Vatican – Pape François : Dans un discours d’une rare violence, le pape François a stigmatisé les maux dont souffre le gouvernement de l’Eglise

LE MONDE | 23.12.2014 |

La charge du pape François contre la curie romaine – Les 15 maux de la curie

Pour la curie romaine, le traditionnel échange de vœux avec le pape, à l’approche de Noël, s’est transformé cette année en séance d’admonestation. Figés sur leur siège, alignés dans la solennelle salle Clémentine du Vatican, lundi 22 décembre, cardinaux et évêques ont écouté François porter, pendant une demi-heure, la charge la plus incisive de son pontificat contre les maux dont souffre, selon lui, l’administration vaticane.
« Alzheimer spirituel », « schizophrénie existentielle », « pétrification mentale et spirituelle », « terrorisme du bavardage », « maladie du visage funèbre »… Comparant la curie à un corps, le pape a dressé un « catalogue » de quinze « maladies curiales » dont il discerne les symptômes parmi les fonctionnaires romains.
Pour chacune d’elles, il a ciselé des mots choisis pour frapper les esprits et pour stigmatiser. A travers elles, il a fustigé pêle-mêle le carriérisme, « l’arrogance », l’hypocrisie d’une « vie cachée et souvent dissolue », la recherche de « la vaine gloire », le « vide spirituel », la « médiocrité », la « médisance », les « meurtriers au sang-froid de la renommée des collègues », ceux qui se sentent « immortels » ou « indispensables »« La curie est appelée à s’améliorer », a finalement lancé le pontife argentin aux responsables de dicastères (l’équivalent des ministères), conseils, offices et autres tribunaux, car « de telles maladies et tentations sont naturellement un danger pour chaque chrétien et pour chaque curie, communauté, congrégation, paroisse, mouvement ecclésial ».

