Sur TF1 – Nicolas Sarkozy: comment il a (encore) ridiculisé Claire Chazal

L’obs 01-12-2014 Par Olivier Picard Chroniqueur politique
LE PLUS. Nicolas Sarkozy, nouveau président de l’UMPétait invité au JT de 20h sur TF1 ce dimanche 30 novembre. Toutefois, la présentatrice Claire Chazal ne semblait pas dans son meilleur jour pour l’interviewer. Mais pourquoi donc n’a-t-elle pas été plus pugnace avec lui ? Réponse de notre chroniqueur Olivier Picard. VIDÉO.
« Merci à la speakerine ». Au point où il en était Nicolas Sarkozy aurait pu gratifier en ces termes reconnaissants son hôte du 20 heures de TF1. Un journaliste malicieux s’en est chargé sur Twitter (le tweet original a depuis disparu).
 En quatre mots et vingt petits signes, il a assassiné, comme nombre d’internautes, l’absence journalistique qui a caractérisé le passage du président de l’UMP sur sa chaîne préférée : celle de son ami Martin Bouygues.
Xavier Pennec @xpennec 
RT“@ArLeparmentier: Merci à la speakerine”
20:26 – 30 Nov 2014
Il était de retour chez lui, dans ses meubles, et il a fait sentir d’emblée à son interlocutrice qu’elle n’était là – au mieux – que pour jouer un rôle de faire-valoir. La présentatrice n’a même pas eu le temps de poser sa première question que son « invité » avait déjà pris le micro pour adresser un message compassionnel aux Français victimes des intempéries. Grossier ? Allons-donc ! On va s’gêner…
 Elle avait une revanche à prendre
L' »invité » aurait mis les pieds sur la table qu’il aurait été à peine plus dérangeant. Confisquant l’antenne comme on se sert avant tout le monde pour récupérer sans vergogne les événements dramatiques des Pyrénées-Orientales et du Var, il a placé quelques sous-entendus mettant en cause la passivité de l’État face à des phénomènes répétitifs.
claire Chazal « Madame Chazal » n’a même pas relevé cette intrusion manifeste dans le conducteur de son propre JT. Elle était déjà dans les cordes, elle qui avait pourtant une revanche à prendre sur cet homme qui l’avait publiquement humiliée en novembre 2010.
 Devant des millions de téléspectateurs, celui qui était encore président de la République recevant très monarchiquement la télé à l’Élysée avait sommé la présentatrice de s’expliquer sur la pertinence d’une question, comme une mauvaise élève qu’on morigène. La pauvre en avait bégayé… livrée à un grand moment de solitude en direct.
La tête de turc des fidèles de Sarkozy
 Hier soir, le tourmenteur a recommencé, reprenant la professionnelle expérimentée sur son emploi du substantif « morosité » pour qualifier la situation économique. Vous avez dit « morosité » ? Mais c’est une « catastrophe », oui.
 Nicolas de Neuilly aurait pu au moins décliner ce rectificatif avec la verve de Cyrano de Bergerac. Mais non, peu importe la littérature à celui qui aime tant jouer les voyous quand il prend d’assaut les chaines de télé. Pas de sérénade sous le balcon. Tout au canon pour bombarder sans ménagement l’indulgence supposée de son interlocutrice du soir envers le pouvoir.
 L’acharnement n’est pas gratuit : Sarkozy sait que la présentatrice est la tête de turc de ses fidèles les plus résolus persuadés qu’elle « est de gauche », et qu’elle « n’aime pas Nicolas ».
 Alors, à sa façon, il l’a livrée aux chiens.
 Des relances sans conviction
 Pauvre Claire Chazal... Tétanisée par l’agresseur, elle a rendu les armes sans combattre. Elle l’a laissé l’enfermer dans un rôle de passe-plats.
 L’impératrice du journal télévisé le plus regardé de France n’était plus qu’une supplétive condamnée à ponctuer les boniments mécaniques du vainqueur de la bataille de l’UMP de relances sans conviction aux allures de virgules radiophoniques placées entre deux réclames. Hier soir, Claire, c’était Maryse ou Julie, l’impertinence et la bonne humeur en moins.
 Sarkozy banal, convenu, normal
 Nicolas Sarkozy a donc fait son numéro qui donne l’impression au téléspectateur de revisionner pour la énième fois « Un jour sans fin« . Ah il n’était pas flamboyant… mais ce n’était pas le but. Lui qui prétend relever la fonction présidentielle mis à bas par le quinquennat Hollande était dans le registre du VRP que dans celui d’un sauveur. Tellement banal, tellement convenu, tellement normal.
 Et que dire de cette sidérante façon de se foutre du monde quand le héros prétend « rendre la parole aux militants », lui le prototype du leader solitaire qui a pensé la destruction du parti, seul, avec une poignée d’affidés.  Lui qui a toujours joué perso, soucieux de mettre une machine politique à sa main, au service de son propre destin.
 Lui qui – mais personne ne l’a vraiment remarqué – s’est contenté, une fois de plus, de grands shows d’autosatisfaction, dédaignant l’exercice de la rencontre avec les militants au plus près du terrain : il a laissé ça aux challengers, Bruno Le Maire et Hervé Mariton, qui, eux, ont multiplié les déplacements et les réunions des plus modestes.
 Ce serait presque une comédie distrayante
 La conception du militant selon Sarkozy est à géométrie variable : un élément pour faire masse à l’image en lui mettant un drapeau tricolore dans la main, à qui on octroie, à l’occasion, le droit de protester quand il n’est pas content.
Le nouveau président parviendrait presque à faire croire que ce serait de l’autogestion nouvelle formule quand son modèle est celui d’un populisme opportuniste dans lequel le chef laisse le bon peuple vociférer quand bon lui semble. Au besoin, on le stimulera pour orienter ses ardeurs, un jour contre Juppé, l’autre contre les juges, le troisième contre les journalistes etc. Ça ne vous rappelle rien ? .
 Si ce scénario n’était pas désespérant pour l’avenir du film politique, ce serait presque une comédie distrayante. Mais qui a envie de rire ?  Pas Claire Chazal qui, dans un ultime sursaut, a tout de même mis fin assez rapidement à son supplice. Mais pourquoi donc avait-t-elle accepté ce massacre annoncé ?
 Sur le web : UMP: que sait-on du programme économique de Nicolas Sarkozy
Édité par Rémy Demichelis  Auteur parrainé par Aude Baron
Note : j’avoue ne pas avoir regardé l’émission mais je fais confiance au chroniqueur de PLUS  pour relayer au plus près ce que les Téléspectateurs ont pu ressentir ?

sarkozy la france d'aprèsaex

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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