Ukraine : le « niet » du Kremlin à l’Europe – L’insurrection armée ne durerait pas une semaine sans l’aide de Moscou.

Edito – Vladimir Poutine a en main les clés de l’affaire ukrainienne. Le président russe doit choisir : l’apaisement ou la poursuite du conflit et, dans la seconde hypothèse, le maintien des sanctions européennes pesant sur l’économie russe. C’est au Kremlin de décider, l’Union européenne suivra.
Pour l’heure, M. Poutine se refuse à faire un choix net : il donne des signes contradictoires, comme le montrent, dramatiquement, les événements des derniers jours.
Voilà une petite semaine que les combats ont repris dans l’est de l’Ukraine, entre les insurgés prorusses, d’un côté, et les forces de Kiev, de l’autre. Il s’agit de la bataille la plus intense depuis le cessez-le-feu conclu le 5 septembre 2014 à Minsk, en Biélorussie. Elle est d’autant plus tragique, absurde, qu’on se bat pour un aéroport en ruine, celui de la ville de Donetsk – une tour de contrôle effondrée depuis longtemps, un amas de ferraille et de verre éclaté en bord de pistes devenues inutilisables.
Qui croire ? L’armée ukrainienne affirme qu’elle n’a fait que répliquer à une offensive des insurgés de l’autoproclamée « République populaire » de Donetsk, dont les miliciens sont équipés de pied en cap, armés, entraînés et, sans doute, encadrés par Moscou. Les rebelles prorusses jurent que leur avancée n’a eu pour objet que d’assurer leur maintien sur la ligne de cessez-le-feu de septembre. En un an, les combats en Ukraine ont déjà fait 4 800 morts.
FedericaMogherini-300x200Coïncidence, le conseil des ministres des affaires européennes examinait, lundi 19 janvier à Bruxelles, un « document de travail » élaboré par Federica Mogherini, la haute représentante européenne chargée des affaires internationales. Avec raison, Mme Mogherini suggère de distinguer entre les sanctions prises à la suite de l’annexion de la Crimée par Moscou et celles concernant l’aide que le Kremlin apporte aux rebelles de l’Est ukrainien. En clair, ces dernières doivent pouvoir être levées progressivement si M. Poutine ramène les insurgés à la raison, ce dont il a, amplement, les moyens.
Mme Mogherini pointe les avantages et la nécessité de la reprise d’un dialogue sérieux avec Moscou, lequel doit pouvoir permettre un règlement de l’affaire ukrainienne. Sa démarche est positive et intelligente, même si elle a été jugée naïve par quelques-uns – la Pologne, la Lituanie, la Grande-Bretagne. Rien ne se fera sans la Russie, dit justement le « document de travail ». Seulement voilà, c’est le Kremlin qui, d’une certaine façon, a torpillé l’initiative Mogherini.
Pour que celle-ci ait une chance de prendre corps, il aurait fallu que M. Poutine saisisse l’occasion, ordonne à son obligée, la « République de Donetsk », d’observer un maximum de retenue dans l’affaire de l’aéroport, bref manifeste une volonté d’apaisement. Au lieu de quoi, jamais les insurgés n’ont paru aussi décidés à se battre, aussi bien réapprovisionnés en armes lourdes et équipés en blindés, bref aussi incités, par le Kremlin, à l’affrontement armé.
sosie-CHIEN-vladimir-poutineLes rebelles de l’est de l’Ukraine ont des griefs locaux sérieux et des raisons de se méfier de Kiev, qui a rarement fait de geste intelligent à leur adresse. Mais l’insurrection armée ne durerait pas une semaine sans l’aide de Moscou. Le plus dur pour Federica Mogherini, ce ne sont pas les réserves de certains des Vingt-Huit, c’est la fin de non-recevoir que lui a adressée le président Vladimir Poutine – qu’on aurait pu espérer plus constructifs, au minimum.
LE MONDE 21.01.2015

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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