Calais – Solidarité : Un couple de retraités met à la disposition des migrants un groupe électrogène quelques heures chaque jour pour qu’ils rechargent leur téléphone.

 M le magazine du Monde | 09.02.2015 |
Générateurs de réconfort
Fil ténu qui relie les migrants au reste du monde. Le téléphone portable est leur bien le plus précieux. Mais quand les batteries se vident, comment faire dans la « jungle » Calaisienne ? Dom-Dom et Nana apportent la solution : un groupe électrogène branché quelques heures chaque jour.
4569527_5_ea96_nadine-et-dominique-lors-d-une-visite-au-camp_2bff9cc9680fd387aab399a0e2794998Nadine et Dominique lors d’une visite au camp de Tioxide, près de Calais. Antoine Bruy pour M Le magazine du Monde
Elle, c’est Nana, lui, Dom-Dom. Pas Tom-Tom et Nana, mais pas loin… La ressemblance entre le couple calaisien et les deux héros de la bande dessinée est assez troublante. En dépit de leur âge mûr, les sexagénaires en chair et en os ne sont ni moins audacieux, ni moins généreux ou ingénieux que les petits héros de papier.
Comme les stars de la BD enfantine ont accompagné des générations de lecteurs, leurs aînés du monde réel, eux, aident des générations de migrants, l’esprit frondeur, le cœur sur la main et plus d’une idée derrière la tête. « On vit dans le centre de Calais, on ne peut tout de même pas fermer les yeux devant la misère dans laquelle pataugent les 2 500 migrants qui attendent de passer en Grande-Bretagne », résume Nana.
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Au camp, ni eau courante ni électricité. Grâce au générateur installé par Dominique, les migrants peuvent au moins recharger leur téléphone. Antoine Bruy pour M Le magazine du Monde
Alors, les deux jeunes retraités livrent chaque après-midi une bonne dose de réconfort à ces naufragés en attente d’une brèche pour franchir la frontière britannique. Ils sont conscients que d’autres avant eux ont connu la garde à vue pour avoir rechargé les téléphones des sans-papiers, c’est pourquoi ils n’ont pas souhaité communiquer leur nom. Mais il en faudrait plus pour casser leur élan. Comme celui de bien d’autres citoyens calaisiens. « On aide des hommes en situation de fragilité, de besoin », ajoute Dom-Dom. Avec eux, les migrants deviennent un prénom, une histoire, un rêve incarné.
L’artiste et L’informaticien bricolo
Nana, c’est Nadine. Une artiste diplômée de l’école Duperré, qui manie l’aquarelle, est calligraphe à ses heures et a réalisé des travaux sur la dentelle de Calais, exposés ici et là. Dom-Dom, c’est Dominique, son époux, un informaticien bricolo, capable de résoudre les problèmes techniques les plus compliqués.
4569497_5_9685_nadine-apporte-un-peu-de-chaleur-et-d-ecoute_79f517fea93103813ec197e16503de62Sur les campements de fortune, Nana apporte son sourire et ses crayons. Elle sait écouter pendant des heures ces naufragés de la vie, a le mot qui convient, le geste chaleureux ; le tact aussi. Dom-Dom, lui, c’est « l’homme au générateur ». Celui grâce auquel la musique a investi les camps. Et les téléphones portables sont désormais rechargés sur place par centaines. Depuis peu, Dom-Dom est aussi « monsieur Wi-Fi ». Avec un routeur, il reconnecte les camps au monde, quelques heures chaque jour.
Nadine apporte un peu de chaleur et d’écoute aux migrants du campement calaisien. Antoine Bruy pour M Le magazine du Monde
Antoine Bruy pour M Le magazine du Monde
Vers 13 heures, Dom-Dom et Nana garent leur voiture devant Tioxide, la « jungle » (selon le nom que les migrants donnent eux-mêmes à leur camp) qui regroupe près de 800 Erythréens, Ethiopiens, Soudanais ou Pakistanais.Aidé par quelques volontaires, Dominique installe son générateur sur une plateforme bétonnée, pose ses enceintes et « c’est parti pour un après-midi de musique », comme relève Ahmed, un Erythréen inconditionnel de ce couple qu’il appelle « Mam et Dad ». « Ecouter leur musique, celle qu’ils ont sur leur téléphone, leur permet de se retrouver un peu, d’oublier l’environnement », assure Nana. D’autant que tous sont bloqués autour des prises électriques à attendre que la batterie de leur téléphone soit rechargée.
De vraies enceintes
Même si certains sont en piteux état avec leurs coques cabossées, écornées et scotchées, ces objets sont infiniment précieux, trop pour les perdre de vue, ne serait-ce qu’un instant. C’est souvent tout ce qu’ils ont conservé de leur vie d’avant. « Il est essentiel qu’ils puissent maintenir le lien, donc qu’ils rechargent », résume Nana. « Dans des camps sans eau ni électricité, le générateur était la seule solution », avance, pragmatique, Dom-Dom, en installant son second générateur au bois Dubrulle, un camp à dominante afghane, à quelques centaines de mètres de Tioxide.
Au début, quand l’idée de la musique lui est venue, Dominique a apporté ses enceintes personnelles un après-midi. Mais ça n’a pas suffi à emplir l’espace. Alors il a filé acheter un groupe électrogène. Puis un deuxième pour le camp d’en face. Et de vraies enceintes pour que la musique investisse les lieux. Dom-Dom avait puisé dans les fonds du ménage « parce qu’il y avait urgence ».
En parallèle, il a lancé en décembre sur Ulule, site européen de financement participatif, une souscription pour ses « générateurs voyageurs ». Et ça a marché. « On tablait sur 1 000 euros, on a eu trois fois plus. De quoi mettre de l’essence dans le générateur, installer la Wi-Fi et acheter des abris pour protéger de la pluie, parce qu’on a encore plus besoin de musique les jours gris », plaide-t-il, heureux de cette générosité.
Depuis, Dominique et Nadine sont tous les jours à pied d’œuvre. Dimanche compris. Et, sous la bâche d’une école de fortune, au cœur du camp Tioxide, Nana met à disposition ses crayons, ses feuilles et ses conseils d’artiste, « ils ont tellement à raconter ». Elle a aussi fait des portraits des migrants et les exposera sûrement un jour.
Dom-Dom et Nana n’ont pas spécialement un passé de bons samaritains. Fort de ses études de mathématiques, lui a travaillé comme consultant avant d’être employé par Eurotunnel. Leurs enfants devenus adultes, ils vivaient une retraite paisible quand les migrants se sont invités dans leur vie. « On ne les a pas croisés par hasard », ajoute Nana, pensive. Tous deux sont croyants. En Dieu, mais surtout en l’homme.
Par Maryline Baumard
A calais l’aide d’une autre personne aidant les migrants : En vidéo cette bénévole recharge les portables des migrants (novembre 2014)

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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