Sarkozy ou l’appel du vide

Charlie Hebdo – 03/12/2014 – Bernard Maris –
On avait tout imaginé, tout, sauf l’inimaginable : qu’il revienne ! Car, en 2012, ce n’était pas Hollande qu’on avait élu, c’est lui qu’on avait chassé !
IMAG0400On n’en pouvait plus de le voir s’agiter, de tintinnabuler de toutes ses montres et de tous ses bijoux sur le dring-dring des accords de sa chanteuse, de le voir changer sans arrêt d’avis, libéral un jour, bonapartiste le lendemain, souverainiste un troisième, européen le week-end, écolo affirmé (« la loi sur l’écotaxe est aussi importante que celle sur l’abolition de la peine de mort... »), anti-écolo viscéral (« l’écologie, ça commence à bien faire ! » « Vive le gaz de schiste !« ), populiste le matin, antidémocrate le soir (« Que de temps perdu avec ce référendum de 2005, vive le traité de Lisbonne« ); et que va-t-il nous sortir maintenant, au-delà de Guy Môquet, Jaurès, Péguy les cathédrales et les gaulois chevelus ? Abd- el-Krim, vous allez voir, le noble ennemi de la France, Averroès, pour racoler quelques voix de musulmans, Senghor le nègre qui a fait Normale… Qui encore ? Quelques femmes : Jeanne Hachette, Sainte Geneviève pour les cathos ? Blanche-Neige et Mimie Mathy pour le vaste électorat des nains ? 
Ne Va-t-il pas faire quelque bêtise ? Une intervention en Ukraine, l’abandon du français comme langue officielle ? Heureusement, il y a … Raffarin. Après son élection à la présidence de l’UMP, son premier rendez-vous est avec Raffarin Droit dans le mou. Raffarin nous rassure : il ne se passera rien. La droite sera toujours aussi nulle autour de Raffarin, l’édredon, le soufflé retombé, ouf. En 2002, Chirac est élu avec 80% des voix. Il a un boulevard devant lui. Tout est possible. Il choisit Raffarin et repart roupiller dans son coin. Chirac, le roi fainéant. Pas de souci si Sarko revient, Raffarin sera le leader idéologique et physique de la France. Le néant reprendra ses droits. Le vide triomphera urbi et orbi.
IMAG0397« Ici ce n’est pas ma maison, c’est la maison de la famille« , a lancé Sarkozy, en arrivant au siège de l’UMP. Avec seulement 34,5% des voix, alors qu’au début il en escomptait au moins 80%, il hérite seulement de l’indivision. C’est à dire de la division de la famille et de tous les problèmes de la maison. Une maison lourdement hypothéquée, avec pas moins de 74,5 millions de dettes et Bygmalion dans le buffet du salon. Et difficile pour Sarko d’incriminer le propriétaire précédent puisqu’il est lui-même le premier responsable de l’endettement de la maison qu’il entend « changer du sol au plafond » A commencer par son nom. De RPF en UNR, d’UDR en RPR et d’UMP, la technique consistant à changer de nom pour refaire la réputation de la maison est une tradition.
Comment reviendra-t-il ? En faisant le pari que Marine Le Pen sera qualifiée au second tour et que les français l’élimineront. Exactement le pari de la gauche. Frissonnons un peu, et si elle y arrivait ? La fille est beaucoup plus maligne que le père. Elle tient un discours que l’extrême gauche pourrait reprendre sur plusieurs points : les marchés financiers qui nous étouffent, l’abominable loi du commerce censé se réguler tout seul, les multinationales qui font des profits aberrants pendant que les PME disparaissent, les retraites chapeau de dirigeants d’entreprises issus des grandes écoles et qui pilotent des entreprises qu’ils n’ont jamais créées, les licenciements concomitants de profits boursiers (eh oui !). Elle reprend intégralement les idées de Mélenchon sur la politique de la mer (la France a le deuxième espace maritime du monde), plus quelques idées vertes (les Américains qui bousillent leur pays avec leur politique à très cours terme du gaz de schiste); une petite pincée de Michéa, avec le refus du court-termisme, d’Ellul et de Charbonneau avec les doutes sur le « progrès » et le refus du transhumanisme, cette idéologie qui lorgne vers « la vie éternelle » et le déménagement vers les étoiles à portée de main.
Heureusement, elle reprend les vielles lunes racistes de l’immigration, la préférence nationale, elle raconte la petite anecdote du Congolais recevant le prix Sakharov et décrétant qu’il entend rester maître chez lui au Congo… Et quoi… Un Congolais pourrait être patron chez lui et pas un français ? La gauche respire. Jamais elle ne lui donnera une voix.
Alors retour à la case départ. On avait tout imaginé, sauf l’inimaginable : que Sarkozy, l’apôtre du non-sens absolu, soit réélu.

A propos werdna01

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