On en reparle – Sarkozy au JT de Pujadas sur France 2 : L’attaque en rase-mottes , un match nul, vraiment nul, qui mérite les sifflets

 L’Obs 22-01-2015 Par Olivier Picard Chroniqueur politique

 Décidément, c’était les soldes. Le VRP Sarkozy était venu pour refourguer sa vieille marchandise en stock.

LE PLUS. Mercredi 21 janvier, Nicolas Sarkozy était l’invité de David Pujadas au JT de France 2. L’ex-président aurait-il perdu du poil de la bête ? C’est l’avis de notre chroniqueur Olivier Picard. Dans un mauvais jour, confus et hypocrite, le président de l’UMP a complètement raté sa prestation. Le présentateur, lui, n’était pas meilleur. Peut-être aurait-il mieux fallu décliner l’invitation…
Sur scène comme sur le petit écran, il y a des duos de légende. Et quand ils ratent leur numéro, le public grave dans sa mémoire ces minutes de plantage absolu.
 Dans cette catégorie, le 20 heures de France 2 de ce mercredi 21 janvier a offert au téléspectateur un modèle du genre. Ou plutôt un anti-modèle : l’interview ratée.
  L’attaque en rase-mottes de Sarkozy
 Sarko K oLe face-à-face Pujadas-Sarkozy se classe très haut au hit-parade des plus mauvais sketches du feuilleton politique. Un match nul, vraiment nul, qui mérite les sifflets. Les deux joueurs étaient-ils à ce point déconcentrés pour livrer une prestation aussi dévalorisante pour l’un comme pour l’autre ?  Remboursez
On se demande pourquoi l’ancien président de la République a appelé les dirigeants du pays à être « à la hauteur de la complexité » de la situation. Lui a délibérément opté pour l’attaque en rase-mottes.
 « Sur les deux dernières années nous sommes passés de quelques djihadistes à plusieurs centaines ». Boum ! Comment rendre plus grossièrement son successeur responsable de la situation ? Heureusement qu’il nous a précisé : « Je ne dis pas ça pour faire de la polémique.« 
  Pas à la hauteur des circonstances
 En toute logique, le présentateur vedette de la 2 aurait dû faire remarquer à son invité le léger décalage entre sa profession de foi initiale et le skud qu’il venait de balancer dans le jardin de l’Élysée. Mais non : il l’a laissé faire son numéro de camelot sans faire remarquer l’arnaque.
 Ok, l’ancien chef de l’État avait bien le droit de disposer d’un peu de temps sans interruption pour dérouler son argumentaire mais au fond l’excessive courtoisie de Pujadas ne lui a pas rendu service. On a vu ce pauvre Sarkozy se vautrer tout seul devant des millions de téléspectateurs. Oui, avouons-le, on s’est senti presque gêné de le voir se prendre les pieds dans le tapis qu’il essayait maladroitement de vendre.
 Dans un mauvais jour, décidément, celui qui commença sa carrière comme vendeur de fleurs à Neuilly s’est embarqué dans une démonstration fumeuse sur la nécessité de rétablir les heures supplémentaires dans la police et les services de renseignement. Pas idiot, évidemment, mais pas vraiment « à la hauteur » des circonstances.
S’était-il trompé de plateau et de case horaire ? Ce n’était plus « DPDA « au 20 heures mais « Master chef » où le candidat venait livrer en direct sa recette pour réussir le soufflé compliqué de la déradicalisation des banlieues.
 Auto-promo et vieille marchandise
 Pour suivre, il fallait de quoi noter dans une main et une calculette dans l’autre pour arriver au nombre magique de 4.000 postes « équivalent temps plein » (notez la précision de la suggestion) « immédiatement » disponibles. Oui, mesdames et messieurs, vous m’avez bien entendu : « Immédiatement ! »  En face, un Pujadas perdu dans cette compta indigeste semblait déjà ailleurs : « Alors, ces autres mesures? »
 Et là, l’ancien chef de l’État s’est lancé dans une auto-promo enfumeuse de la décennie 2002-2011 marquée selon lui par la création de « 1.700 postes » dans la police avant de demander gravement : « Qu’est-ce que l’islam est prêt à faire pour s’intégrer dans la République ? »
 Dans son registre, je pose une question pour avancer une réponse déjà prête, il a des idées à lui suggérer. « Habiliter » les imams, créer des centres de déradicalisation, créer une peine de sûreté s’ajoutant à la peine de prison… Rien que du neuf.
 Décidément, hier soir, c’était les soldes. Le VRP Sarkozy était venu pour refourguer sa vieille marchandise en stock.
 Pujadas fait l’insolent
Étouffé entre un Hollande requinqué et une Marine Le Pen dopée par le vivifiant climat anti-immigration, il n’était pas en forme, Sarko. Ça arrive. Alors Pujadas, histoire de réchauffer un peu l’ambiance, lui a sorti de derrière les fagots « une image qui va vous amuser » (sic). Avec Patrick Sébastien ?
 Non, le 11 janvier, ce jour poilant où dans une joyeuse manif, on a vu un ex-président jouer des coudes pour être au premier rang avec les grands. C’est fou ce qu’on se marre, vu que les internautes repassent en boucle la séquence (en version détournée) sur les réseaux sociaux depuis… 10 jours. Ouh là là, quel insolent ce Pujadas ! Il nous avait caché que c’était un marrant.
 L’autre n’avait pas envie de rigoler. Pas envie de cette « mousse » de « politicaille ». Alors, plongeant dessous pour atteindre les profondeurs de la réflexion immuable, il a demandé qu’on l’écoute parce qu’il y a « le risque que ça recommence très fort » (le terrorisme).
 Pour le grand poète de le rue de Miromesnil « peur » rime avec « hauteur ». Au moins, Pujadas s’est montré charitable. Il a rapidement mis fin au supplice en passant à autre chose.
 La vraie terreur, pour son invité du soir.
 Édité par Louise Auvitu  Auteur parrainé par Aude Baron

