Jean-Claude Guillebaud : un parti médiatique ?

TéléObs – Septembre 2014 – Jean-Claude Guillebaud –
« Le parti qui maintient l’ordre, c’est le parti médiatique »
imagesL5DQ4K76Le 19 octobre dernier, dans l’émission « On n’est pas couché », face à une Lea Salamé bouche bée, Jean-Luc Mélenchon assurait avec conviction que le parti dominant n’était plus ni la droite ni la gauche mais le « parti médiatique« . Revenons sur ce minuscule épisode. Grosso modo, Mélenchon a raison. Il existe bel et bien un « parti médiatique », et il gouverne l’air du temps. Encore faut-il s’entendre sur ce que représente au juste ce « parti ».
Proposons trois remarques
La première concerne ce que j’appellerais un mécanisme d’avalement. Sans forcément le vouloir, les médias ont « avalé » depuis longtemps les autres institutions sociales, et se sont substitués à elles : justice, économie, école, politique, etc. Cannibalisant tous ces relais, les médias ont pris le pas sur eux. Et plus fermement encore avec le concours des réseaux sociaux. Songeons à la manière dont nos politiques – ministres , élus, décideurs – rendent les armes aux médias, tout en affectant de s’en plaindre. En courant vers n’importe quel studio, ils acceptent de se plier à une logique (celle du spectacle) qui n’est pas du tout celle de la politique. Les malheureux sont croqués vifs !
La seconde remarque passe par une métaphore : celle du rhinocéros. Comme ce pesant animal, les médias ont l’habitude de se lancer ventre à terre dans un direction (sur un sujet ou contre untel), chacun imitant l’autre. La charge (disons la séquence) peut durer deux ou trois jours durant lesquels on ne parlera que du sujet ou du bonhomme en question. Puis, narines fumantes et curiosité épuisée, le rhinocéros se retournera et foncera vers une autre direction qui deviendra – l’espace d’un moment – « l’actualité qui compte ». La précédente étant déjà oubliée. Tout cela relève d’un phénomène bien connu des anthropologues : le mouvement de foules, lequel est tout sauf pensé et intelligent.

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Telle est finalement – troisième remarque – la faiblesse, voire l’infirmité du « parti médiatique ». Considéré collectivement, c’est-à-dire comme un simple processus, il n’a pas de convictions ni de point de vue réfléchi. Il n’a que des engouements fragiles, inconstants, superficiels. A titre individuel, bien sûr, les journalistes peuvent être habités par de vraies et respectables convictions politiques, philosophiques, littéraires. En revanche, la machinerie médiatique n’obéit, quant à elle, qu’à un cerveau reptilien. C’est le caractère rudimentaire de cet organe qui explique la stupidité du « politiquement correct », du panurgisme peureux, du recopiage et des réflexes de meute. Quand il désigne les médias comme un empire, Mélenchon oublie donc d’ajouter l’essentiel : cet empire est sans empereur ni dessein. C’est bien le problème.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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