Paul Jorion : Peut-on sortir d’un modèle économique fondé sur la croissance ?

Vents contraires – 03/08/2014 – Paul Jorion
Sortir du désir de faire mieux que son voisin
John Maynard Keynes distingue deux catégories des besoins de l’être humain : ceux qui ont « un caractère absolu » : se nourrir, avoir un abri, se vêtir… et ceux, relatifs, dont l’assouvissement « nous place au-dessus de nos semblables ou nous donne l’impression de leur être supérieurs. » En général, on veut être meilleur que les autres dans un processus de revanche. Pour enrayer ce phénomène, il faudrait que tout le monde puisse être une ancienne fortune, sur le modèle des aristocrates désargentés. On éviterait alors le phénomène d’escalade mais cela nécessite une redistribution continue pour parvenir à une situation égalitaire.
?????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????Thomas Picketty propose quelque chose de comparable avec l’écrêtage des plus grosses fortunes et une redistribution des sommes les plus extravagantes. Il n’en a pas fallu plus pour qu’un certain nombre de chroniqueurs s’oppose à sa proposition en la qualifiant de « marxisme de sous-préfecture ». Pourtant la croissance dans laquelle nous sommes engagés conduit à des dégradations irréversibles de notre environnement et on ne pourra pas continuer dans cette direction.
« Pas de décroissance sans remise en question de la propriété privée »
Paul-Jorion Contrairement à ce que ce qu’imaginent  beaucoup de décroissantistes, la décroissance n’est pas possible sans une modification de la définition de la propriété privée et un changement radical dans les mentalités et dans la réalité juridique. Il serait naïf d’imaginer que décroître puisse résoudre automatiquement les problèmes. Dans le régime actuel la croissance est nécessaire parce que les intérêts à payer pour récompenser les sommes empruntées doivent être  produits à partir d’une nouvelle richesse – et sans la croissance cette nouvelle richesse ne peut exister. La décroissance n’est donc envisageable qu’avec l’élimination du paiement des intérêts. Il va donc falloir convaincre les actionnaires qu’ils ne toucheront plus de dividendes et ceux qui prêtent qu’ils ne percevront plus d’intérêts. Ambitieux projet.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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