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A l’entrée de la salle Clémentine du palais du Vatican, lundi 22 décembre, où le pape François a délivré son discours annuel de vœux aux membres de la curie. | Andreas Solaro / AP
Examen de conscience
Cet examen de conscience, aimablement présenté par François comme destiné à « préparer son cœur à Noël » et au « sacrement de la réconciliation » (la confession), intervient dans un moment de forte tension à la tête de l’Eglise catholique. Lors de son élection, en mars 2013, le successeur de Benoît XVI a été mandaté par ses pairs cardinaux pour réformer une curie dont les dernières années du pontificat précédent ont montré à quel point elle était paralysée par les rivalités, peu efficace et gangrenée par les scandales financiers.
François s’y est attelé dès son installation. Avec son équipe, il a déjà fait le ménage dans les finances en réformant l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la banque du Vatican, réputée pour sa gestion opaque et soupçonnée de longue date de corruption et de blanchiment. Il a fait réaliser un audit externe de la gestion de la cité-Etat et a redessiné le pouvoir économique. La quasi-totalité des fonctions financières et économiques du Vatican ont changé de mains. Elles sont dorénavant supervisées par le cardinal australien George Pell, membre du conseil de neuf cardinaux (C9) représentant tous les continents – et divers courants de l’Eglise – dont s’est entouré le pape pour manœuvrer face à la curie et mener une réforme qui bousculera de nombreux prés carrés.
Cette réforme redécoupera de nombreux départements, réduira le nombre de cardinaux en poste dans l’administration centrale de l’Eglise catholique – un couple de laïcs pourrait être chargé de la famille, une religieuse des migrants. Dans un entretien au site Vatican Insider, l’archevêque de Tegucigalpa, Oscar Maradiaga, coordinateur du C9, a fixé l’objectif que la curie ne soit plus conçue comme « une cour papale » ni comme « un super-gouvernement centralisé de l’Eglise », mais comme une structure légère au « service du ministère du pape ». Présentée aux responsables de dicastères, la réorganisation a déjà braqué une partie de l’appareil curial. Celle-ci prend plus de temps que prévu. Elle devrait être soumise à un consistoire (réunion des cardinaux) en février, mais ne devrait pas aboutir avant 2016.
En réalité, l’ambition réformatrice du pape François va bien au-delà de la seule curie. Elle consiste à recomposer le pouvoir et la gouvernance au sein de l’Eglise en y faisant plus de place aux églises « locales » (nationales), aux laïcs, aux femmes. C’est pour cela que le discours prononcé lundi devant la curie dépasse largement l’administration vaticane et s’adresse à tous les clercs. François a d’ailleurs explicitement décrit lundi « la curie romaine comme un petit modèle d’Eglise ». Ce n’est pas la première fois que le pape jésuite dénonce avec des mots parfois très durs le cléricalisme comme une véritable menace mortelle pour l’Eglise. « Le peuple de Dieu veut des pasteurs et pas des fonctionnaires ou des clercs d’Etat », disait-il dans un entretien d’août 2013 aux revues culturelles jésuites. Ailleurs, il dénonce « les évêques d’aéroport » ou ceux « qui préfèrent être des généraux d’armées défaites plutôt que de simples soldats d’un escadron qui continue à combattre ».
Une curie restructurée et allégée irait de pair, aux yeux du pape, avec une décentralisation des lieux de décision dans l’Eglise. Dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, texte programmatique de son pontificat, il se prononce pour que les conférences épiscopales soient conçues « comme sujet d’attributions concrètes, y compris une certaine autorité doctrinale authentique ». « Une excessive centralisation, ajoute-il, au lieu de l’aider, complique la vie de l’Eglise et sa dynamique missionnaire. »
Redistribution du pouvoir
Le processus en cours du synode sur la famille illustre bien la profonde réforme qu’essaie d’insuffler François à l’Eglise catholique. Le 9 décembre, le Vatican a renvoyé aux épiscopats du monde entier un nouveau document pour préparer le nouveau synode d’octobre 2015. Le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode, l’a assorti d’une lettre dans laquelle il demande que les conférences épiscopales consultent « toutes les composantes des Eglises particulières », laïcs compris, « afin de promouvoir une large consultation de tout le peuple de Dieu sur la famille selon l’orientation synodale ». « Le pape essaie de mettre en œuvre une autre vision d’Eglise, où les laïcs sont partie prenante », analyse Monique Baujard, directrice du service national « famille et société » de la Conférence des évêques de France.
En dehors d’éventuelles inflexions sur tel ou tel aspect du mariage ou de la sexualité, c’est donc aussi cette redistribution du pouvoir dans l’Eglise qui est en jeu dans le nouveau synode. Pour la faire adopter, le pape a besoin d’entraîner et de mobiliser largement, au-delà des seuls ecclésiastiques. Les mois qui précèdent ce second synode seront importants. « Pour permettre la décentralisation voulue par le concile [Vatican II], il faut que tout le monde participe, que les baptisés s’impliquent », résume Michel Dubost, évêque d’Evry et auteur du Grand tournant. L’an I de la révolution du pape François (février 2014, Editions du Cerf, 240 pages, 24 euros). C’est l’enjeu de cette année.
Cécile Chambraud  Journaliste au Monde
Les 15 maux de la curie selon le pape François
Le Monde | 23.12.2014
Dans un discours prononcé le 22 décembre, le pape François a sévèrement critiqué le haut clergé, et plus particulièrement la curie, le gouvernement de l’Eglise. Il a notamment dressé un « catalogue » de quinze maladies qui menacent selon lui l’institution 
Les voici en détails :
Se croire immortel, immunisé ou indispensable.
Trop travailler.
S’endurcir spirituellement ou mentalement.
Trop planifier.
Travailler dans la confusion, sans coordination.
« L’Alzheimer spirituel ».
Céder à la rivalité ou à la vantardise.
La « schizophrénie existentielle » (recourir à une double vie pour combler sa vacuité spirituelle).
Le « terrorisme des ragots ».
Le carriérisme et l’opportunisme.
L’indifférence aux autres (par ruse ou jalousie).
Avoir un « visage funéraire » (pessimisme, sévérité dans les traits).
Vouloir toujours plus de biens matériels.
La formation de « cercles fermés » qui se veulent plus forts que l’ensemble.
La recherche du prestige (par la calomnie et la discréditation des autres).
Ce discours s’inscrit dans le cadre d’une vaste réforme du gouvernement de l’Eglise, initiée par le pape en avril 2013, peu après son élection.
Pour plus de précisions, lire : Le pape François impose un rythme accéléré de réformes (édition abonnés) et Le pape lance son « G8 » pour réformer le gouvernement de l’Eglise catholique

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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