Mikhaïl Gorbatchev – L’Europe face au retour de la guerre froide

Ukraine : l’ONU craint une « guerre totale »
L’Ukraine a dit mercredi se préparer en réaction à une concentration de troupes russes dans l’Est séparatiste prorusse. « Nous observons un renforcement de la part des groupes terroristes [les insurgés, selon la terminologie de Kiev] ainsi que de la part de la Russie (…). Notre principale tâche est de nous préparer au combat », a déclaré le ministre de la défense, Stepan Poltorak. Le gouvernement ukrainien a ainsi annoncé le renforcement de la sécurité autour de Marioupol, port stratégique sur la mer d’Azov, désigné par les rebelles comme leur prochaine cible, des centrales nucléaires et des gazoducs. Pour la première fois depuis la trêve fragile du 5 septembre, l’OTAN a confirmé l’entrée de convois militaires russes dans l’est du pays, ce qui fait craindre à l’ONU « une guerre totale ». L’OSCE, qui déploie des observateurs, a également confirmé ces incursions militaires russes, démenties par Moscou. Son secrétaire général, Lamberto Zannier, a reconnu que l’afflux d’armes dans les zones rebelles pouvait « mener à une confrontation plus ouverte ». Le secrétaire général adjoint aux affaires politiques de l’ONU, Jens Andres Toyberg-Frandzen, a aussi évoqué parmi les scénarios possibles « un conflit gelé et persistant qui maintiendrait le statu quo dans le sud-est de l’Ukraine pendant les années ou les décennies à venir ». Le conflit entre armée gouvernementale et séparatistes prorusses, qui embrase des régions orientales de l’Ukraine, a fait plus de 4 000 morts depuis la mi-avril. Le cessez-le-feu conclu en septembre par Kiev et les séparatistes est aujourd’hui moribond.

Mikhaïl Gorbatchev – L’Europe face au retour de la guerre froide

Edito LE MONDE | 12.11.2014
Les signes se multiplient depuis un an, mais il a fallu que Mikhaïl Gorbatchev appelle un chat un chat pour que, brutalement, le monde occidental en prenne conscience : vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, un hiver glacial menace à nouveau l’Europe. Pour le dernier leader soviétique, nous sommes « au bord de la guerre froide ». Et la responsabilité de ce retour en arrière incombe aux Occidentaux, qui « veulent lancer une nouvelle course aux armements ».
Il est symptomatique que M. Gorbatchev, l’homme qui a permis la fin de la guerre froide, donne aujourd’hui une interprétation des faits diamétralement opposée à celle des Occidentaux. Comme Vladimir Poutine, il réfute l’idée selon laquelle l’Occident a gagné la guerre froide et accuse l’OTAN de vouloir à tout prix s’étendre vers l’est. Plus symptomatique encore est le constat objectif d’une dangereuse aggravation des tensions sur le terrain dans l’Europe ex-soviétique.
L’OSCE, l’organisation qui a été chargée de la surveillance du cessez-le-feu en Ukraine conclu à Minsk le 5 septembre, a averti les Etats membres d’un « risque réel de nouvelle escalade ». Peu suspects de parti pris, puisque la Russie est membre de l’organisation, les inspecteurs de l’OSCE ont enregistré mardi 11 novembre le passage d’un convoi de quarante-trois camions militaires sans immatriculation, dont dix tractaient de l’artillerie lourde, en direction de Donetsk, le fief de la rébellion prorusse.
En réalité, le cessez-le-feu n’a jamais été respecté, ni d’un côté ni de l’autre. Il n’est pas respecté parce que la Russie refuse de fermer la frontière russo-ukrainienne, par laquelle transite un flux constant d’armes et d’hommes, afin de soutenir le mouvement séparatiste du Donbass, et que l’Ukraine est incapable de le faire respecter.
Un rapport de l’institut European Leadership Network souligne cette semaine « l’intensité et la gravité des incidents » opposant forces russes et occidentales, notamment dans l’espace aérien, depuis l’annexion de la Crimée par la Russie, en mars. « Le mélange d’agressivité de la position russe et la volonté des forces occidentales de faire preuve de fermeté augmentent le risque », selon l’institut, d’une escalade incontrôlée. Ce risque ne relève pas du fantasme : les familles des 298 personnes tuées dans l’explosion du vol MH17 de la Malaysia Airlines, abattu en juillet par un missile au-dessus de la zone des combats en Ukraine, ne le savent que trop.
C’est dans ce climat que se réunissent, lundi 17 novembre, les ministres des affaires étrangères de l’UE. La Russie et l’Ukraine seront au menu, ainsi que l’éventualité de nouvelles sanctions contre Moscou, et, déjà, la petite musique de la discorde se fait entendre.
Il y a au moins un sujet sur lequel l’UE pourrait faire preuve d’unité : aider la France à trouver le moyen de ne pas livrer les deux navires de guerre Mistral qu’elle a construits pour la Russie, tant il est évident que ces bâtiments ne peuvent être livrés dans le climat actuel.
Une solution européenne – embargo sur les contrats d’armement existants, rachat des navires, partage des coûts de l’annulation – permettrait à Paris de sortir par le haut de cette affaire, qui, héritée de la présidence Sarkozy, empoisonne la diplomatie française. Et à l’Europe de montrer qu’elle est capable de solidarité, de créativité et de fermeté face à la menace d’une nouvelle guerre froide.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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