Sur le web : Valls à Sarkozy: « il faut être grand, pas petit »

 Pujadas face à Sarkozy sur France 2 : le journaliste a commis une faute professionnelle
L’Obs 22-01-2015 Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique EXTRAITS
Un renoncement au journalisme
 LE PLUS. Nicolas Sarkozy était l’invité du 20 heures de France 2, mercredi 21 janvier. L’ancien chef de l’État y a listé quelques propositions pour lutter contre le terrorisme. Mais c’est la prestation de David Pujadas qui a retenu l’attention de notre chroniqueur Bruno Roger-Petit. Le présentateur de France 2 n’a pas fait honneur au journalisme et à l’interview politique, explique-t-il.
Contemplant l’entrevue Nicolas Sarkozy/David Pujadas, on a longtemps cru que France 2 avait décidé de rediffuser un journal télévisé de 2007. Ou 2008. Ou 2009. Ou 2010, 2011, 2012…
pujadas Sans les « questions » posées, en rapport avec l’actualité, on pouvait se méprendre, tant on avait le sentiment de renouer avec les interviews de complaisance qui sont la marque de fabrique journalistique de David Pujadas dès qu’il se retrouve face à Nicolas Sarkozy.
À quoi reconnait-on l’interview de complaisance, celui qui exhale la connivence et la révérence à chaque question posée ? En ce que les questions commencent le plus souvent par : « Que pensez-vous de », « Quel est votre regard sur… », « Comment jugez-vous ? »…
 …
Le procédé est vieux comme le monde. On pose une question qui permet à l’interviewé de dire ce qu’il a envie de dire. L’important n’est pas de chercher une vérité, mais d’offrir à l’interlocuteur l’occasion de délivrer la sienne. Et tant pis s’il ment, on n’est pas là pour corriger, on est à la télé publique.
 …
Pujadas ne fait pas son travail
« On pourrait vous répondre que pendant votre quinquennat, le nombre de personnels de police et de gendarmerie avait diminué… »

pinochio sarko

Mais Sarkozy l’interrompt aussitôt : « C’est faux ! C’est totalement faux ! » Et Pujadas se tait. Et Pujadas laisse Sarkozy mentir (car Sarkozy ment). Et Pujadas ne fait pas son travail. Et Pujadas se moque de l’actionnaire téléspectateur qui lui paye son salaire pour le voir abimer le métier de journaliste.
Un renoncement au journalisme
Tout le reste de l’entretien procède de la même mécanique. Pujadas ne pose pas de questions, il évoque. Et Sarkozy se promène. En toute liberté.
 Et Pujadas sert encore la soupe à Sarkozy en le lançant sur Manuel Valls qui a parlé d’un « Apartheid social ». Et Sarkozy démonte Valls : « Je suis consterné par ces propos ». Et Pujadas fait « oui-oui » de la tête. Et le Sarko-Show continue, comme en 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012... Et le téléspectateur est témoin du naufrage de Pujadas, de son renoncement au journalisme, de la connivence, de la révérence.
Un sidérant spectacle
Comment s’étonner que le JT de la deux soit de moins en moins regardé par les moins de 57 ans, gavés au fact-checking ? Ce n’est plus une interview que livre Pujadas, c’est une faute professionnelle doublée d’un accident industriel.
 Dans un tel contexte, même la question, posée avec un luxe infini de précautions, sur le comportement de Nicolas Sarkozy lors de la marche républicaine, parait taillée sur mesure pour offrir à l’ancien président l’opportunité de livrer l’un de ses numéros les plus classiques, la fausse victimisation en milieu médiatique faussement hostile :  « Ce n’est pas une question digne des enjeux, je ne m’abaisserai pas à cela. »
 Comme s’il fallait faire semblant, au moins un instant, de mettre en difficulté l’invité, tout en acceptant une ultime humiliation pour qu’il puisse encore mieux briller.
Pour lire l’intégral

Sarko bonnet d'âne

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans chronique, Débats Idées Points de vue, Médias, Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.