Mal-logement : constat « douloureux » de la fondation Abbé Pierre

Sud-Ouest – 04/02/2105
Près de dix millions de personnes sont en situation de fragilité par rapport au logement en France : la fondation Abbé Pierre tire la sonnette d’alarme
Mal-logement : constat "douloureux" de la fondation Abbé Pierre61 ans après l’appel de l’Abbé Pierre, 3,5 millions de français sont « mal-logés au sens strict » : sdf, logements insalubres, logements précaires… © Photo / Illustration AFP BERTRAND GUAY

 
« Ce qu’il y a de scandaleux dans le scandale c’est qu’on s’y habitue » a écrit Simone de Beauvoir. Cette maxime prend ici toute sa résonance en ce jour de publication du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre.  Chaque année l’association tire la sonnette d’alarme en dénonçant le caractère inquiétant et structurel de la crise du logement dans notre pays. Chaque année elle avance des propositions qui sont aussitôt remisées au placard par les gouvernements en place sous le poids des lobbys et des injonctions d’austérité. Pourtant les chiffres sont alarmants.
Des centaines de milliers de ménages « aux portes du logement », une situation qui s’aggrave et des dispositifs d’aide défaillants et saturés : la Fondation Abbé Pierre fait un constat « douloureux » du mal-logement en France, dans son 20e rapport annuel rendu public mardi. Revenant sur 20 ans de politique du logement, ce rapport, présenté à Paris en présence de 2.000 personnes dont la ministre du Logement Sylvia Pinel, note que la crise frappe toujours aussi violemment les familles et laisse « aux portes du logement » de plus en plus de gens.
Thierry Kuhn, le président d’Emmaüs France, alarme quant à la situation de mal-logement en France. Le 3 Février 2015.© Photo AFP JOEL SAGET
Les chiffres en attestent
En France, près de dix millions de personnes sont en situation de fragilité par rapport au logement, dont 3,5 millions mal-logés au sens strict (sans domicile, en chambre d’hôtel, en camping, dans des abris de fortune, des logements insalubres ou dans des conditions de logement très difficiles).
Les expulsions n’ont pas fléchi. En 2013, 120.000 décisions d’expulsion pour impayés ont été rendues.
Zahra, 52 ans, est dans ce cas, menacée d’expulsion d’un deux-pièces de 55 m2 qu’elle occupe avec ses quatre enfants pour des dettes de loyer. Cette illustratrice-plasticienne indépendante « n’arrive plus à joindre les deux bouts » depuis que son ex-mari, qui versait une pension alimentaire mensuelle de 2.700 euros, est brutalement décédé. « C’est la chute libre », dit-elle, en sursis jusqu’à la fin de la trêve hivernale.
« Les dispositifs d’aide ne sont plus adaptés et se sont engorgés »
La situation s’est aggravée également pour les SDF, dont le nombre a augmenté de 50% en dix ans, pour atteindre 141.500 personnes en 2012.  Et les profils se sont diversifiés: outre les familles, dont le nombre a bondi, on retrouve de plus en plus de jeunes à la rue, des demandeurs d’asiles, et des malades psychiatriques.
Sur 355.000 demandes de places pour SDF formulées durant l’hiver 2013/14, seules 140.000 ont été attribuées.
« Les dispositifs d’aide ne sont plus adaptés et se sont engorgés », a expliqué Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation.
Ainsi 1,8 million de ménages attendent un logement social, alors que seulement 450.000 sont attribués chaque année.
Les familles sans domicile, en priorité hébergées à l’hôtel, se retrouvent aussi à la rue, car le dispositif, très coûteux et inadapté, arrive à saturation.
Une situation reconnue par la ministre du Logement, qui a annoncé mardi « un plan de réduction des nuitées hôtelières », pour créer « 13.000 places de solutions plus pérennes » pour ces familles, via une réorientation des crédits.
Mal-logement, asphyxie des structures d’hébergement, explosion de la précarité… les maux sont connus, les solutions aussi. Nous n’accepterons jamais le scandale. Il faut investir massivement dans le logement social, revenir sur les milliards d’euros de niches fiscales qui nourrissent la spéculation immobilière, rendre plus contraignante la loi SRU et aider les maires bâtisseurs. Encadrer les loyers et assurer le financement des structures d’hébergement d’urgence. Il faut instaurer un service public du logement et relancer la construction pour atteindre 500 000 logements nouveaux par an. Cette ambition est tout à fait réalisable, elle doit être au cœur du projet politique.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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