Nicolas Sarkozy, le déserteur a encore trahi l’UMP

L’Obs le 05-02-2015 Par Thierry de Cabarrus Chroniqueur politique

Nicolas Sarkozy était à Abou Dhabi, loin du « ni-ni » :

anoplus thierry CLE PLUS. Au lendemain de la débâcle de l’UMP à la législative partielle du Doubs, Nicolas Sarkozy s’est rendu à Abu Dhabi. Il y donnait une conférence rémunérée. C’est ce que révèle le magazine « Marianne ». Pour Thierry de Cabarrus, cet abandon est scandaleux et constitue un nouveau faux-pas pour le président de l’UMP.
C’est tellement incroyable, tellement grotesque, tellement scandaleux qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’un « fake » du site satirique le Gorafi. Pourtant, non, il ne s’agit pas là d’une rumeur destinée à nuire à Nicolas Sarkozy qui est assez grand pour se décrédibiliser tout seul.
 Voilà donc que le tout nouveau président de l’UMP, celui qui prétend faire renaître le parti de ses cendres par la magie de son leadership et de son investissement personnel, qui, à la première occasion, prend la tangente, et au moment où ses lieutenants et ses militants ont le plus besoin de lui !
 Comme le révèle l’hebdomadaire « Marianne » , alors que l’UMP se déchirait entre partisans du « ni-ni » et tenants du « Front républicain » après l’élimination de son candidat à la législative partielle du Doubs, Nicolas Sarkozy,  quant à lui, attiré par l’appât du gain, s’envolait pour Abu Dhabi où l’attendait une conférence grassement rémunérée.
 L’UMP en plein chaos
 Invité ce lundi 2 février par le cheikh Mansour et le fonds souverain IPIC selon un agenda sans doute établi depuis fort longtemps par la demi-sœur de son épouse Carla (rémunérée, on s’en souvient, avec l’argent des contribuables), Nicolas Sarkozy n’a pas eu le courage d’annuler ce qu’on pourrait appeler vulgairement un « ménage », alors que son parti l’appelait au secours.
 Pourtant, l’UMP était en plein chaos, et ses leaders avaient la gueule de bois après l’éviction de son candidat, le premier échec après un sans faute de 13 élections de la droite et du centre. Nicolas Sarkozy aurait dû se sentir concerné au premier chef, c’est le cas de le dire, puisque les commentateurs n’ont pas manqué (moi y compris) de lui attribuer la paternité de cette spectaculaire défaite.
 Eh bien pas du tout, le nouveau président de l’UMP n’a pas cru bon s’asseoir sur un chèque (autour de 100.000 euros, comme d’habitude ?) pour étouffer tout de suite un incendie de sa maison qui n’allait pas manquer, en son absence, de la ravager de fond en comble.
 En l’absence du chat, les souris…
 J’imagine que chacun devait savoir, parmi les ténors de l’UMP, que le patron avait d’autres chats à fouetter loin de France et que cela n’a pas manqué de réveiller les tensions internes, les rivalités et les egos.  Et ce n’est pas étonnant si l’on a vu, parmi les premiers, s’opposer ceux qui, quelques semaines plus tôt, s’étaient chamaillés comme des gamins pour la taille de leur bureau et si Nathalie Kosciusko-Morizet, la numéro 2 de l’UMP a brandi l’oriflamme du « Front républicain » sous le nez d’un Laurent Wauquiez qui, lui, agitait le drapeau du « Ni-ni ».
 Les souris pouvaient danser à leur aise puisque le chat n’était pas là.

