Quand les Asso’s font le job de l’État

Siné Mensuel – décembre 2014 – Geoffrey Livolsi
Les associations, ce n’est pas seulement les amicales de pétanque… Elles sont en pointe sur la lutte contre la pauvreté, l’hébergement, l’urgence… Leur poids économique aussi est important : 10% des salariés du privé en France travaillent pour elles.
A défaut de « voir venir la croissance« , Hollande peut se réconforter en regardant les chiffres du secteur associatif. Avec un budget cumulé de 85 milliards d’euros, le secteur embauche près de 2 millions de salariés à temps plein ou à temps partiel. Il représente 3,2% du PIB. Mais derrière les chiffres positifs, la réalité est moins reluisante pour le gouvernement : la pauvreté explose et les associations pallient les carences de l’État. Le secteur associatif ayant été déclaré grande cause nationale en 2014, la France est, avec ses 1,3 million d’associations, le premier pays européen en termes de solidarité. Au total, 16 millions de français sont bénévoles dans au moins une association. Mais depuis 2008, la crise économique touche aussi ce secteur. Les associations d’action sociale, caritatives et d’insertion qui apportent une aide aux personnes défavorisées ou en difficulté représente plus de la moitié d’entre elles.
arton387Depuis les années 70, elles se substituent aux défections de l’État face à la paupérisation de la société. Des bataillons de bénévoles ont pris le relais d’un État providence amorphe aux finances rétrécies a chaque coupe budgétaire. Une démission des pouvoirs publics qui choque l’opinion publique. En 2009, au début de la crise économique, un sondage de l’institut CSA révélait que 68% des français faisait plus confiance aux associations qu’à l’État pour répondre aux difficultés économiques. Une reconnaissance qui est un constat d’échec. Aujourd’hui, la quasi-totalité des centres d’hébergement d’urgence, trois-quart des centres médicaux-sociaux privés sont gérés par les associations et un lit d’hôpital sur dix est mis à disposition par le secteur. Mais les associations elles-mêmes le crient : elles ne peuvent pas tout faire, renvoyant l’État à ses obligations. Pourtant, leur rôle social est devenu impressionnant : formation pour adultes, réinsertion, soutien scolaire, crèches, maisons de retraite, accès à la santé, à l’alimentation… la liste donne le vertige. L’État sous-traite ces missions aux associations.
Principal financeur du secteur associatif, les collectivités locales sont aujourd’hui menacées par la rigueur budgétaire et le désengagement de l’État. Depuis trois ans, les associations tirent la sonnette d’alarme. Entre 2009 et 2010, les conseils généraux et régionaux ont baissé de 30 à 40% leurs financements aux associations. Les plus touchées sont celles d’action sociale. Le projet de budget 2015 comme la réforme territoriale, ne devraient pas améliorer la situation. Avec 50 milliards d’économies prévues par le gouvernement, les aides aux collectivités seront drastiquement réduites. Pour les associations, le calcul est vite fait : 49% de leur budget annuel provient des financements publics. Reste que 80% des subventions ministérielles vont aujourd’hui à moins d’une centaine d’entre elles, soit 0,01% ! Pour Viviane Tchernonog, chercheuse au CNRS, seulement « 7% des associations reçoivent 70% des subventions publiques de l’État ou des collectivités locales« . Mais celles-ci sont aussi les principales employeuses du secteur. 
Selon le collectif des associations citoyennes qui manifestait début novembre devant l’Assemblée nationale, 240 000 emplois pourraient être supprimés d’ici 2017. Une hécatombe. Dès 2011, plus de 22 000 emplois avaient déjà été supprimés dans le monde associatif.  « La baisse des dotations aux collectivités locales va avoir des conséquences encore plus dramatiques« , déplore Thomas Lecolley, président du Collectif des associations citoyennes. Pourtant, la restructuration du secteur reste peu visible. Les premières victimes des coupes sont les associations de petite taille et peu médiatisées. « Il y a un effet de bipolarisation du monde associatif » poursuit Lecolley.
Mais le désarroi du secteur a une autre cause En 2010, François Fillon signe dans la plus grande discrétion une circulaire instaurant une libre concurrence pour les demandes d’aides publiques. « Les associations sont alors amenées à avoir une logique de profit, à rationaliser leurs coûts et à réduire le nombre de bénéficiaires de certaines aides. Aujourd’hui, on les met même en concurrence directe avec des entreprises privées« , dénonce encore Lecoley. Les associations, en exerçant une activité économique devraient devenir des entreprises comme les autres. 
Un rapport parlementaire, remis le 24 novembre, révèle « une marchandisation rampante, extrêmement préoccupante » pour un secteur dont la finalité est tournée vers l’intérêt général. Le président de cette commission, le député Front de gauche Alain Bocquet, souligne que les associations représentent 10% des emplois du privé : « C’est dire leur importance pour notre économie. » Ce rapport est sorti dans l’indifférence générale.
Et la circulaire Fillon n’a pas été modifiée par le gouvernement socialiste, malgré les promesses… un oubli de plus Ils sont terriblement distraits.

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Les bénévoles en chiffres : En dehors des salariés, 16 millions de bénévoles s’impliquent dans les associations. Loin de l’action sociale, ils évoluent plutôt dans le sport, la culture, les loisirs au sens large. Les bénévoles son tmajoritairement des femmes, 69%… Et les vieux réflexes machos ont la vie dure, car le chiffre s’inverse quand il s’agit des dirigeants d’associations : 69% d’hommes. Contrairement aux idées reçues, les retraités ne sont pas surreprésentés dans le monde associatif : 29% sur les 16 millions. Les jeunes ne constituent, eux, que 8% des bénévoles.

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