UMP – Derrière la provocation, une offense aux catholiques : Sarkozy installe une crèche au siège du parti …L’UMP crèche à droite toute, réduisant désormais sa vision de la laïcité

 L’Obs 18/12/2014 Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique
LE PLUS. Une crèche trône désormais au siège parisien de l’UMP. Offerte par Éric Ciotti à Nicolas Sarkozy, elle a aussitôt été installée par le président du parti dans le hall de l’immeuble. Dans un climat tendu sur l’installation des crèches dans les lieux publics, ce choix a valeur de symbole, explique Bruno Roger-Petit. Le message politique est clair : la guerre culturelle continue.

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Nicolas Sarkozy aux obsèques de Jacques Barrot à Paris, le 8 décembre 2014 (K. TRIBOUILLARD/AFP).
Nicolas Sarkozy est ravi, de la crèche il fait un combat politique. Comment interpréter différemment l’installation ostensible, et médiatisé, d’une crèche dans le hall d’entrée de l’UMP ?
 Surtout en en ces temps où règnent sur le « Grand journal » de Canal Plus les amis Robert Ménard (l’inventeur de la polémique sur les crèches dans les enceintes républicaines, avec le sénateur de Vendée Retailleau) et Natacha Polony débattant du cas de leur ami Éric Zemmour sous les yeux de l’ami Antoine de Caunes, à la ligne éditoriale désormais plus « Rock Around the Bunker » qu’« Enfants du rock ».
 Donc, une crèche (assez laide au demeurant) orne le hall d’entrée de l’UMP.
Un cadeau d’Éric Ciotti, dit-on, qui le tenait lui-même des habitants du petit village provençal de Luceram. Nicolas Sarkozy, en personne, aurait ordonné l’installation de cette crèche, qui est au yeux d’Éric Ciotti un « symbole culturel en ce moment de fête qui dépasse largement la religion et qui fait partie de notre culture ».
 Admirons la tautologie telle qu’on la pratique à l’UMP, où « le symbole culturel » « fait partie de la culture », puis tirons les conclusions politiques de l’affaire.
 La néo-laïcité, conçue comme une arme identitaire et culturelle
 L’UMP a choisi son camp. Ce sera le lepéno-zemmourisme. Contre l’étranger : la crèche. Contre l’athée : la crèche. Contre le libertin : la crèche. Contre l’agnostique : la crèche. Contre le musulman : la crèche. Contre le juif : la crèche. Contre la gauche : la crèche. Contre le progrès : la crèche. Contre l’école : la crèche. Contre tout ce qui est contre : la crèche.
 L’UMP crèche à droite toute, réduisant désormais sa vision de la laïcité à celle que développent, en parallèle, Éric Zemmour, Marine Le Pen et bien d’autres. La néo-laïcité, vue des droites, c’est la crèche contre tous les autres au nom de la défense de l’identité nationale, des racines judéo-chrétiennes de la France, du long manteau de cathédrales qui recouvre le pays, de la défense des allocations familiales, de la guerre culturelle.
 La néo-laïcité, conçue comme une arme identitaire et culturelle, est l’enfant de la Manif pour tous, du Front national et d’Éric Zemmour, c’est le terrifiant bébé éprouvette des droites extrêmes issu de la reproduction par PMA (politique médicalement aberrante) de ces courants réactionnaires agglomérés que Patrick Buisson a baptisé « populisme chrétien ».
 En clair, la promesse d’abrogation de la loi Taubira instaurant le mariage entre personnes de même sexe n’était pas seulement le fruit du clientélisme opportuniste sarkozyste, c’était une preuve, parmi d’autres, comme l’installation que cette crèche en atteste, que la ligne politique UMP s’inscrit dans le « populisme chrétien » théorisé par Buisson.
 Une crèche n’a pas sa place dans une mairie ou au siège d’un parti
 D’où le déguisement de la laïcité de Jaurès et Briand en néo-laïcité identitaire.  D’où cette guerre menée contre tous ceux qui ne sentent pas héritiers des « racines chrétiennes de la France » mais se réfèrent à l’esprit des Lumières, quand l’homme, redécouvrant les philosophes antiques, réapprit à penser librement.
 D’où ce sentiment d’assister à la résurgence d’un mouvement politique néo-maréchalisme, qui se caractérise par l’avènement d’une ligne de droite réactionnaire assise sur une vision archaïque et conservatrice du christianisme.
 Le plus cocasse, ou le plus tragique, selon les points de vue, c’est qu’en transformant les crèches en objet de combat politique, en instrument de guerre culturelle, les Robert Ménard, Nicolas Sarkozy, Éric Zemmour et autres Bruno Retailleau, loin d’honorer les chrétiens catholiques, piétinent l’idée que ces derniers se font de leur foi, et de sa dignité.
 Car les chrétiens catholiques qui sont aussi républicains et laïcs, ce qui n’est pas incompatible, savent que la place d’une crèche, hors sphère familiale, ce n’est pas dans une mairie ou au siège de l’UMP, c’est dans une Église, et nulle par ailleurs.
 Les croyants instrumentalisés au nom d’un combat politique
 On veut ici citer ce que l’un des ces chrétiens catholiques, républicain et laïc, écrivait sur ce sujet, quand la justice administrative décida de faire ôter une crèche installée dans les locaux du conseil général de Vendée :  « Prétendre qu’une crèche n’est qu’une ‘tradition populaire’, un ‘élément culturel’ voire ‘folklorique’, ce n’est pas simplement se moquer du monde, c’est faire œuvre de profanation. Profaner, c’est rendre profane ce qui est sacré. Or, une crèche, comme un crucifix, est une chose sacrée. C’est un objet de liturgie, de piété populaire et de catéchèse. Lorsque François d’Assise ‘invente’ la première crèche en 1223, à Greccio, ce n’est pas pour faire joli, mais pour replacer le Christ au centre de la foi.
 Que nous dit une crèche ? Elle nous dit que Dieu s’est fait homme et qu’il est venu habiter parmi nous. Elle remplit, au sens où l’entend Jean-Luc Marion, une fonction icônique : elle renvoie celui qui la regarde et la vénère au mystère de l’Incarnation. Elle est une théologie, à elle seule. Si, maintenant, l’on prétend, comme le font certains, que la représentation de la Nativité n’est pas ‘cultuelle’, mais ‘culturelle’, alors l’icône n’est plus qu’une idole. Et voilà que les chantres des ‘racines chrétiennes de la France’ se transforment soudain en ce qu’ils exècrent : des adorateurs du veau d’or… »
 La démonstration de l’auteur est limpide, et ne souffre pas de discussion. Rien n’est plus laïc que de laisser les crèches là où elles doivent être, dans des édifices religieux. Rien n’est moins républicain que d’instrumentaliser la dignité de croyants au nom d’un combat politique identitaire.
De ce qui précède, on tire la leçon que décidément, Nicolas Sarkozy, et Robert Ménard, et Éric Zemmour, et Bruno Retailleau, et tous ceux qui font de la crèche une arme de destruction culturelle massive ne respectent même pas ce qu’ils prétendent défendre. De petits César en vérité, qui ne rendent pas à Dieu ce qui doit lui être rendu.  On pense à Saint Augustin :  « Aboyer, solliciter au mal, tout cela est dans les moyens du diable ; mais il ne peut mordre que qui veut être mordu. »
 Édité par Sébastien Billard  Auteur parrainé par Aude Baron
 Note  – Quelle petitesse … Jusqu’où peut aller la médiocrité … ?Sarko bonnet d'âne

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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