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 On dira ce qu’on voudra, mais à l’évidence, Nicolas Sarkozy a non seulement commis une erreur, puisqu’il a vendu sa crédibilité de chef pour un plat de lentilles à 100.000 euros, mais aussi et surtout, une faute politique. Car chacun s’était bien rendu compte que l’ancien président de la République n’avait pas beaucoup d’appétit pour le poste de président de parti et que s’il l’avait convoité, puis arraché à un Bruno Le Maire qui aurait sans doute fait l’affaire avec davantage d’assiduité et de conviction, c’était par pur opportunisme, en espérant ainsi se remettre dans la course de l’Élysée en 2017.
 Il veut tout, tout de suite
61364502 Or, au lieu de lever les doutes et de faire taire les mauvaises langues sur cette absence d’appétit, Nicolas Sarkozy vient de leur donner définitivement raison. Nicolas Sarkozy est ainsi fait qu’il veut tout, absolument tout, et surtout sans attendre. Il veut à la fois être le futur sauveur de la France qui libérera le pays de la médiocrité du pouvoir socialiste, et le petit politicien qui entend marquer à la culotte tous ceux qui prétendent exister sans lui, les Juppé et autres Fillon.
 Il veut bénéficier de son statut doré d’ancien président de la République financièrement rémunéré par l’État et donc par les Français, mais également, jouir du statut de premier chef de l’opposition, à la tête d’un grand parti politique, et à ce titre, rivaliser en permanence avec François Hollande.
 Et comme si cela ne suffisait pas, il veut aussi « faire du fric », comme il l’avait annoncé avant même sa défaite de 2012 : « faire du fric » au sein de son cabinet d’avocat (dont son associé est aujourd’hui mis en examen), mais aussi « faire du fric » en multipliant les conférences rémunérées à travers la planète.
 C’est le troisième échec
 Nicolas Sarkozy refuse d’entendre tous ceux qui, parmi ses adversaires comme parmi ses amis, lui demandent de choisir entre toutes ces casquettes histoire de ne pas nuire à cette droite qu’il prétend aujourd’hui diriger. Mais non, il veut tout faire en même temps et ce n’est pas étonnant s’il ne parvient pas à le faire correctement.
 Après la séquence calamiteuse des attentats et de la Marche républicaine où il s’est comporté en petit politicien minable quand on attendait de lui le respect de l’unité nationale, voici donc deux nouveaux avertissements pour Nicolas Sarkozy : 4Pismestrovic
 – Il y a eu d’abord l’échec de l’élection partielle du Doubs dont il est à l’évidence seul responsable, même s’il tente d’en rejeter la responsabilité sur le triumvirat qui aurait désigné un mauvais candidat.
 – Mais il y a aussi cette incroyable cacophonie à l’UMP autour du « ni-ni » et du « Front républicain ». Là encore, il ose prétendre qu’Alain Juppé l’aurait trahi en exprimant, dans son dos, sa totale fermeté face au Front national au point d’encourager les électeurs à voter socialiste plutôt qu’à l’extrême droite.
 Alain Juppé n’a rien dit
 Alain Juppé, on le sait, est un homme élégant. Il aurait pu expliquer, au JT de David Pujadas sur France 2, que Nicolas Sarkozy était retenu loin de Paris, quelque part dans les Émirats arabes unis, et qu’il était dans l’incapacité de fixer une ligne politique à son parti.
 Mais non, le maire de Bordeaux n’a rien dit qui aurait pu disqualifier son futur rival à la primaire de 2016. Au lieu de cela, il a préféré expliquer que toute la hiérarchie de l’UMP, les numéros 2, 3 et 4 que sont NKM, Wauquiez et Chatel, avaient exprimé sans attendre des opinions discordantes.
Alors, Nicolas Sarkozy qui paraissait tolérer l’expression des autres ténors du parti lui aurait-il refusé sa libre parole ?  On le voit, Alain Juppé a fait le bon choix : se taire sur l’accessoire, sur ce qui, après tout, relève du comportement librement choisi de Nicolas Sarkozy (et de sa morale intime). Et parler sur ce qui lui semblait essentiel.
 Le « syndrome DSK » ?
 Nicolas Sarkozy, on le savait depuis longtemps, avait raté son retour en politique, et l’on mettait ce demi-échec sur le compte de ses erreurs, comme si, en trois ans d’absence, il avait perdu cette vista, cette énergie qui le caractérisait.  Mais on ignorait que Nicolas Sarkozy, quelque part, renâclait devant tous les obstacles à franchir, comme si, au fond de lui-même, l’envie de revenir vraiment avait disparu.
 Et l’on ne manquera pas de se dire qu’il y a peut-être un acte manqué dans cette façon qu’il a eu de faire le mauvais choix,  et de s’envoler pour Abu Dhabi quand son parti l’UMP attendait de lui qu’il le sauve de ses errements et de ses divisions.
 Dans une certaine mesure, et alors qu’à Lille, se déroule le procès de l’ex-futur candidat à la présidence de la république éliminé pour les raisons que l’on sait, on pourrait parler (bien sûr, en retirant toute connotation graveleuse) d’un « syndrome DSK », une sorte d’àquoibonisme au bout du compte dévastateur.
Sur le web : Législative partielle dans le Doubs : l’UMP se déchire
Édité par Louise Auvitu

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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