La Grèce, condamnée à une pénitence sans fin

Alors que l’économie est sinistrée, les citoyens grecs sont appelés aux urnes dimanche 25 janvier. Avant cette échéance électorale, retour sur les conséquences sociales de la politique d’austérité drastique imposée par la troïka à la Grèce.

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« ENOIKIAZETAI » (à vendre). A Athènes, ces affiches recouvrent les devantures d’immeubles, de maisons, de commerces, les ateliers… Comme si c’était la grande braderie. Entre 2010 et aujourd’hui, plus de 250 000 petites et moyennes entreprises de moins de 10 salariés, ont fermé. Elles représentaient le tissu économique traditionnel grec. Autant de devantures fermées et condamnées qui symbolisent le marasme économique grec. Comment en est-on arrivé là ?
En cause, les politiques d’austérité menées depuis 2010 en échange des prêts internationaux. C’est en effet en octobre 2009 que la réalité de la dette publique grecque a été découverte, provoquant une violente spéculation. Pour éviter la faillite, la troïka, regroupant le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne et la Banque centrale européenne (BCE), a consenti à la Grèce un premier prêt de 110 milliards d’euros en mai 2010.
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D’autres suivront, mais toujours avec les mêmes conditions, empreintes de la logique des ajustements structurels : baisses des salaires des fonctionnaires et suppressions des primes annuelles, casse des conventions collectives au profit de contrats individuels, hausses de TVA et introduction de nouveaux impôts, privatisations… Le salaire minimum national a été réduit, passant de 751 euros brut à 580 euros (- 22 %), et même à 511 euros pour les moins de 25 ans. Selon un rapport de la Fédération des ligues des droits de l’homme, ce niveau se situe désormais sous le seuil de pauvreté et viole le droit européen.
Résultat, de 557 000 en janvier 2010, le nombre de chômeurs a grimpé jusqu’à 1 350 000 personnes fin 2013 et il touchait encore 1 240 000 personnes en septembre dernier (soit plus du quart de la population active).

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Avec la crise, la mendicité est de plus en plus présente dans les rues de la capitale.

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Les habitations privées se dégradent considérablement. Les propriétaires n’ont parfois même pas les moyens de terminer les constructions qu’ils avaient entamées. En banlieue d’Athènes, la crise du logement est préoccupante.

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De nombreux Grecs, âgés, maintiennent en activité leur petit commerce pour essayer de survivre.
Certaines personnes âgées vivent dans des containers mis à disposition par la municipalité.

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Les retraites, diminuées à huit reprises depuis 2010, ont été réduites pratiquement de moitié.
« Dites aux Français que nous avons faim »
Fin octobre, le Secours populaire français est parti à Athènes et à Patras pour y organiser une distribution alimentaire. « Alerté par notre partenaire grec, l’association Solidarité populaire, nous avons décidé d’intervenir en Grèce en distribuant 120 tonnes de nourriture à des personnes victimes de la faim, précise Julien Lauprêtre, le président du Secours Populaire Français. La situation de nos amis grecs nous inquiète beaucoup. »
En quatre jours de mission, le Secours populaire français a pu prendre la mesure des conséquences sociales de l’austérité. Que ce soit en banlieue d’Athènes ou à Patras, des dizaines de Grecs se sont précipités aux distributions et activités organisées. Leurs mots se ressemblent : « dites aux Français que nous avons faim », « nous avons le ventre vide ! », « c’est terrible : je ne peux plus donner à manger à mes enfants »

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A Nea Ionia, à quelques stations de métro de l’Acropole, Elefheria, 22 ans, et Antonis, 23 ans, sont venus avec leur bébé, Adriani, dix mois. « Comment allons-nous pouvoir la nourrir ? », s’inquiète sa mère. « J’ai eu un problème de santé pendant la grossesse et ai été poussée à démissionner. Depuis, je n’ai plus de travail et pas d’allocation. » Eleftheria fait désormais partie des chômeurs longue durée dont les rangs ne cessent de grossir en Grèce. Actuellement, plus de 70 % des presque 1,3 million de chômeurs sont privés d’emploi depuis un an et la moitié depuis plus de deux ans.
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Gabriela (ci-dessus), bénévole à Solidarité populaire, en sait quelque chose. « J’ai une pension confortable car toute ma vie, j’ai travaillé à la banque de Grèce », précise-t-elle. Avant d’ajouter : « Mais elle est moitié moins que ce que j’escomptais avant les memorandums ; quant à mon mari, il ne perçoit que 400 euros par mois. Nous sommes obligés de soutenir financièrement nos enfants qui, sans nous, ne pourraient pas s’en sortir. » « Aujourd’hui, c’est moi qui viens aider, mais demain, c’est peut-être moi qui serait aidée », explique-t-elle.

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« Il n’y a plus de travail ici ! », témoigne Vassiliki Iachali (ci-dessus). Avant, elle était couturière, à Patras. « A partir de 1987, je n’ai plus eu d’emploi fixe. Maintenant, je n’ai plus rien du tout », dit-elle en quittant la distribution alimentaire, deux sacs dans les mains. Son fils ajoute : « Quand j’étais plus jeune, je travaillais dans un café. Cette année, personne n’a embauché. Qu’est-ce qu’on va devenir ? »
Quelques chiffres clés
Taux de chômage : 27,8% (femmes : 31,4%)
Taux de chômage des jeunes : 56,7% (femmes : 61,5%)
Près de 90% des chômeurs ne perçoivent aucune indemnité ni aide sociale (il n’existe pas de revenu minimum en Grèce)
Le « risque de pauvreté ou d’exclusion sociale » frappe 3,9 millions d’habitants, soit près de 35% de la population.
950 millions d’euros : c’est le besoin de financement pour payer les retraites en 2016.
Sources : INE-GSEE
Il y aussi aujourd’hui un véritable « terrorisme économique » qui  frappe et maltraite un grand nombre de victimes innocentes…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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