Boostée par les technologies numériques, une soif de relations humaines porteuse d’une révolution

Site du magazine CLES – Interview de Stéphane Hugon /Sociologue par Valérie Urman
Stéphane Hugon

Illustration : Damien Vignaux pour CLES « Le modèle existant est en train de craquer » :
Boostée par les technologies numériques, notre soif de relations humaines est porteuse d’une révolution. Explications enthousiastes.
Sociologue, Stéphane Hugon observe à la loupe l’impact de la révolution numérique sur le lien social. Il voit dans les pratiques participatives un « formidable gisement de valeurs » pour transformer notre société…  
Quelle importance faut-il accorder à l’essor des pratiques participatives ?
C’est absolument central. Plus qu’une tendance, c’est une manifestation de la transformation profonde de notre société. Nous sommes au moment charnière où le modèle existant – issu du mouvement d’émancipation de l’individu né au XIXème siècle – se dévitalise et craque, tandis que l’appétence pour le partage émerge avec force, et de façon quasi pathologique parfois.
Pourquoi pathologique ?
Le besoin de collectif, de liens sociaux chargés de sens, se perçoit aussi bien dans le rapport à la propriété, au travail, à la citoyenneté… Mais la soif de partage, qui s’étanchait auparavant dans le cercle intime ou la spiritualité, est si forte qu’elle emprunte des canaux pas nécessairement adaptés, comme les espaces de consommation. On a observé que les clients baissent la voix en entrant dans la boutique Louis Vuitton sur les Champs-Elysées, comme s’ils pénétraient dans un sanctuaire.
C’est pourtant dans l’économie et la consommation que les pratiques collaboratives sont les plus dynamiques. Peuvent-elles transformer nos modes de vie ?
C’est même l’un des phénomènes qui peuvent changer le monde. Durant des siècles, le partage a existé sous la forme de solidarités de proximité. Le retour de cet impérieux besoin relationnel se synchronise aujourd’hui avec l’ère 2.0. Dans un contexte de crise interminable, l’horizontalité des liens qui caractérise Internet s’articule avec la remise en cause de l’autorité – des institutions, des partis politiques, des systèmes financiers et commerciaux conventionnels… Cette mise en doute brutale percute les cultures managériales, les modèles pyramidaux : après l’ère du patriarcat, on entre dans celle du fratriarcat. En couplant le besoin de collaboration horizontale à l’efficacité du numérique, on tient un formidable gisement de valeurs pour transformer nos organisations.
huge social icon set
La démocratie elle-même peut-elle s’en trouver transformée ?
Alors que notre système de représentation politique est à bout de souffle, cette dynamique est moins visible. Les partis politiques ne sont plus en phase avec l’imaginaire populaire, la rupture est bien plus grave qu’on ne le dit. Les jeunes voient bien qu’ils doivent contourner le système et tracer eux-mêmes des voies nouvelles pour prendre leur place, trouver du travail. Toutes les énergies collaboratives qui se déploient sous nos yeux remplacent les anciens rituels sociaux, ce par quoi la société retrouve son identité. En réinventant cette symbolique, on obtient de nouveaux modèles très stimulants. Car derrière l’efficacité utilitaire des plateformes collaboratives comme BlaBlaCar, il y a l’attraction du lien social.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.