Pour une écologie de l’attention

Du magazine CLES – décembre 2014 – Patrice Van Eersel
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L’incroyable prophétie qui ouvre l’essai d’Yves Citton est d’autant plus déstabilisante qu’elle a commencé à se réaliser.
Le pitch : toi, lecteur ou lectrice qui achète ce livre, ou un magazine, tu as participé ce faisant à l’ancien monde, car danns le monde qui vient, c’est toi que les auteurs devront payer pour que tu les lises, écoutes, regardes. La précieuse rareté n’est en effet plus du côté du produit (nous croulons sous les infos, livres, vidéos, musiques, jeux, tweets…), mais du côté de notre temps, de notre disponibilité, de notre attention. En inaugurant l’ère de la gratuité pléthorique, Internet l’a officialisé : le vrai « bien » que l’on s’arrache désormais, c’est nous.
cerveau_525Cela révolutionne l’économie, et pas forcément dans un sens humaniste. La captation des attentions par la propagande, la pub et les médias (le fameux « temps de cerveau disponible » vendu par TF1 à Coca-Cola) peut conduire à une massification des individualités. La mutation appelle donc à une « écologie des attentions »  dont Citton, prof de littérature féru d’économie mais aussi d’art, pose les bases, en embrassant tout ce qui, dans le monde actuel, touche à l’attention et à l’inattention, réelle ou supposée : un enfant « inattentif » est souvent attentif à autre chose.
Ce livre, pas toujours facile, fait partie des incontournables. L' »économie de l’attention » explose depuis 1997. Le plus étonnant est que ses prémices remontent à des siècles. Dès l’invention de l’imprimerie et la multiplication des livres, des penseurs se sont dit : « Si je lis celui-ci, je n’aurai pas le temps de lire celui-là. Mon attention est donc précieuse. » Nos journées ne durent toujours que 24 heures, cela n’a pas changé. Mais ce que nous en faisons consciemment est devenu crucial.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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