lindegger, op. cit., p. 1.[2] Ibid, p. 1.[3] Site officiel de Crystal Waters, section « Overview ».[4] Site internet sur Crystal Water, p. 2.[5] Ibid.[6] Site officiel de Crystal Waters, section « Overview ».

A propos werdna01

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