Politique – Contre le populisme, l’exemple suédois : preuve de maturité !

LE MONDE | 29.12.2014
 Edito du Monde. Une fois de plus, la Suède donne l’exemple. Confrontés à la perpective d’une crise politique prolongée, les partis politiques traditionnels, de gauche à droite, ont décidé de s’unir pour permettre au gouvernement de fonctionner en neutralisant la capacité de nuisance parlementaire du parti populiste d’extrême droite.

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Conférence de presse des chefs de partis signataires de l' »accord de décembre » le 27 décembre à Stockholm. | Henrik Montgomery / AP
Cet « accord de décembre », conclu le lendemain de Noël à Stockholm, est doublement intéressant. D’abord par sa volonté d’assurer la stabilité du pays : l’accord englobe l’ensemble des partis dits « de gouvernement », c’est-à-dire ceux qui ont participé jusqu’ici à des coalitions gouvernementales sous une forme ou une autre, depuis les sociaux-démocrates jusqu’aux libéraux et chrétiens-démocrates, en passant par les Verts.
Les élections législatives de septembre avaient mis fin aux huit ans de règne d’une alliance de droite et de centre droit et avaient porté au gouvernement une coalition minoritaire de sociaux-démocrates et de Verts, qui avait recueilli 43,6 % des voix. Le nouveau premier ministre social-démocrate, Stefan Löfven, s’est cependant rapidement heurté au pouvoir de blocage des députés du parti d’extrême droite SD (Les Démocrates de Suède), qui, représentant 13 % des électeurs, ont décidé de voter contre tout projet de budget non accompagné d’une réduction de l’immigration.
Union sacrée de long terme
Le premier ministre a, dans un premier temps, choisi l’arme institutionnelle en convoquant des élections anticipées pour mars. Mais les sondages ont vite montré que ce nouveau scrutin, si près du précédent, ne ferait que figer la situation. Des négociations se sont donc engagées entre les partis pour faire bloc contre l’extrême droite. Elles ont abouti à cet accord à long terme, puisqu’il couvre deux législatures, jusqu’à 2022. Les élections anticipées sont annulées. Cette union sacrée, qui permet à M. Löfven de rester premier ministre et de garder son budget, porte sur trois autres domaines : la politique des retraites, la défense et l’énergie.
Le second mérite de cet accord exemplaire est d’offrir aux autres Européens, tous peu ou prou confrontés à la montée des partis populistes, de gauche ou de droite, un modèle de résistance. Nationaliste, partisan d’un référendum sur l’appartenance de la Suède à l’Union européenne (le pays n’est pas membre de la zone euro), le SD est surtout ouvertement hostile à l’immigration et réclame une baisse de 90 % du nombre de demandeurs d’asile accueillis. Fidèle à sa tradition, la Suède a ouvert grandes ses portes aux réfugiés syriens. Mais cette politique, soutenue par les principaux partis, de droite et de gauche, rencontre des résistances croissantes dans l’opinion publique.
Un récent sondage a révélé que le sentiment anti-immigration avait gagné une partie de l’électorat de la droite traditionnelle, comme en France et en Grande-Bretagne. Plutôt que d’épouser le discours de l’extrême droite sur ce sujet, la droite suédoise a choisi, elle, la stratégie inverse : s’unir avec les forces modérées de l’autre camp pour faire rempart contre le populisme.
Elle ne fera pas, pour autant, l’économie de l’indispensable débat sur l’immigration, en particulier lors du congrès du parti conservateur, en janvier. Mais l’accord de décembre permet au moins d’aborder ce débat en laissant le gouvernement gouverner, sans que le fonctionnement des institutions risque la paralysie. Puissent les dirigeants de nos partis politiques, en France, faire preuve d’autant de maturité !

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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