Agression antisémite – L’antisémitisme, cette pathologie trop française : une « véritable pathologie sociale »

Edito LE MONDE | 08.12.2014
Président de la République, premier ministre, ministre de l’intérieur : les principaux responsables du pays ont employé les mots les plus forts pour qualifier l’agression antisémite commise, le 1er décembre, à Créteil (Val-de-Marne).
Un couple y a été séquestré, la jeune femme violée et leur appartement cambriolé par trois agresseurs qui, selon les enquêteurs, estimaient qu’« être juif signifiait qu’on avait de l’argent ».
« Quand il se passe de tels drames, de telles tragédies, ce n’est pas la famille simplement qui est blessée, agressée, c’est ce que la France porte de plus grand, de meilleur, qui est blessé, abîmé », a déclaré François Hollande. Lors d’un rassemblent, dimanche 7 décembre, à Créteil, le ministre de l’intérieur l’a dit haut et fort : « Ce crime n’est pas un simple fait divers, un acte lâche, crapuleux et antisémite. Derrière ce crime, il y a un mal qui ronge la République et que nous devons combattre à tout prix », car il relève d’une « véritable pathologie sociale », a martelé Bernard Cazeneuve. Dénonçant à nouveau ce « crime abominable », Manuel Valls a appelé, dimanche également, « toute la société » à « se mobiliser ».
Cette indignation est justifiée. Comme est légitime la volonté du gouvernement d’ériger la lutte contre le racisme et l’antisémistisme en « grande cause nationale ». N’en déplaise à la présidente du Front national, Marine Le Pen, qui, fidèle à elle-même, a dénoncé une « récupération (…) électoraliste » qui donne « un peu la nausée ».
Ce qui donne la nausée, au contraire, c’est la répétition sordide d’agressions ciblées, précises, perpétrées contre des victimes choisies pour ce qu’elles sont – de confession juive – et pour ce qu’elles sont donc supposées être – riches –, conformément à l’un des archétypes les plus ancestraux et tenaces de l’antisémitisme. La même logique, aussi absurde qu’odieuse, avait conduit le « gang des barbares », en 2006, à séquestrer, torturer et tuer Ilan Halimi, parce que juif, donc riche.
Au-delà de ces crimes, ce qui donne, ou devrait donner la nausée, c’est la multiplication d’agressions qui, au nom d’un antisionisme qui recycle à la sauce djihadiste un antisémitisme mortifère, prend pour cible la communauté juive : lors des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, commises par Mohammed Merah, lors de la tuerie du Musée juif de Bruxelles, commise en juin 2014 par un jeune Français, Mehdi Nemmouche, ou encore lors des violences commises cet été à Sarcelles, contre des lieux de culte ou des commerces juifs, au lendemain de manifestations de soutien aux Palestiniens de Gaza.
Banalisation des opinions et de la parole
Ce qui devrait donner la nausée, c’est la banalisation des opinions et de la parole antisémites – et, plus largement, xénophobes et racistes, dans la France d’aujourd’hui.
La Commission nationale consultative des droits de l’homme le relevait encore dans son rapport de 2014 : on assiste, depuis deux ou trois ans, à une baisse très sensible de la tolérance, à la fois à l’égard des musulmans, mais aussi des juifs. Le tout relayé sans freins ni frontières par les réseaux sociaux et Internet, et attisé par des idéologues d’extrême droite ou tel humoriste de boulevard. Dans une indifférence croissante.
Reste, pour le gouvernement, à joindre les actes à la parole. Et à faire la démonstration que la « grande cause nationale » de la lutte contre le racisme, déjà annoncée à plusieurs reprises ces derniers mois, est davantage qu’un vœu pieux.
En savoir plus sur : http://http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/12/08/l-antisemitisme-cette-pathologie- trop-francaise_4536643_3224.html#RiPumK61QbPcyokW.99

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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