OTAN – L’Europe s’inquiète des incursions « extrêmement agressives » d’avions militaires russes, sur de nombreux territoires. Les Etats-Unis, ont eux aussi dû affronter les menaces russes.

LE MONDE | 07.02.2015 |

Les provocations calculées des vols militaires russes

En l’espace de onze mois, les pays membres de l’OTAN, mais aussi la Suède et la Finlande, ont recensé une cinquantaine d’« incidents », ou de « confrontations », d’intensité variable impliquant des avions militaires russes. « On note plus d’activité que par le passé et des vols de plus en plus longs », confirme une source diplomatique à l’OTAN.

alemonde_bombardier-russe-soukhoi-su-24-photographie_9159d2946e1dd0456a688ecd6b9926ed

Bombardier russe Soukhoï Su-24 photographié, par les forces aériennes norvégiennes, au-dessus de l’Arctique, en février 2008. AFP
Les avions russes se gardent, la plupart du temps, de violer l’espace de l’OTAN, se contentant de « tangenter » sérieusement, dans un but de provocation, souligne une source française. Dans le contexte du conflit en Ukraine, suivi des mesures de rétorsion de l’Europe et des Etats-Unis, le but semble bien être de mettre les Etats membres de l’OTAN sous pression, sans viser l’un d’eux en particulier.
Certains pays proches de la Russie sont, évidemment, particulièrement préoccupés. En Estonie, les avions russes ont violé l’espace aérien du pays à huit reprises en 2014, affirment les autorités. Un phénomène qui avait débuté, il faut le noter, avant le déclenchement de la crise ukrainienne.
Vols sans transpondeur
En Lettonie et en Lituanie, même si certains responsables ont prétendu l’inverse, aucune violation n’a été réellement recensée. Les avions russes ont cependant frôlé à de multiples reprises les frontières – 200 fois environ, dit-on du côté letton. La NATO Air Policing Mission, conduite notamment dans les Etats baltes – avec la participation de la France –, a relevé 144 « incidents de sécurité » (par exemple, des vols sans transpondeur) en 2014, soit trois fois plus qu’en 2011.
La Finlande a, elle, relevé trois violations de son espace aérien en 2014 dont une, fin août, par un avion de transport An­72 de l’Aeroflot. La Suède en a enregistré une dizaine, par des avions russes mais aussi des avions de l’OTAN. A la mi-septembre, deux bombardiers Su-­24 ont pénétré dans l’espace aérien au sud de l’île d’Öland durant une trentaine de secondes et n’ont quitté la zone qu’après l’intervention de jets suédois. Les Suédois s’étaient également préoccupés, en octobre, de la présence dans leurs eaux territoriales de trois ou quatre sous-marins étrangers, qui n’ont pas été formellement identifiés.
L’incident potentiellement le plus grave s’est déroulé en Scandinavie, en mars 2014, quand un Boeing de la compagnie SAS volant de Copenhague vers Rome et transportant 132 passagers a été frôlé par un avion de reconnaissance russe.
Gonfler le moral des militaires russes
Le 28 janvier, deux bombardiers russes Tu­95 (dit « Bears »), supposés transporter de l’armement nucléaire, sont descendus de Russie le long de la côte norvégienne jusqu’à la Manche en volant dans l’espace aérien international. Ils ont provoqué de fortes réactions en Norvège, qui a envoyé des F-16 à leur rencontre. Les forces britanniques et françaises s’étaient coordonnées pour suivre les deux avions, qui se sont approchés à 40 km de l’espace aérien britannique, obligeant Londres à dérouter le trafic aérien. L’épisode ne s’est, en fait, pas déroulé dans l’espace de souveraineté des Etats (les 12 milles nautiques, soit 22,22 km, valables dans le ciel comme dans les eaux) mais dans ce qu’on appelle les zones d’interdiction régionales (FIR en anglais), où l’aviation des pays riverains peut accompagner un avion sans action particulière. Paris et Londres se partagent une FIR dans la Manche.
Selon les autorités estoniennes, les avions russes ont violé l’espace aérien du pays à huit reprises en 2014
Le ministre britannique des affaires étrangères, Philip Hammond, s’inquiétait, dès la fin décembre, des incursions « extrêmement agressives » d’avions militaires russes. A propos du vol des deux Tu95, l’ambassadeur russe à Londres, Alexander Yakovenko, a évoqué une « patrouille de routine ». Mais dès le lendemain de ces déclarations, le 30 janvier, les chasseurs Typhoon britanniques basés à Lossiemouth, en Ecosse, ont dû décoller en urgence pour escorter à nouveau des bombardiers « Bears » russes et les éloigner de l’espace aérien britannique, où ils n’avaient cependant pas pénétré.
Les Etats-Unis, qui développent une virulente rhétorique envers Moscou, ont eux aussi dû affronter les menaces russes. L’un de leurs bâtiments de guerre, qui croisait en mer Noire, a été survolé une douzaine de fois par un chasseur, en avril 2014. En mai, un avion a été repéré à 80 km des côtes de la Californie, du jamais-vu depuis la fin de la guerre froide. Et, en septembre, des bombardiers russes se sont livrés à des exercices de tir de missiles en mer du Labrador. A partir de là, New York, Washington et Chicago pourraient être atteints.
Test des capacités des Alliés, dissuasion, intimidation : ces multiples manœuvres sont un peu tout cela, mais aussi un moyen de gonfler le moral des militaires russes, confrontés à un adversaire plus avancé au plan technologique, notait, en novembre 2014, l’European Leadership Network, un think tank basé à Londres et regroupant notamment d’anciens ministres de la défense.
Par Jean-Pierre Stroobants Olivier Truc Nathalie Guibert et Philippe Bernard
Olivier Truc (Stockholm, correspondance)
Journaliste au Monde
Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)
Journaliste au Monde
Nathalie Guibert
Journaliste au Monde
Philippe Bernard (Londres, correspondant)
Correspondant au Royaume-Uni

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.